L’Algérie présidera trois organisations énergétiques <br />«Aucun profit n’y sera tiré»

L’Algérie présidera trois organisations énergétiques
«Aucun profit n’y sera tiré»

C’est officiel. L’Algérie assurera, en 2020, la présidence de trois importantes organisations énergétiques internationales à savoir, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), et le Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), selon le ministère de la tutelle, qui estime que cela témoigne de la place que l’Algérie occupe sur la scène énergétique internationale. Un avis qui n’est pas forcement partagé avec notre expert en énergie, Tewfik Hesni, qui nous a fait une petite lecture de cette nouvelle annonce.

PAR NACIMA BENARAB

«Les déclarations du ministre de l’Energie et du P-DG de Sonatrach ont été faites dans une conjoncture comme la nôtre. Certains pensent qu’il est toujours bon de maintenir une position dans ces organisations. Il faut savoir que la présidence ne donne aucun poids particulier au pays qui en assume la responsabilité. C’est plutôt le secrétariat. La meilleure preuve est que l’Algérie remplace le Venezuela qui dispose quand même d’une des plus grandes réserves de pétrole. Le Venezuela n’a pas tiré pour autant de profit de cela.»

VERS UNE BAISSE CERTAINE DES PRIX DU PÉTROLE EN 2020

«Si nous examinons la situation du pétrole, il est illusoire de penser que la poussée du prix va durer. Les fondamentaux sont là. Les stocks de gazoline n’ont jamais été aussi élevés aux USA. C’est vrai que le brut est monté de quelques dollars. Il faut savoir aussi que le dollar a perdu de sa valeur et il est connu que dans ce cas les prix du brut augmentent. L’Arabie Saoudite a effectivement réduit sa production pour doper la mis en bourse des actions d’Aramco. Le pillage du pétrole syrien et Irakien favorise une augmentation aussi du prix du brut. Cependant, l’Arabie Saoudite et le Koweit annoncent la mise en production des gisements de pétrole en zone neutre. Au cours des deux derniers mois, BP, Chevron, Equinor et Repsol combinés ont déprécié 20 milliards de dollars, peut-être plus de 22 milliards de dollars, de la valeur de leurs portefeuilles. À elle seule, Chevron a averti qu’elle pourrait effacer jusqu’à 11 milliards de dollars de valeur de ses livres au quatrième trimestre. Le changement le plus intéressant parmi le groupe est venu de Repsol, qui a annoncé sa dépréciation de 5,3 milliards de dollars dans le cadre d’un plan ambitieux pour devenir neutre en carbone d’ici 2050. Cette décision est la première promesse de ce type d’un grand producteur de pétrole international, mais elle montre également la triste réalité qu’un monde neutre en carbone aura besoin de moins de pétrole et de gaz, et que cela abaisse à la fois les perspectives de prix des matières premières et la valeur des actifs qui les produisent. Bien que leurs dépréciations soient moins axées sur le climat, les révisions de Chevron, BP et Equinor montrent sans doute les empreintes digitales de la transition énergétique. Les trois ont réduit la valeur comptable de certains actifs en raison de leurs nouvelles perspectives de prix et de forage plus faibles.

LE PRIX DU GAZ NE FERA PAS EXCEPTION

Les investissements dans le gaz naturel américain ont été particulièrement touchés. Une partie de ce changement est sans aucun doute due à l’ère de l’abondance provoquée par la révolution du schiste, mais il existe également de vraies questions sur la demande future de gazoduc, de GNL et de produits pétrochimiques, des matières premières pour lesquelles la croissance était censée se poursuivre à l’infini, mais qui se négocient désormais à des creux pluriannuels avec des perspectives lamentables à moyen terme. Par ailleurs, il faut savoir que le dernier pipeline entre la Sibérie et la Chine aura coûté 29 milliards dollars US. Le coût départ Sibérie est de 1,25 $/ MMBTU, selon IHS Markit’s. Le marché est proche de la frontière : la région de Jing-Jin-Ji, sachant que ce projet est exonéré de taxes pétrolières pour 16 ans et de taxes douanières, il est compétitif, mais certainement pas rentable. Le coût de transport étant inférieur à $2/MMBtu. Mais, s’il fallait faire la comparaison avec le GNL qui arrive à Shanghai, alors il faudrait considérer un prix de transport de la frontière russe à Shanghai de 3,3$/ MMBTU, soit un total de 4,55$/ MMBTU. Le GNL est plus compétitif. La conclusion est qu’il est inopportun de jeter le peu d’argent qui nous reste dans des projets non rentables. Il est illusoire que la conférence sur le gaz puisse régler le problème des prix du gaz.

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