Vendredi , 24 octobre 2014
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Mr Fawzi Berkati, directeur général de Tchin-Lait, à Dziri

Mr Fawzi Berkati, directeur général de Tchin-Lait, à Dziri

Rencontré au sein même de son entreprise Tchin- Lait sis Bir Esalem à Béjaïa, Mr Fawzi Berkati s’est confié à Dziri en toute sincérité. Tenace, ce DG de la laiterie, leader en Algérie, n’a pas dissimulé son désir de voir grandir cette entreprise familiale, qui existe depuis les années 1950. Cependant, quelques nuages semblent assombrir la sphère économique en Algérie. Il en parle en toute franchise.

 Par Souad Belkacem

 Dziri : vous êtes à la tête d’une entreprise familiale qui date des années 1950, Tchin-Lait découlant de Tchin-Tchin la limonaderie. Pouvez-vous nous en dire plus ? Racontez-nous le parcours de cette petite fabrique devenue une entreprise de renom…

 

Mr Berkati : nous avions, effectivement, une fabrique de limonaderie dans les années 1950. Il s’agissait d’une unité familiale de production régionale de boissons gazeuses Tchin-Tchin. Mais je voudrais préciser qu’avant cette marque, il y avait Crush et Slim, deux marques espagnoles franchisées et connues sous l’entité, à l’époque, de Hamoud Boualem.

Pour revenir à la limonaderie Tchin-Tchin, mon père en était le gérant dans les années 1950. Après avoir terminé mon service militaire en 1978, j’ai rejoint l’entreprise. J’y ai travaillé pendant 20 ans, durant lesquels j’ai essayé de redynamiser l’entreprise, en introduisant, entre autres, un nouvel emballage, de nouveaux produits.

Au début des années 1990, l’explosion de l’importation des grandes marques de boissons gazeuses en Algérie a créé une importante concurrence. Face à ces marques multinationales, il fallait innover. Et c’est à partir de là que nous avons pensé à fabriquer les laits aromatisés. Comme c’était assez complexe, une autre réflexion nous a traversé l’esprit. Avec la tendance haussière sur les produits de base, nous nous sommes intéressés au lait comme première nécessité, et comme première protéine consommée par le citoyen algérien. Puis, il y a eu le dilemme entre le lait pasteurisé et le lait UHT (Ultra Haute Température). Nous avons opté pour ce dernier. C’est une formule de lait qui garantit sa qualité à partir de l’unité de production jusqu’à la tasse du consommateur. En 1999, la laiterie a été créée. Le 18 avril 2001, jour pour jour, Tchin-Lait a signé un contrat de partenariat avec le leader Candia.

 Il s’agissait donc d’une transition radicale ; votre famille est passée de la fabrication des boissons gazeuses au lait UHT. Comment s’est-elle passée et combien a coûté l’investissement ? A-t-elle été difficile ?

Pour ce qui est de la transition, il y a eu, inévitablement, quelques soucis. Il fallait expliquer aux futurs consommateurs que le surcoût du lait revient à la qualité de celui-ci. D’autant que le pouvoir d’achat, en cette période de crise, commençait à s’éroder. La limonade était consommée comme le dessert du pauvre. Demander aux consommateurs d’acheter un lait à 50DA, au lieu de 25, était presque utopique. S’ajoute à ce paramètre, la culture manquante du lait en boite. Donc, comme je le disais, il fallait expliquer que le lait UHT était un lait sécurisé et traité à 100%. Contrairement au lait pasteurisé traité partiellement, le lait UHT est bouilli à 140° durant 3 secondes, et donc prêt à la consommation. Ce couple temps et température permet de détruire toute bactérie et de garder toutes les vitamines, contrairement au lait en sachet. S’ajoute à cela, l’emballage qui coûte nettement plus cher que le sachet.

 Pourquoi avoir choisi le leader Candia comme partenaire ?

Nous n’étions pas des laitiers, mais des limonadiers. Pour réussir le passage à la laiterie, il fallait un accompagnement assuré par un leader dans le domaine, tel que Candia. Cette marque était d’un grand secours, à nos débuts. Nous avons bénéficié du savoir-faire de Candia de par la formation, le perfectionnement et la transmission des recettes de différents produits.

Comment se sont établis les rapports de partenariat entre Tchin-Lait et Candia, sachant qu’il s’agissait d’une franchise et non d’une licence ?

Entre Candia et Tchin-Lait, il y a un rapport de franchise. Le principe de cette dernière est fondé sur un contrat entre franchiseur et franchisé.

Ce qui consiste à donner au franchisé le savoir-faire et le label. En d’autres termes, Candia est le nom commercial de la société Tchin-Lait. Le contrat de franchise couvre une période de 10 années, et est tacitement reconduit par les deux parties.

 Nous savons tous que les lois de la franchise sont très complexes en Algérie. Comment le contrat a-t-il été validé ?

Effectivement, c’est le statu quo au niveau de la Banque d’Algérie. Nous essayons de respecter la réglementation pour pouvoir honorer nos engagements par rapport à notre franchiseur. Donc, normalement, le contrat établi entre le franchisé et le franchiseur doit être validé par la Banque d’Algérie, et celle-ci ne reconnaît pas les contrats de franchise. Ce qui veut dire que nous ne pouvons pas faire les transferts. Nous rémunérons notre franchiseur à partir d’un taux calculé sur le chiffre d’affaires.

 Justement, existe-t-il une procédure pour payer les droits à la Banque d’Algérie ?

Nous essayons d’honorer nos engagements par rapport à notre franchiseur qui nous assure des prestations industrielles et commerciales, ainsi que des prestations d’engineering et de marketing. Toutes ces prestations qui correspondent approximativement au coût de la franchise, que nous payons via les canaux bancaires, sont chiffrées par notre franchiseur.

Comme je l’ai dit, nous payons notre franchiseur Candia à travers un contrat de prestation.

 En termes de capitaux, le franchiseur Candia est-il partie prenante dans l’entreprise Tchin-Lait ?

Non. Et c’est à partir de là que nous reconnaissons la différence entre une association, une franchise et une licence. Il ne s’agit ni d’une licence ni d’une participation dans le capital de Tchin-Lait. Par contre, je souligne qu’il existe certaines franchises qui ne sont pas validées par la Banque d’Algérie, mais qui sont considérées comme des contrats de franchise, à l’exemple de Pepsi-Cola qui paye une redevance sur la matière première, définie entre les deux parties. Ce qui n’est pas le cas pour Candia. Cette marque n’est pas notre fournisseur de matière première. Je dirais que Candia, j’y reviens, est un fournisseur de savoir-faire.

Comment avez-vous vécu l’instabilité des lois économiques ces deux dernières années, notamment le Crédoc (Crédit documentaire), l’ALC (Arabe Leasing Corporation), les lois liées au foncier, etc. ?

Il est clair que nous, chefs d’entreprises, avons vécu douloureusement ces changements de lois. Je cite le nouveau mode de paiement qu’est le Crédoc. Cette nouvelle mesure, que nous avons reçue de plein fouet, nous a pénalisés en 2009. Nous nous sommes retrouvés avec des coûts supplémentaires générés par ce système qui a également pénalisé le consommateur, car tous les frais engendrés sont récupérés dans notre fiche de prix. Se sont ajoutés à cela, les délais de livraison de matière première. Les banques n’étaient pas prêtes pour procéder à l’ALC, et l’on mettait plus d’un mois pour ouvrir celle-ci. S’agissant du foncier, à l’époque, il n’y avait pas d’assiettes foncières, du moins il y en avait très peu. Ces assiettes n’étaient pas disponibles pour les industriels, et étaient mises à la disposition des gens qui achetaient ces terrains pour les revendre ensuite. La situation s’est, certes, améliorée depuis qu’on a mis en place la Concession, mais toujours est-il que dans la wilaya de Béjaïa, il y a toujours un déficit accru de foncier industriel. Tchin-Lait a déjà entamé des projets d’extension, mais ces derniers demeurent en standby – faute de foncier. Ce qui est dommage, car ce sont des projets qui peuvent créer de nouvelles richesses et de nouveaux emplois.

 Justement, combien avez-vous créé d’emplois ?

Nous sommes arrivés à recruter 425 employés jusqu’à présent. Et nous avons débuté avec 30 personnes, si j’ai bonne mémoire.

 Quel a été le coût d’investissement ?

L’investissement nous a coûté 470 millions de dinars.

Nous avons remarqué, ces derniers temps, que les briques Candia manquaient sur les étalages. Y aurait-il un souci de distribution ? Quelles sont les wilayas que vous couvrez ?

Effectivement, à partir de la fin de l’année 2011, et ce, jusqu’à présent, nous avons eu quelques perturbations au niveau de la production. Ce qui a perturbé la distribution. Cela est dû aux travaux d’aménagement au niveau de notre site de production, à savoir la révision des différentes lignes que nous possédons et l’installation de nouvelles lignes. Aussi, à partir du mois de juin, il y aura la disponibilité de tous nos produits et de toute la gamme Tchin-Lait.

Nous couvrons, actuellement, 36 wilayas, car certaines sont desservies par d’autres, vu leur moindre importance en termes d’habitation ou de pouvoir d’achat. Nos produits sont, par contre, disponibles dans les 48 wilayas. Nous avons agréé 42 distributeurs sur les 36 wilayas en question.

 Combien produisez-vous de briques par an et quel est votre chiffre d’affaires annuel ? Y a-t-il eu une croissance entre 2011 et le premier trimestre de 2012 ?

Nous avons produit 89 millions de briques en 2010 et 102 millions en 2011. Nous avons eu une progression à deux chiffres, soit de 27%, durant le premier trimestre de 2012. Nous pensons passer à 200 millions.

Notre chiffre d’affaires de l’année 2011 était de 8 milliards de dinars, contre 6 milliards en 2010. Il a été de plus d’un milliard et demi de dinars durant le premier trimestre de l’année 2012. Soit une évolution de 27% par rapport au premier trimestre 2011, comme je l’ai souligné. En termes de volume de production, elle est de 23%.

 Quels sont les autres produits, hormis le lait UHT ?

Pour le lait, nous avons quatre laits UHT, à savoir Silhouette à 0% de matière grasse, le demi-écrémé à 16g, l’Entier à 28g et le Viva à 16g de matière grasse plus 10 vitamines. Sans oublier le lait chocolaté, le lait additionné à du jus et les boissons fruitées. Et comme nouveauté, nous avons pensé à une citronnade à base de citron vert.

 Le citoyen moyen juge que le lait UHT est nettement plus cher que le lait pasteurisé en sachet. Un commentaire ?

J’ai expliqué tout à l’heure la différence entre les deux laits : le pasteurisé et l’UHT. Je voudrais ajouter, à ce propos, que le lait pasteurisé en sachet n’est pas vendu à son prix réel, mais il est conventionné par l’État. Donc, nous ne pouvons comparer ce qui n’est pas comparable. Si l’on demande à l’industriel de calculer le vrai prix du lait en sachet, il serait peut-être à 60DA. De plus, nous n’utilisons pas le même emballage et la même matière première. La société Tchin-Lait est très exigeante en termes de matière première, à savoir la poudre de lait.

 À ce propos, la poudre de lait que vous utilisez pour fabriquer le lait est importée. Pourquoi ne pas utiliser le lait de vache existant dans les fermes de Béjaïa et alentours ? Ce lait est-il insuffisant pour couvrir la demande ? Pourquoi le goût diffère-t-il parfois ?

Avant de répondre à cette question, je voudrais éclairer les consommateurs qui croient que la poudre de lait n’est pas du lait de vache : la poudre de lait est un lait de vache déshydraté. À un certain niveau du processus de fabrication, nous remettons l’eau qui en a été enlevée. Nous importons cette poudre, car à Béjaïa, il n’y a pas de lait de vache disponible dans les fermes. Et le transport de poudre de lait est nettement plus pratique que le lait en liquide. Et même dans les wilayas considérées comme des bassins de produits laitiers comme Sétif et Bordj Bou Arréridj, les quantités produites ne sont pas suffisantes pour satisfaire nos besoins qui, aujourd’hui, sont de 600 000 litres par jour. Ajoutez à cet aspect quantitatif, l’aspect qualitatif. Le lait de vache produit en Algérie contient une charge microbienne très importante qui peut altérer la qualité du lait que nous produisons. Il n’est pas dit que dans le futur, lorsque l’on produira des quantités importantes de bonne qualité, nous pourrons substituer la poudre de lait à du lait cru, à condition que les deux paramètres, quantité et qualité, soient réunis. S’agissant du goût, nous n’avons pas le même fournisseur de poudre de lait.

D’où le changement occasionnel du goût. Il est vrai que c’est contraignant, mais nous essayons de standardiser notre produit de sorte que le consommateur puisse trouver le même goût.

Nous essayons, de ce fait, d’écarter certains fournisseurs.

 La demande a-t-elle augmenté lors des moments de crise, lorsque le lait en sachet était en rupture ?

La demande a, effectivement, augmenté lors de la crise. Normalement, nous aurions dû nous réjouir, mais il n’en est rien. Nous avons été perturbés car la demande a doublé, et nous ne sommes pas parvenus à la satisfaire. Cependant, il y a, admettons-le, un aspect positif, et ce, dans le sens où lorsqu’il y a une pénurie de lait en sachet, nous recrutons d’autres consommateurs, qui deviennent par la suite nos clients. Ils font l’effort d’acheter un lait plus cher, mais de qualité.

 Quels sont les projets de Tchin-Lait ? Envisagez- vous des extensions ou des exportations ?

Pour ce qui est de l’exportation, tous les pays ont déjà la franchise de la marque Candia. Nous avons exporté, en 2004 et 2005, en Lybie, mais ce dernièrement n’avait pas la franchise de la marque Candia. Nous ne nous projetons pas forcément l’exportation dans l’immédiat. Il faudrait d’abord satisfaire la demande en Algérie en quantité et en qualité, bien sûr.

C’est la priorité de Tchin-Lait.

Pour l’extension de la firme, nous y avons pensé, mais comme je l’ai souligné, tant qu’il y aura le problème de foncier, nos projets resteront irréalisables.

 Qu’attendez-vous des législatives 2012 ? Pensez-vous que le Patronat se portera mieux si quelques partis venaient à prendre en considération le volet «économie», comme le veut si bien le FCE ?

 Il est clair que les 50 propositions proposées par le FCE seront prises en considération, ne serait-ce qu’en partie. Nous voudrions bien que les élections apportent un plus pour l’économie nationale et pour le Patronat. Cependant, j’en doute sincèrement, car les élections sont plus orientées vers la politique que vers l’économie. Le FCE, dont la démarche est louable, continue à se battre. Je souhaiterais que toutes ces démarches prononcées par les chefs d’entreprises soient initiées par toutes les corporations patronales. Il faudrait mettre un peu de forcing sur les pouvoirs publics pour prioriser l’économie sur la politique.

 Un dernier mot ?

Je souhaite que les pouvoirs publics soient à l’écoute de nos doléances, et qu’ensemble, hommes politiques et opérateurs économiques puissent relever notre pays.

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