Des chefs-d’œuvre à sauvegarder. Le timbre, miroir d’une nation

Des chefs-d’œuvre à sauvegarder. Le timbre, miroir d’une nation

timbreLorsqu’il y a quinze ans, j’étais en charge du MPTIC, j’avais envisagé de réaliser avec les cadres du ministère et d’Algérie Poste la première anthologie du timbre réservée aux amoureux de la collection des timbres. Après plus d’une année, nous avons repris tous les synopsis des timbres édités depuis 1962 jusqu’à 2007 pour présenter à l’occasion de l’anniversaire de notre indépendance nationale, ce chef-d’œuvre de haute facture tant par la sélection des couleurs que par tous les timbres à la fois de la période coloniale que celle de l’ère post-Indépendance.
Par Dr Boudjemâa Haichour *

Le timbre devient l’image d’une Nation plusieurs fois millénaire qui consolide notre sentiment patriotique et nous rapproche avec les autres peuples du monde. Le timbre est le narrateur du récit national de la même façon que notre emblème national. Chaque timbre émis, est de par l’image qu’il reflète, un lieu de mémoire qu’il faut sauvegarder.

L’histoire du timbre algérien
La date de naissance officielle du timbre-poste algérien est le 1er novembre 1962. mais l’Algérie sous l’occupation française a connu l’édition de timbres récitant des vestiges et quelques monuments de la culture arabo-musulmane qui n’apparaissaient qu’après la Première guerre mondiale puisque les imprimeries commencèrent bien avant, en 1849 l’année qui a vu naitre les premiers spécimens des timbres dont le contenu est lié spécialement de tout ce qui est de nature et d’origine française. C’est donc entre 1924 et 1926 qu’apparaissent pour la première fois en Algérie des timbres qui reflètent un tant soit peu l’identité des autochtones. Le premier fut l’illustration de la mosquée de Sidi Abderrahmane et celui de la pêcherie baptisé «Al djamàa el djedid» (la nouvelle mosquée) après l’indépendance.

Suivi en 1930 de timbres illustrant les traces de la présence romaine à travers Timgad et Djamila, puis du désert algérien et des oasis de Bechar en 1936, et de nombreux monuments dans diverses villes algériennes comme la baie de Stora, les ruines de Rusikada (Skikda), le rocher de Constantine, Tlemcen, Ghardaïa, etc., et bien évidemment le timbre à cette époque se concentrait plus particulièrement sur tout ce qui montre la mainmise coloniale sur notre territoire occupé ainsi des sites militaires et d’arsenaux y compris ceux qui portant des personnalités civiles et militaires françaises. Peut-être ce qui a été le plus remarquant comme timbre c’est celui publié vers 1950 qui montre l’Emir Abdelkader et le général Thomas Robert Bijou côte à côte, qui symbolise sans aucun doute le traité de Tafna signé le 30 mai 1837. Il ne s’agit là que de quelques échantillons de timbres, qui se chiffrent par dizaines et même par centaines, qui témoignent encore des différentes étapes de la présence coloniale jusqu’à l’indépendance de l’Algérie.

Le timbre après l’indépendance de l’Algérie58
Ce qui nous intéresse le plus dans cette humble étude, ce sont les timbres qui incarnent la résistance anti coloniale de l’Algérie par leur importance historique puisque tous les timbres tous thèmes confondus : jeunesse, enfance, événements culturels, artistiques ou sportifs,… racontent l’histoire de l’évolution d’une Algérie émergeante qui avance.

le 1er novembre 1962, Emission du premier timbre algérien
En revisitant la trame des timbres émis, l’historien ou le philatéliste s’arrête au prem59ier timbre émis juste après l’indépendance. Il sera tiré en 13.000 exemplaires environ. Il sera épuisé très vite et réédité onze fois durant l’année 1963. Pour le décrire, ce premier timbre a été dessiné par un Français G. A Vallé. Il représente le drapeau algérien brandi par une main, qui tombe en longueur en parallèle avec le continent africain et la péninsule arabique. Le territoire algérien strictement délimité avec ses frontières et figuré en vert foncé.L’émission des timbres commémorant le 1er novembre 1962 se succèdent à travers les années et à chaque fois les artistes qui ont eu l’honneur et la tâche de réfléchir sur ce thème, ne s’éloignaient pas trop de la philosophie révolutionnaire qui reflétait l’esprit de la gloire du drapeau algérien comme si les timbres se ressemblent, mais ne sont pas semblables.

 

60Le timbre et la commémoration du 05 juillet 1962
L’Anniversaire le plus important dans la vie de la Nation algérienne reste celui de la fête de l’Indépendance, qui s’est est arraché après une longue lutte de 132 ans contre le colonialisme français, au cours de laquelle l’Algérie a connu de nombreuses résistances.
– L’insurrection de l’Emir Abdelkader d’Algérie, qui dura de 1832 à 1847 et qui comprenait l’ouest algérien.
– L’insurrection d’Ahmed Bey de 1837 à 1848 comprenait la région de Constantine.
– La résistance des Zouawas de 1837 à 1845 comprenait la zone tribale basse.
– La Résistance du calife Ahmed ben Salem à Laghouat de 1848 à 1849.
– L’insurrection de Mohammed ben Abdallah, surnommé Boumaaza, de 1845 à 1847 à Chlef, Hodna et Titteri.
– L’insurrection des Zaâtchas de 1848 à 1849 avec les Zaâtchas de Biskra (et l’Aurès)
– La Résistance de Laghouat et Touggourt de 1852 à 1854 sous la direction de Chérif Mohammed ben Abdullah ben Suleiman.
– L’insurrection de la Kabylie de 1851 à 1857 dirigée par lala Fatima N’soumer et chérif Boubaghla, qui a débuté dans la région d’Ath-aoura.
– L’insurrection de Ouled Sidi Cheikh de 1864 à 1880 dans l’oasis d’Al-Bayed, de Djebel Ammour, du Titteri, de Sour El-Ghozlane et d’Azoura et de Tiaret dirigée par Suleiman Ben Hamza, Ahmed Ben Hamza, si taali
– L’insurrection de Cheikh el Mokrani de 1871 à 1872 à Bordj Bou Arreridj, Medjana, Sétif, Tizi Ouzou, Dràa el mizan, Batna, mur de cerfs, Azoura, El Hodna.
– L’insurrection de 1871 à Jijel et au nord de Constantine
– L’insurrection de Cheikh Bouamama 1881-1883, a inclus Ain Safra, Tiaret, Saida, Ain Saleh.
– La Résistance d’el Halimia à djebel Mestaoua de 1914 à 1916 dirigée par Omar ben Moussa.
– L’insurrection des Touaregs de 1916 à 1919 à Taghit, Hoggar Djanet , el M’zab et Ouargla, dirigée par Cheikh Amoud.
Après de nombreux soulèvements et insurrections, la révolution du 1er Novembre 1954, qui a duré plus que sept ans, finit par arracher au prix d’un million et demi de martyrs comme offrande, l’indépendance de l’Algérie.

La journée nationale du moudjahid
Le timbre ne s’est pas contenté à cette symbolique de l’Indépendance acquise, mais il a incarné la manière dont le peuple algérien a pu arracher sa liberté et son indépendance.
Ainsi, le neuvième anniversaire du 1er novembre 1963 a été l’occasion de l’émission d’un timbre-reflétant ce symbolisme historique.
Trois ans plus tard, un timbre similaire immortalisant la Journée nationale du Moudjahid en 1966. C’est le double anniversaire des attaques héroïques triomphantes signées par l’Armée de libération nationale au nord Constantinois contre l’occupation française, le 20 août 1955, sous la direction du martyr Zighoud Youcef et de ses compagnons, renforçant ainsi sa profondeur populaire de cohésion et d’harmonie parfaite. Puis, la congrès de la Soummam eut lieu le même jour de l’année suivante, en 1956 présidée par Larbi Ben M’hidi en coordination avec Abane Ramdane. Cette conférence va tracer les grandes lignes de la stratégie de la Révolution.

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62Le timbre immortalisant les manifestations du 11 décembre 1960
Parmi les timbres figure un timbre commémorant le 30e anniversaire du soulèvement et des manifestations du 11 décembre 1960, une journée qui a changé le cours de l’histoire et qui a été un tournant décisif dans l’évolution de la révolution de libération de l’Algérie.Cette manifestation qui a mis en échec le plan du Président français Charles de Gaulle, appelant à une l’Algérie française, la réponse lui venait directement du peuple algérien. Grâce à la presse internationale, venue couvrir la visite du Président français, elle a permis de faire entendre la voix de l’Algérie et de la diffuser dans le monde entier.
La presse internationale a rendu compte de ces événements et de ce qui a été édité et diffusé par Reuters, atteindra les murs des Nations Unies. Pour que la délégation algérienne après soit reçue avec beaucoup d’intérêt et considération.

Des événements inoubliables : génocide du 08 mai 1945
Après la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, les Algériens apparurent le 8 mai 1945, convaincus que cet63te fois-ci la France tiendrait ses promesses d’octroi de l’indépendance à l’Algérie. Les préparatifs ont commencé une semaine avant le 8 mai, lorsque des slogans appelant à l’indépendance de l’Algérie ont été soulevés le 1er mai, jour de la fête du Travail, mais ils ont fait l’objet de violences et de persécutions de la part de la police française. Ce génocide a coûté la vie à 45 000 personnes tombées en martyrs, la plupart à Sétif, Guelma et Kherrata.

64L’incendie de la bibliothèque universitaire d’Alger
Le peuple algérien et les étudiants universitaires en particulier n’ont pas oublié et n’oublieront pas la bibliothèque universitaire, saccagé et brûlée par l’organisation militaire secrète OAS, prédicateur de l’Algérie française, qui a commis d’horribles crimes coûtant la vie à des milliers d’Algériens. Leur rancœur allait jusqu’à brûler la bibliothèque de l’université, qui contenait plus de 500 000 livres pour priver des milliers d’étudiants algériens de la connaissance et du savoir. C’était le 7 juin 1962, un mois avant la déclaration d’indépendance. Ainsi, rappeler cet événement était plus significatif le 7 juin 1965.

65L’Algérie mecque des opprimés dans le monde
Après l’Indépendance, l’Algérie révolutionnaire est restée fidèle à son principe à militer pour la liberté et l’indépendance de tous les peuples opprimés du monde et a toujours été présente pour servir les causes justes dans le respect des principes, de la Charte et les résolutions des Nations Unies.

 

66Les causes palestinienne et sahraouie au cœur du bouquet philatélique algérien
Par sa participation fulgurante aux guerres de 1967 et de 1973 pour l’Algérie, la question palestinienne était et reste la question mère et à l’origine même des différents conflits arabo-israéliens. L’Etat de Palestine, avec El Qods comme capitale, a été annoncé et proclamé en Algérie en 1988.

Pas loin de la frontière  de l’Algérie la question du Sahara occidental reste une affaire  de décolonisation et de volonté exclusive du peuple sahraoui ami qui aspire à l’autodétermination.

Quelques personnalités nationales symboles de la résistance anti coloniale au panthéon des héros

En ce 65e Anniversaire de la Révolution nos pensées vont vers nos chouhada qui sont immortalisés au panthéon de notre histoire plusieurs fois millénaire. C’est cet héritage de notre mémoire collective que nous transmetton68s aux générations. C’est ce récit national que nous glorifions pour lutter contre la culture de l’oubli. Le timbre émis en 2010 pour le cinquantenaire des essais nucléaires, au nombre de 17, dessiné par Sid-Ahmed Bentounes représentant une explosion atomique ayant irradié les habitants de Reggane et ses régions limitrophes du Sahara sans oublier presque toutes les mechtas de nos campagnes bombardés par le napalm et d’autres armements interdits par les institutions internationales.
Pour conclure, le timbre reste dans l’imaginaire de notre Nation, l’affirmation de notre être national et son socle identitaire de l’amazighité, de l’Arabe et de l’Islam, représentant la photo des six Chefs historiques, prise avant quelques jours du déclenchement de la Révolution comprenant Mustapha Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf et Krim Belkacem, reste une référence historique au Panthéon des grands hommes qui ont façonné au nom du peuple cette nouvelle Algérie combattante dans le concert des Nations indépendantes. Gloire éternelle à nos martyrs.

 

*Dr Boudjemâa Haichour, ancien ministre de la PTIC, chercheur universitaire

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