Alternative aux hydrocarbures. L’Algérie se dirige vers l’exploitation du gaz de Schiste

Alternative aux hydrocarbures. L’Algérie se dirige vers l’exploitation du gaz de Schiste

Confrontée à un possible tarissement de ses ressources énergétiques, l’Algérie cherche à diversifier ses ressources. Après avoir tenté, avec beaucoup de difficultés, de s’orienter vers les énergies renouvelables, elle prévoit sérieusement de tenter une nouvelle expérience : le gaz de schiste.

Par Ali Boukhlef

Après avoir observé, pendant des années, le silence sur la question, les pouvoirs publics en charge du secteur de l’énergie ont enfin dévoilé leurs intentions : l’Algérie va finalement exploiter le gaz de schiste. Malgré les polémiques et les craintes que suscite une telle entreprise notamment sur les ressources hydriques, les autorités se lancent dans l’aventure. «Fruit d’un long processus, l’Algérie commencera l’exploitation du gaz de schiste prochainement », a lancé à la fin du mois d’août dernier, Ali Hached, conseiller du ministre de l’Energie lors d’un débat organisé à cette même période, au sein du journal El-Moudjahid. «Nous avons annoncé publiquement que nous avons procédé à la signature avec plusieurs compagnies internationales qui maîtrisent ce genre de technologies pour l’exploration de cette source énergétique », a-t-il précisé le responsable, ajoutant que son département avait réalisé les études du bassin pour permettre l’identification du potentiel. « Les accords sont en train d’être conclus avec certaines firmes internationales dans cette nouvelle aventure du gaz de schiste et les premiers forages auront lieu bientôt. », a-t-il dit.

Les autorités mettent le cap

Pourtant, cette annonce ne fait pas l’unanimité. Au sein de défenseurs de l’environnement, on met en garde contre le risque de voir cette richesse ne transformer en une catastrophe. Ces derniers mettent le doigt sur deux risques majeurs : la pollution des nappes phréatiques et l’épuisement des ressources naturelles du pays qui doivent, en principe, être sauvegardées pour les générations futures. « la démarche du Gouvernement fait peser un réel danger sur les ressources hydriques non renouvelables des aquifères albiens du Sahara », écrivent des pétitionnaires qui ont adressé, mi septembre, une lettre au Premier ministre, Abdelmalek Sellal, afin de mettre fin à cette politique. Pis, les signataires du document qui circule sur la toile alertent sur les conséquences à long terme d’un tel choix. « La facture de cette exploitation, si elle venait à se concrétiser, sera imputée sur les futures générations d’Algériens. Elle sera réglée par nos petits-enfants et nos arrières petits-enfants. Il nous appartient, il nous incombe de défendre leurs intérêts ! », écrivent-ils. Des experts lancent, eux aussi, leurs lots de critiques. «La France, mais aussi le Québec et bien d’autres pays – à l’exclusion des USA – ont déjà interdit l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste à cause des problèmes de pollution de la nappe phréatique par les produits chimiques utilisés. L’Algérie, en revanche, ne semble pas mesurer l’impact catastrophique à très long terme du choix d’une telle filière», soulignait Hocine Bensaâd, expert et consultant en gestion et prévention des risques de catastrophes dans une contribution publiée dans une édition d’El Watan en mai dernier.

Polémique et pétitions

Sur le plan technique, le chantier est plutôt alléchant. Le gaz non conventionnel est contenu dans « des roches sédimentaires argileuses très compactes et très imperméables, qui renferment au moins 5 à 10% de matière organique. Ce gaz se trouve à plusieurs kilomètres de profondeur en dessous des eaux (2 à 3 Km) », explique l’économiste Camille Sari, dans une contribution envoyée à Dziri. Selon lui, l’exploitation d’une telle richesse demande beaucoup d’eau et un risque énorme sur l’environnement. Puisque, explique-t-il, l’exploitation du gaz de schiste demande la fracturation des roches souterraines. Une technique qui nécessite l’emploi d’eau et de produits chimiques.

De son côté, l’expert en énergie, Khaled Boukhelifa, estime que « L’Algérie dispose de réserves importantes en gaz de schiste. Les études réalisées situent le niveau de ses réserves à 3 fois celui des réserves en gaz conventionnel évalué par le secteur de l’énergie à 4500 milliards de m3. Il est donc normal que notre pays accorde de l’intérêt au développement de cette source d’énergie située dans des couches plus profondes que le gaz naturel et donc plus difficilement exploitable». De part le monde, seuls les Etats-Unis, soucieux de leur autonomie énergétique, exploitent cette richesse. Mais avec, apparemment, des conséquences extrêmement néfastes pour l’environnement. Des images diffusées par des chaînes de télévision montrent clairement que dans les zones d’exploitation, les populations commencent à sentir les effets néfastes sur leur quotidien. Cela est dû essentiellement à la pollution des nappes phréatiques et, plus grave encore, à des infections détectées dans les robinets d’eau potable.

Une tendance mondiale

Mais les retombées économiques ont dissuadé les autorités américaines d’aller vers l’exploitation de cette ressource souterraine. Puisqu’en plus des millions de poste d’emplois qu’elle permet de générer en ces temps de crise économique, l’exploitation du gaz de schiste permet aux Américains de réaliser un vieux rêve : l’autonomie énergétique.

Dans d’autres régions du monde, l’exploitation du gaz de schiste est une option sérieuse. C’est le cas de la Chine qui veut éviter une dépendance énergétique très compromettante pour son économie. Les Européens veulent également compter sur cette ressource polluante mais sûre pour assurer un approvisionnement permanent et sécurisé en énergie, en attendant bien sûr l’utilisation à grande échelle des énergies renouvelables. Dans cet engouement mondial, seule la France a carrément tranché la question. Les autorités de ce pays ont clairement annoncé que l’exploitation du gaz de schiste n’est pas à l’ordre du jour. Elles ont même retiré les rares agréments accordés jusque-là. Ceci même si les nouvelles autorités rouvrent le dossier ne serait-ce que sur le plan politique. Car, l’opposition des organisations de défense de l’environnement est farouche, jusque-là.

 

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