DIGITALISATION DE L’ENTREPRISE<br />Les enjeux de la transformation numérique

DIGITALISATION DE L’ENTREPRISE
Les enjeux de la transformation numérique

QUELLE QUE SOIT LA DÉFINITION DU PASSAGE DE L’ENTREPRISE AU NUMÉRIQUE, CE PHÉNOMÈNE SEMBLE DÉJÀ ENRACINÉ DANS LE MONDE ENTREPRENEURIAL. DÉSORMAIS, AVEC LES NOUVELLES TENDANCES MANAGÉRIALES ET D’ORGANISATION EN ENTREPRISE, LES DÉCOUVERTES TECHNOLOGIQUES ET LES BESOINS DES ORGANISMES ÉCONOMIQUES EN TERMES D’OUTILS APPROPRIÉS, CETTE TRANSITION VERS LE NUMÉRIQUE S’IMPOSE D’ELLE-MÊME.

PAR HAMID SI AHMED

Dans un monde où c’est la compétitivité qui dicte sa loi dans les différents secteurs économiques et financiers, être mobile, innovant, faciliter le travail des collaborateurs et augmenter leur satisfaction, avec des coûts plus bas tout en modernisant sa culture managériale, est tributaire d’une bonne maîtrise digitale. Néanmoins, cette avancée scientifique n’est pas à l ’abri des critiques, l’humanité s’est en effet engagée dans un sentier quelque peu risqué et relatif. Car même si l’accès rapide à l’information et les échanges commerciaux et financiers qui profitent bien à l’épanouissement des entreprises, représentent là une belle avancée au nom de la prospérité et du changement positif, cette transformation comporte certaines zones d’ombre. Des contraintes qui parfois, nous font regretter le temps où seule la valeur humaine est le facteur vital de toute transaction. Outre cette problématique, apprivoiser le monde digital par les chefs d’entreprise nécessite avant tout de s’adapter aux changements dictés par les nouvelles approches et nouvelles visions de l’entrepreneuriat, une mutation technologique, pas forcément appliquée, selon les normes, et même parfois utilisé à des fins autres que l’épanouissement et la prospérité. Et pour mieux faire la part des choses, nous avons sollicité dans cette thématique, un économiste, Sofiane Idir. Journaliste économique de profession, ce dernier nous éclaire sur ce phénomène devenu indissociable du monde professionnel, ses tops et ses flots, lors d’un entretien convivial et très enrichissant.

sifiane idirSofiane Idir,économiste

SOFIANE EST ÉCONOMISTE DE FORMATION, DIPLÔMÉ DE L’UNIVERSITÉ GRENOBLE ALPES. SES RECHERCHES EN ÉCONOMIE ONT PORTÉ SUR LA VALORISATION TOURISTIQUE DU PATRIMOINE ET LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL EN ALGÉRIE. IL S’EST ÉTABLI AU QUÉBEC DEPUIS QUELQUES ANNÉES OÙ IL COLLABORE AVEC LE JOURNAL MONTRÉALAIS, ‘’L’INITIATIVE’’ COMME JOURNALISTE ÉCONOMIQUE QUI S’INTÉRESSE À L’ACTUALITÉ CANADIENNE ET QUÉBÉCOISE. NOMBRE DE SES ARTICLES ONT PORTÉ SUR LA TRANSFORMATION DIGITALE AU SEIN DES ORGANISATIONS.

INTERVIEW RÉALISÉE PAR HAMID SI AHMED

PENSEZ-VOUS RÉELLEMENT QUE CE BOULEVERSEMENT RÉPOND VRAIMENT AUX BESOINS FUTURS ?

Il s’agit d’un processus irréversible et soutenu, se déclinant principalement en numérisation, mise en connexion des objets et méga données, qui en train de changer notre manière de travailler, de produire, de consommer et de vivre. Ce processus imprime de nouveaux modèles économiques qui apportent leur lot d’avantages (augmentation de la productivité, création de nouveaux débouchées et de nouvelles activités, réduction des coûts, optimisation des ressources, etc.), mais aussi des défis à relever en matière de la redéfinition de la place de l’être humain dans le processus de production, de l’environnement, de la fiscalité et de l’équité sociale. En effet, il est peu commode de prévoir les conséquences de ce processus sur les sociétés et l’économie mondiale en raison de son ampleur et de son rythme soutenu et effréné.

LES SPÉCIALISTES AFFIRMENT QUE LE FACTEUR TEMPS EST LA PREMIÈRE RAISON DE CETTE TRANSFORMATION. QU’EN PENSEZ-VOUS ?

Le développement inouï des technologies de l’information et de la communication (TIC), soutenu par des innovations incrémentales en permanence, permet d’économiser la ressource «temps» comme facteur de production et d’améliorer ainsi la productivité et les conditions de travail. Aujourd’hui, dans les pays où la transformation digitale est très avancée, il est loisible de créer, d’enregistrer et de gérer une entreprise en ligne. La quasi-totalité des procédures administratives sont effectuées en ligne, ce qui génère des économies de temps et d’argent. La signature électronique par exemple a permis à l’Estonie (ce pays est la société numérique la plus avancée au monde) d’économiser 2% de son PIB par an. En plus du facteur temps, un autre trait saillant distingue la transformation digitale, à savoir l’information. De nos jours, l’information est devenue un élément crucial pour assurer un avantage concurrentiel aux entreprises. Quel que soit le domaine, les données collectées par une entreprise constituent une mine d’or. En effet, le monde produit chaque jour environ 2,5 trillions d’octets de données. Ces méga-données, appelées aussi Big Data, sont un outil digital représentant de nouvelles opportunités, mais aussi des défis à relever à très court terme pour toute organisation. Aujourd’hui, le Big Data est utilisé dans tous les domaines : sport, astronomie, médecine, vente, transport, marketing… En entreprise, le Big Data est un levier pertinent qui permet d’améliorer l’expérience client, les méthodes de management, le business model, les prises de décision…

NE PENSEZ-VOUS PAS QUE L’ABOLITION DES BARRIÈRES TEMPORELLES PEUT AUSSI AVOIR UN CÔTÉ NÉGATIF ?

Le digital a brisé les barrières temporelles et spatiales ce qui a bouleversé l’organisation traditionnelle en silo au sein de l’entreprise pour favoriser un travail en équipe avec un mangement transversal, qui laisse très peu de place aux liens hiérarchiques. Les outils digitaux permettent aujourd’hui de travailler avec des équipes multiculturelles qui se trouvent aux quatre coins de la planète et favorisent le partage de connaissances et l’incubation des idées. C’est aussi un contexte qui favorise l’intelligence collective qui donne cette faculté d’être plus créatif, plus innovant, plus productif, et donc, cette possibilité d’aller plus loin. Toutefois, la transformation digitale ne se fait pas sans risques bien que son aspect virtuel donne à croire qu’elle est saine et très peu nuisible. En effet, le digital est sources de nombreux dangers pour les organisations, la société et l’environnement et je cite à cet égard cyberattaques, atteintes aux libertés et à la vie privée, émissions de CO2, nouveaux crimes et délits (piratage, blanchiment d’argent, évasion fiscale, incitation à la haine…), épuisement des matières premières, outils énergivores, stress, addiction, anxiété…

QUE PENSEZ-VOUS DES NOUVEAUX CONCEPTS ISSUS DE LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE, COMME LE NOMADISME, LE FREELANCE ET LE MANAGEMENT TRANSVERSAL ?

Pour décrire les caractéristiques de la transformation digitale et ses différents aspects plusieurs concepts ont été développés par des spécialistes de plusieurs disciplines. On peut distinguer les concepts ayant trait aux technologies digitales comme Big Data, cloud, intelligence artificielle, objets connectés, chatbot, blockchain, etc., et les concepts qui se rapportent au monde de l’entreprise, notamment au marketing et au management comme CRM (Gestion de la relation client), référencement web, e-learning, management transversal, marketing automation, adwords, community management, lead… Ces concepts balisent ce phénomène et éclairent toute personne qui s’y intéresse. La liste de ces concepts est un spectre ouvert qui intègre les nouveautés de ce phénomène sans cesse en évolution.

EN PLUS DU MARKETING NUMÉRIQUE, QUELS SONT LES PRINCIPAUX PILIERS DE LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE ?

En plus du marketing digital qui s’inscrit dans une approche relationnelle reposant sur la valeur client et les avantages proposés en termes notamment d’expérience et d’offre personnalisée, la transformation digitale s’appuie sur deux autres piliers, à savoir les innovations technologiques et les données numériques, plus précisément les mégadonnées (Big Data). Parmi les innovations les plus importantes sur lesquelles la transformation digitale s’est appuyée figurent l’intelligence artificielle, l’internet des objets, la blockchain, les services Cloud… Le développement du Big Data au début des années 2000 a été facilité par les technologies du stockage, comme Cloud Computing et celles du traitement des données de masse, comme Hadoop et MapReduce. Le Big Data ou « l’or noir » est aujourd’hui au coeur de la stratégie marketing des entreprises. Il s’agit de tirer profit de ces données pour atteindre le client par des offres personnalisées et se démarquer de la concurrence.

D’APRÈS-VOUS, QUELLES SONT LES CONDITIONS DE SUCCÈS D’UNE TRANSFORMATION NUMÉRIQUE D’UNE ENTREPRISE ?

L’adaptation à la transformation digitale ne se limite pas seulement à la numérisation de l’entreprise, mais elle concerne tous les piliers de celle-ci, autour de trois axes fondamentaux : modèle d’affaires, organisation et relation-client. En effet, l’entreprise est appelée aujourd’hui à évoluer rapidement dans un contexte concurrentiel et sur des cycles très courts. Cela implique donc la révision de son modèle d’affaires, quitte à le changer en cours de route, pour en adapter un qui génère plus de chiffre d’affaires et de marge de profit. Intégrer le numérique dans chacune des dimensions de l’entreprise passe par un changement organisationnel. Pour mettre en place une organisation adaptée, plusieurs entreprises ont nommé un Directeur de la transformation digitale, appelé aussi Chief digital Officer (CDO). Le CDO doit avoir une bonne culture de l’innovation technologique et apporte son expertise en matière de management. Sa fonction consiste à élaborer et mettre en oeuvre la stratégie digitale de l’entreprise en accompagnant l’ensemble des métiers, des collaborateurs et des managers. Les technologies digitales ont fait que la relation-client soit, désormais, simple et immédiate, exigeant une réactivité accrue à l’égard du client de plus en plus digital, connaisseur et nomade. L’entreprise est appelée à satisfaire et améliorer en permanence l’expérience-client en utilisant plusieurs méthodes et pratiques du marketing digital : collecte, analyse et segmentation de données, communication multicanale, gestion de la relation client (CRM)…

ENFIN, EST-CE QUE L’ENTREPRISE ALGÉRIENNE EST CAPABLE DE S’ADAPTER À TOUTES CES RÉVOLUTIONS TECHNOLOGIQUES ?

La transformation digitale présente des perspectives de changement et de croissance considérables pour les entreprises algériennes. Mais, l’utilisation et l’appropriation des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les entreprises algériennes demeurent dans un état embryonnaire en raison de plusieurs facteurs : manque d’infrastructure de base, absence d’une stratégie globale d’intégration (les TIC sont essentiellement des technologies transversales qui impliquent plusieurs services imbriqués), méthodes managériales anciennes … Les pays où la transformation digitale est très avancée, les pouvoirs publics mettent prioritairement en place une infrastructure centrale qui assure une circulation fluide et fiable de données, et une interconnexion de diverses bases de données des secteurs publics et privés. En plus de ces contraintes, il faut investir dans le capital humain. L’adaptation à la transformation digitale nécessite la formation dans les domaines de technologie, de marketing et de management.

70 % des nouveaux métiers viennent du numérique

La transformation digitale, appelée aussi transformation numérique, désigne, selon Sofiane Id ir, le processus qui consiste à introduire les technologies digitales dans l’ensemble des activités d’une organisation. Mais, au-delà des out ils digitaux (web, mobiles, applications, CRM, big data, intelligence artificielle, etc.) qui demeurent une réponse et non une fin en soi, la transformation digitale implique surtout de repenser la stratégie de l’entreprise par une organisation adaptée à cette évolution que certains spécialistes qualifient de « Révolution », un usage demeurant problématique, voire ambiguë ! Notre interlocuteur estime dans le même contexte que bien que la transformation digitale implique principalement des technologies concentrées sur la data et l’automatisation des tâches, l’humain demeure la clé de réussite de cette évolution et doit être placé au cœur des stratégies digitales de toute organisation. Certes, le digital supprime des emplois, mais il en crée d’autres. Avec la transformation digitale, le travail se transforme et les métiers se réinventent avec, en permanence, de nouvelles compétences. Aujourd’hui, 70 % des nouveaux métiers viennent du numérique qui offrent de belles perspectives d’emploi pour les années à venir, comme community manager, ingénieur cloud computing, géomaticien, chef de projet CRM…

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