Son Excellence l’ambassadeur de Tunisie,Mr Mohamed Nejib Hachana à Dziri

Son Excellence l’ambassadeur de Tunisie,Mr Mohamed Nejib Hachana à Dziri

Il y a huit mois de cela qu’a été nommé ambassadeur de Tunisie en Algérie, Mr Mohamed Nejib Hachana. Et depuis, il a pu fonder sa propre opinion sur la fraternité entre l ’Algérie et la Tunisie. Laquelle, selon lui, est bien réelle. Il en parle dans cet entretien réservé exclusivement à Dziri, avec fierté et détermination, sans omettre l’expression de son espoir pour une coopération algéro-tunisienne davantage développée, dans les prochaines années.

Par Souad Belkacem

Dziri : Son Excellence, vous êtes en Algérie depuis quelques mois déjà… Aussi, les postes diplomatiques que vous avez occupés vous ont permis de visiter, à plusieurs reprises, l’Algérie. Avant toute chose, quelle a été la première impression que vous avez eue, dès votre installation en Algérie ?

Son Excellence, Mr Mohamed Nejib Hachana : il y a une affinité naturelle entre la Tunisie et l’Algérie, et ce, nul ne peut le nier. Les Algériens et les Tunisiens se sentent chez eux dans les deux pays. Cela fait huit mois que je suis en Algérie et, sincèrement, je me sens comme chez moi. Je n’éprouve aucun dépaysement. Les diplomates, les ambassadeurs, les consuls généraux et les consuls les plus proches de nous sont les Algériens. Les meilleurs amis des Tunisiens diplomates ont toujours été des chefs de postes algériens. Cela s’applique également aux simples citoyens. Il s’agit là d’un premier constat que j’ai pu faire. L’autre constat réside dans la similitude des deux cultures. En effet, j’étais directeur général du Monde arabe et islamique au ministère des Affaires étrangères, et j’ai eu l’occasion de visiter l’Algérie à plusieurs reprises. Je suis pratiquement rodé en matière de relations existant entre l’Algérie et la Tunisie. Aussi, je peux dire que nous avons la même culture, les mêmes habitudes, les mêmes réflexions… ce qui, à mon avis, est formidable.

Il y a eu, récemment, la visite du ministre des Affaires étrangères tunisien en Algérie. Il a parlé d’un renforcement des relations et des coopérations entre les deux pays, en mettant en exergue une stratégie bien définie, pouvez-vous nous en parler ?

D’abord, je dois dire que les relations entre les deux pays sont, avant tout, régies par l’histoire et par la géographie, ainsi que par l’unicité du destin. Trois éléments de rapprochement et de bon voisinage. Nous avons les mêmes défis et, j’y reviens, les mêmes affinités naturelles. Donc, à partir de là, nous pouvons définir ces relations bilatérales, qui sont plus qu’acceptables. Je dirais même excellentes et en pleine évolution. Et à mon avis, nous devons suivre la conjoncture politique. Car, qu’il soit régional ou international, l’environnement change par rapport à ce dernier paramètre, et nous devons nous y adapter. Je veux dire par là que les concertations et les dialogues politiques entre les deux pays doivent être renforcés, enrichis et soutenus. Ils ne doivent pas se limiter à la réunion annuelle de la commission de concertation organisée entre deux ministres des Affaires étrangères. Cela est insuffisant, à mon avis. Il faut renforcer le rythme de cette concertation algéro-tunisienne.
Sur le plan économique, l’Algérie a évolué. Mes visites aux usines industrielles m’ont permis de constater que celles-ci ont beaucoup évolué sur le plan économique. Ce n’est plus l’Algérie des années 1960. C’est un pays qui est passé à une capacité de production et de services industrielle capable de concurrencer les autres. J’ai visité Condor, à titre d’exemple, et j’ai été émerveillé par le perfectionnement de l’usine, qui fonctionne avec des techniques d’automatisme des plus modernes et des plus sophistiquées. Et là, sincèrement, je me suis senti dans un pays industrialisé et dans une firme digne d’une entreprise d’Europe ou d’Amérique du Nord. La Tunisie a aussi évolué sur ce plan, ainsi que sur le plan touristique. Il faut dire que les coopérations doivent suivre et que la relation entre les deux pays ne doit pas être figée sur des accords qui n’ont pas de suite.

Parlez-nous, justement, de ces coopérations ?

Nous avons commencé par les échanges commerciaux qui représentent un élément très important. L’Algérie représente, pour la Tunisie, un des plus importants partenaires commerciaux en Afrique et dans le Monde arabe, si ce n’est le premier ou le deuxième. Sur le plan de la coopération énergétique, des ressources humaines, de l’enseignement supérieur, des médias, des équipements, de l’habitat, nous avons une tradition de coopération qui gagne à être plus diversifiée. Lors de la dernière rencontre du ministre des Affaires étrangères, Dr Rafik Abdessalem, avec son homologue algérien, Mourad Medelci, ainsi que le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, à l’occasion de sa participation à la réunion d’Alger des ministres des affaires étrangères consacrée au défis sécuritaires dans la région, notre ministre a profité de l’occasion pour souligner les grandes lignes de coopération conçues sur un plan stratégique à long terme. Ce qui veut dire que nous allons axer nos efforts, en concertation avec les responsables algériens, sur les grands projets d’infrastructures, notamment les routes, les chemins de fer, le transport maritime et aérien. Sur le plan humain, il faudrait renforcer les relations au niveau de la recherche scientifique et des échanges des étudiants, et la création d’une academie virtuelle des siences et des technologies.

Qu’en est-il des relations liées à l’énergie ? Et quelle sont les lignes les plus importantes ?

Il y a une zone frontalière commune. Et, comme tout pays, la Tunisie a besoin d’énergie. Des négociations tournant autour des possibilités de fournir du gaz algérien à ces régions frontalières, pour la plupart déshéritées, sont en cours. Depuis la Révolution, la Tunisie donne beaucoup d’elle-même, et ces régions sont l’une des principales préoccupations du nouveau gouvernement. Pour que ces régions deviennent des régions de complémentarité et de coopération au service du développement des populations des deux régions, et non des zones de contre-bande, car le prolongement de l’Algerie du côté Est est la Tunisie, dont la continuation naturelle de son territoire est l’Algérie. Aussi, nous pensons relier la Tunisie au grand projet de l’autoroute Est-Ouest. Nous comptons agir rapidement pour que les deux pays soient connectés par cette autoroute combien chère et noble. C’est un projet axial. pour un avenir encore meilleur pour les relations bilatérales Nous comptons également, en concertation avec le vis-à-vis algérien, réactiver la ligne du chemin de fer, pour élargir la base du transport. Des mesures seront également prises pour assurer le transport par bus. C’est ce qu’on appelle des projets structurels basés sur une complémentarité. Nous voulons que ces relations soient cadrées dans cette vision globale futuriste, tant souhaitée par les Maghrébin en général. Ainsi, l’effort sera orienté, dans un premier temps, vers des projets d’infrastructures et de transport. Il faut que le transport maritime, aérien et terrestre soit un réseau dense et large ; nous comptons passer à la fréquence de deux à quatres fois pour le vol d’oran. De même, nous pensons réactiver le transport par ferry entre Alger et Tunis ; c’est une vision stratégique qui ne peut que servir et rehausser la relation bilatérale entre deux peuples frères et voisins.

Les investissements privés entre les deux pays restent faibles, quelle en est la raison et quelles sont les solutions à votre avis ? Enfin, quelle est la meilleure façon d’intéresser les hommes d’affaires à investir dans le pays voisin ?

En termes d’entreprises, nous avons une présence tunisienne en Algérie d’au moins 80 entreprises de production ou de services, qui couvrent l’ensemble des secteurs. Il reste les petits commerçants de détail, dont le nombre avoisine les 1 500 commerçants. Ces entreprises exercent dans l’énergie, la sidérurgie, le verre, le bâtiment et les technologies de communication.
Du côté algérien, il y a certaines entreprises implantées en Tunisie, mais cela reste en deçà du potentiel. Il y a certainement du potentiel, surtout lorsque l’on voit un secteur privé qui monte en puissance. Nous voulons, à cet effet, rectifier le flux de l’investissement, de part et d’autre, en donnant au secteur privé le rôle qu’il lui revient. Ce rôle n’a pas été joué au niveau de la structuration et le secteur privé n’a pas et ne peut être associé au mécanisme de coopération économique bilatérale. C’est à ce niveau qu’il faut renforcer les relations entre les deux pays. Ce qui relève du domaine du possible, d’autant que nous avons les structures d’appuis nécessaires, telles que les Chambres de commerce mixtes, les Business Councils et les patronats des deux pays. Nous avons eu, dernièrement, au moins trois séminaires importants à Tunis et en Algérie pour donner de l’appétit aux secteurs privés, pour les amener à investir et à monter des projets visant l’intérêt mutuel et l’intégration économique. Nous avons, par ailleurs, eu des essais de projets mixtes publics (au nombre de trois au minimum), qui n’ont pas donné de résultats dans les zones frontalières. Nous n’avons pas obtenu les résultats escomptés, et les trois projets ont été dissous. Nous en sommes arrivés à la conclusion qu’il faut peut-être donner la chance, à l’avenir, aux privés qui peuvent jouer le rôle souhaité étant guidé par la règle de la rentabilité économique et le bénéfice, pour réunir leur contribution au développement de la coopération bilatérale.

Vous pensez à des investissements touristiques ?

Nous sommes en train d’en discuter. Il y a du potentiel et des opportunités qu’offrent les deux pays. En Tunisie, il y a une expertise touristique.
Nous avons constaté que l’Algérie a un paysage extraordinaire et des sites archéologiques très intéressants et attirants. Ce qui manque, c’est la culture touristique. La Tunisie est tout à fait prête à assister la promotion du secteur qui a la chance de réussir, de par le potentiel existant.

Quels sont les projets touristiques ?

Parmi les objectifs que nous avons fixés dans le domaine touristique, nous retenons la formation des cadres. Nous encourageons, par ailleurs, les hommes d’affaires à s’intéresser au marché touristique en Algérie, et de venir voir, avec leurs homologues Algériens, comment monter des projets de partenariat dans le secteur. Et pourquoi pas, et cela est notre ambition, vendre ensemble ce que l’on appelle un projet touristique commun, qui démarrerait de Tunisie et se terminerait en Algérie, ou le contraire. Car, et nous ne le dirons jamais assez, les deux pays se complètent. Ce que nous n’avons pas en Tunisie, nous pouvons l’avoir en Algérie, et inversement. D’autant plus que l’Algérie est un immense territoire qui regorge de sites touristiques extraordinaires, qui n’attendent que d’être explorés et mis à profit. Et cette coopération touristique est l’un des créneaux stratégiques d’avenir entre les deux pays.

Pensez-vous que le tourisme rebondit en Tunisie après les derniers évènements liés au Printemps arabe ?

Se référant au dernier chiffre référence, pour le premier semestre 2012, il y a une reprise en hausse de 30%, en comparaison avec l’année 2011. Notre objectif est de réaliser le même flux touristique de 2010 ; année qui a précédé la Révolution du jasmin, où il y a eu sept millions de touristes. Si nous arrivons à six millions, cela serait satisfaisant. Pour le premier semestre 2012, nous avons eu trois millions de touristes, mais nous comptons beaucoup sur le dernier trimestre qui précède le Ramadhan, et qui s’étale jusqu’à octobre. Mais la reprise est de 39%. Il ne faut surtout pas se fier à certaines exagérations et diffamations médiatiques contre la Tunisie de l’après-Révolution.

Les émeutes existent partout dans le monde ; ce n’est pas cela qui va nuire à la sécurité du touriste. Washington par exemple, qui reçoit des milliers de touristes quotidiennement, compte cinq à six crimes par jour.
En Tunisie, aucun touriste n’a été agressé, ni d’unité hôtelière attaquée.
Il y a de l’intox pour nuire à l’image de la Tunisie. De surcroît, après la Révolution du jasmin. Jamais autant de moyens n’ont été mis au profit du tourisme. Plus de 30 millions d’euros ont été réservés à la promotion du tourisme tunisien et à la mise à niveau des hôtels et au recyclage du personnel, surtout pour le contrôle de qualité du service de la restauration de certains sites, afin que le tourisme retrouve sa vivacité.

Et économiquement parlant…

L’économie est passée de 1,5 de taux de croissance négatif. Nous sommes à plus de 2,3 positif. Les pourvoyeurs de fonds ont exprimé leur volonté d’aider la Tunisie dans cette phase délicate de transition, pour le même semestre 2012. Grâce au tact de ses citoyens, la Tunisie renaît de ses cendres…

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