Zaït Zidane ,Consultant en digital <br />«Il y a urgence pour intégrer l’univers digital»

Zaït Zidane ,Consultant en digital
«Il y a urgence pour intégrer l’univers digital»

LES ENTREPRISES ALGÉRIENNES DOIVENT EN URGENCE S’INTÉRESSER À LA DIGITALISATION. CETTE NOUVELLE CULTURE MONDIALE, SELON ZAIT ZIDANE, CONSULTANT EN DIGITAL, EST L’UNE DES CLÉS DE LA MODERNISATION DE L’ÉCONOMIE, QUI VA PROBABLEMENT ÉCARTER LES ENTREPRISES LES MOINS DIGITALISÉES DANS LES 10 PROCHAINES ANNÉES. NOTRE INTERLOCUTEUR DONNE PLUS DE DÉTAILS DANS CETTE INTERVIEW.

INTERVIEW RÉALISÉE PAR NACIMA BENARAB

CERTAINS CONSIDÈRENT QUE LE DIGITAL EST UNE BOUFFÉE D’OXYGÈNES POUR LES ENTREPRISES. QU’EN PENSEZVOUS ?

En effet, le digital est une bouffée d’oxygène pour les entreprises, notamment les entreprises algériennes qui nécessitent une mise à niveau organisationnelle, culturelle et technologique. Autrement dit, le digital est nécessaire pour permettre aux entreprises de répondre aux enjeux du monde moderne. Le digital est la clé de la modernisation de l’économie. L’entreprise digitale est une entreprise étendue, connectée, mobile, agile, sociale et intelligente. La transformation digitale de l’entreprise est en marche. Elle bouleverse les organisations, les métiers et les modes de management. Elle permet entre autres: l’innovation à moindre coût, des avantages sans précédent sur le plan marketing et commercial, l’accès facile à un marché gigantesque, une relation client transfigurée, une collaboration interne réinventée, la valorisation de son image, la différenciation de son offre. Déjà en 2012, selon une étude Capgemini et MIT, les entreprises les plus avancées en termes de digitalisation sont au moins de 26% plus performantes et plus profitables que la moyenne de leur industrie. Une étude récente réalisée par Eurostat précise que la plupart des entreprises absentes de l’univers digital disparaîtront d’ici 10 ans au profit de concurrents plus agiles et réactifs. Il y a donc urgence de démarrer. Pourtant en 2012, peu d’entreprises ont accompli une véritable transformation numérique.

COMMENT ÉVALUEZ-VOUS LE NIVEAU DE CONSCIENCE DE NOS ENTREPRISES DANS CE DOMAINELÀ ?

Les entreprises algériennes commencent lentement à s’intéresser à la digitalisation et particulièrement le secteur privé. Malheureusement, souvent cette transformation ne se fait pas dans une vision stratégique globale, bien réfléchie. Avec le peu de digitalisation de certaines entreprises, on constate quand même dans certains cas un retour sur investissement immédiat comme par exemple la création de sites web et le référencement, l’adoption du marketing digital, la présence sur les réseaux sociaux, l’utilisation des objets connectés, l’utilisation des outils et applications digitaux, la formation sous forme de MOOC (massive open online course), les réunions et recrutement en vidéoconférence,l’utilisation du big data et des outils de CRM…. Les entreprises n’ont pas de choix aujourd’hui, elles doivent se lancer dans la digitalisation car les clients potentiels sont sur Internet (58 % de la population algérienne est connectée à Internet), le consommateur est connecté, exigeant, bien informé, il a l’embarras du choix (81% des acheteurs cherchent des produits ou services sur Internet avant d’acheter), il peut acheter quand il veut, là où il veut et comme il veut, les talents ont des offres de partout et sont chassés par des concurrents. En Algérie, on assiste aujourd’hui à un paradoxe de marché : d’un côté des employés de plus en plus connectés, faisant du numérique leur usage quotidien dans leur vie personnelle, des startups qui innovent dehors arrivent à bousculer l’intérieur des entreprises, de l’autre côté, des entreprises peu ou pas du tout digitalisées, dans lesquelles la culture numérique reste pratiquement inexistante. En conclusion, à mon avis, il faut suivre ou disparaitre. C’est le cas de KODAK, qui a fait faillite en 2012, parce qu’elle n’a pas voulu faire évoluer sa technologie de pellicule argentique vers une technologie numérique au même titre que ses concurrents.

EN TANT QU’EXPERT DANS LE DOMAINE, COMMENT LES ENTREPRISES ALGÉRIENNES PEUVENTELLES AUJOURD’HUI EMPRUNTER LE CHEMIN DE LA TRANSFORMATION DIGITALE ?

Le digital est une nouvelle culture, c’est une culture mondiale, puisqu’elle est partagée par le monde entier avec ses valeurs et ses normes. En termes de valeurs, on y trouve la coopération, la transparence, l’horizontalité et la liberté d’expression. En termes de normes on y trouve l’instantanéité, l’ubiquité, les rapports aux autres (réseaux sociaux) et l’agilité. A mon avis dans le contexte algérien, la première action c’est de développer une culture digitale auprès de tous les employés y compris le top management de l’entreprise afin de changer les mentalités et de développer des comportements et reflexes nouveaux, communs à tous. J’irai plus loin pour proposer d’introduire l’enseignement de la culture digitale dans l’enseignement à partir du cycle primaire. Chacun doit se l’approprier. Ensuite emprunter les mêmes étapes, suivies par les entreprises digitalisées.

QUEL EST LE RÔLE DE LA RESSOURCE HUMAINE DANS LA RÉUSSITE DE LA TRANSFORMATION DIGITALE DANS UNE ENTREPRISE ?

Quelques chiffres pour illustrer le rôle des ressources humaines dans la transformation digitale en Algérie: 58% de la population est connectée à Internet et 54% sont inscrits sur les réseaux sociaux. Ces chiffres montrent qu’en termes de ressources humaines pris individuellement, le problème ne se posera pas vraiment,car la population est déjà bien initiée aux usages des outils digitaux. Quelques efforts supplémentaires suffisent pour faire en sorte que les outils digitaux soient acceptés, compris et adoptés par tous dans un environnement professionnel comme utilisés et pratiqués dans la vie privée des individus. Je pense qu’il faut en plus une vraie volonté sur le plan de la gouvernance pour démarrer la vraie digitalisation au sens universel du mot. Selon le spécialiste de l’assurance-crédit Euler Hermes, qui a mené une étude en 2019 pour mesurer la capacité des pays africains à offrir un environnement propice à la digitalisation des entreprises, l’Algérie est classée 9e après l’Afrique du sud premier, suivi dans l’ordre par la Tunisie, le Maroc, le Ruanda, le Kenya, l’Egypte, la Namibie et le Ghana. Pourtant ce ne sont pas les ressources financières et/ ou humaines qui manquent à l’Algérie, comparativement à ces pays qui nous devancent. Les modes de gestion d’hier ne sont plus suffisants pour piloter les organisations d’aujourd’hui et de demain. Les collaborateurs et les clients expriment de nouvelles attentes. L’entreprise doit y répondre et les RH sont le moteur et le pilote de ce changement. Avec la digitalisation des entreprises, la fonction RH a de nombreux défis, se digitaliser soit même et accompagner l’entreprise dans sa digitalisation. Pour réussir dans ces chantiers, les entreprises doivent recruter de nouvelles compétences, faire évoluer les métiers, les outils et les processus, stimuler et encourager l’innovation, favoriser de nouveaux modes de travail et de collaboration, communiquer et impliquer régulièrement les collaborateurs afin d’éviter d’éventuelles résistances au changement.

«LE DIGITAL EST UN VECTEUR DE CROISSANCE»

«Avec l’émergence de l’internet grand public vers les années 2000 à l’échelle mondiale, les entreprises se sont adaptées. D’abord en dématérialisant leur offre, leurs processus, puis elles se lancent dans la digitalisation. Plusieurs études dont celui de BPI France montrent que le digital est un vecteur de croissance pour l’entreprise. Il conduit l’entreprise à réinventer sa relation et ses interactions avec ses clients, à dynamiser les rapports entre ses collaborateurs, à s’ouvrir à son écosystème, à reconstruire ses processus d’organisation. L’entreprise va responsabiliser les utilisateurs métier en redéfinissant leur rapport à leur outil de travail. La révolution numérique est nécessaire pour permettre aux organisations de répondre aux enjeux du monde moderne. La transformation digitale de l’entreprise est en marche ; elle bouleverse les organisations, les métiers et les modes de management. La digitalisation de l’entreprise permet concrètement une grande mobilité, l’automatisation, des avantages sans précédent sur le plan marketing et commercial, l’accès rapide et facile à un marché gigantesque, une relation client digitalisée, plus d’agilité pour l’entreprise, une collaboration interne réinventée, la valorisation de son image, la différenciation de son offre. Une entreprise qui se transforme peut élargir son terrain de jeu, exploiter de nouveaux territoires, dupliquer son audience cible rapidement et développer son activité commerciale. Digitaliser son entreprise, c’est aussi être en mesure d’ajuster ses investissements, adapter son offre, son produit en temps réel et donc d’optimiser l’expérience de ses clients et son image par voie de conséquence.»

«La digitalisation n’est pas un phénomène passager»

«La digitalisation est un long processus, les esprits, les comportements et les pratiques doivent changer. Ce changement nécessite un accompagnement, clé de la réussite du processus. Ce qui est bien chez nous, c’est que tout est à créer ou presque, on peut créer directement des entreprises digitales car nous n’avons pas d’investissement lourd à amortir. Les entreprises dites «traditionnelles», qui ne sont pas nées dans la culture digitale, avec des modèles d’affaires anciens doivent engager et réussir leur transformation pour rester compétitives. A rappeler que la digitalisation ne se limite pas à l’adoption intensive d’outils digitaux, mais elle remet également en cause les modèles économiques, les chaînes de valeur, l’environnement concurrentiel, le fonctionnement de l’entreprise, les métiers, les modes de travail et de collaboration et même la vie quotidienne des salariés. Dans cet univers en constante mutation, les entreprises algériennes se doivent de réagir, de s’adapter, au risque sinon de voir leur activité diminuer ou disparaître, au profit d’acteurs plus rapides à s’adapter et à s’étendre, séduisant les jeunes générations. Les innovations technologiques s’enchainent les unes après les autres et s’accélèrent. Plus on attend, plus le fossé à sauter sera grand.»

«L’Algérie doit s’ouvrir à la digitalisation»

«Dans cet environnement mouvant de la digitalisation, caractérisé par l’évolution rapide des technologies, qui s’accélèrent et qui impactent fortement les entreprises, les business model et les individus, l’Algérie doit s’ouvrir, s’adapter et suivre rapidement pour prospérer économiquement et socialement et maintenir ses enfants pleins d’énergie de vivre, de s’amuser, d’entreprendre et d’innover.»

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