Emploi et handicap ! Une équation insoluble en Algérie.

Emploi et handicap ! Une équation insoluble en Algérie.

Plus de 90% des personnes handicapées en âge de travailler ne sont pas insérées sur le marché du travail, selon les chiffres officiels du ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme. Un chiffre qui en dit long sur la difficulté qu’éprouve cette catégorie de la population à décrocher un emploi.

PAR NACIMA BENARAB

Une marginalisation qui, d’ailleurs, commence dès le plus jeune âge. Une étude, menée par la Fédération algérienne des personnes handicapées dans la wilaya d’Alger, révèle le faible niveau d’éducation constaté pour les personnes portant un handicap. 21% des personnes handicapées interviewées ne disposent d’aucun niveau d’instruction et 51% n’ont
qu’un niveau scolaire primaire, 12% ont une formation secondaire et 12% seulement ont une formation universitaire. Chaque année, des milliers d’enfants handicapés en âge de scolarisation se heurtent à la difficulté de décrocher le ticket d’entrée à l’école. Depuis 2007, la pension mensuelle qui était de 3000 DA, a été augmentée de seulement 10 000 DA, 12 ans plus tard. En effet, l’Etat a décidé d’augmenter de 150% la valeur de l’allocation mensuelle des personnes handicapées, soit à 10.000 DA à partir du 1er octobre 2019 au lieu de 4.000 DA. L’Etat prendra en charge donc le paiement des cotisations de la sécurité sociale de 5 % du salaire national minimum garanti (SNMG). Les personnes bénéficiaires de cette allocation sont les handicapés 100 %, âgés de 18 ans au moins et qui n’ont aucun revenu, soit près de 264.000 bénéficiaires. Il sera procédé également à l’augmentation du seuil minimal des offres d’emploi imposé aux responsables des entreprises et des administrations et réservé aux personnes handicapées en âge de travailler, actuellement fixé à 1 %, à 3 % au moins, soit 300 % , avec la gratuité du transport aérien qui sera pris en charge par la Caisse de solidarité nationale. Une décision «qui n’a aucun sens», selon certains observateurs.

LE 1% N’A JAMAIS ÉTÉ RESPECTÉ
L’article 27 de la loi n° 02-09 relative à la protection et à la promotion des personnes handicapées, prévoit que tout employeur doit consacrer au moins 1% des postes de travail aux personnes handicapées dont la qualité de travailleur est reconnue, mais cet article «n’a jamais été appliqué de manière sérieuse ni par le secteur public ni par le secteur privé », estiment ces observateurs qui appellent à améliorer la situation des handicapés en Algérie. Ils préconisent la sensibilisation surtout des entreprises qui doivent adopter une politique de la diversité, et plus particulièrement, une politique emploi-handicap. Ceci permettra d’assurer aux personnes handicapées une égalité des chances dans l’accès à l’emploi et dans l’évolution professionnelle. Sauf qu’on ne pourra pas continuer, disent-ils, à établir un programme qui correspond aux besoins réels des handicapés, dont l’application des lois est confrontée à des difficultés sur le terrain. En effet, la réalité sur le terrain est tout autre. C’est le cas de Hassiba 32 ans de Skikda, comptable de formation qui est en chômage depuis plusieurs années. Cette jeune fille à chaise roulante affirme que «l’emploi pour les handicapés en Algérie constitue une double peine. Il nous considère comme une catégorie à part, malgré nos compétences professionnelles. Malheureusement, il faut le dire, les dirigeants d’entreprise sont encore réticents par rapport à l’embauche des personnes en situation de handicap.
Dans certains cas, l’entreprise accepte de m’embaucher, mais je trouve des difficultés pour le déplacement». L’environnement, en effet, n’est pas adapté à leur handicap. Les bâtiments publics demeurent toujours aussi inaccessibles, les infrastructures spécialisées gravement insuffisantes, les transports inadaptés, les domaines de l’emploi, de la santé et du logement et les contraintes sont les plus aigus. La politique de l’Etat au profit de cette catégorie est donc n’est pas suffisante et les lois promulguées ne sont pas toujours appliquées en réalité.

Yassine Foudad, Consultant ressources humaines
«Des mesures d’accompagnement sont nécessaires»

«La loi est encore en projet, elle n’a pas encore été votée. Attendons de voir le texte final. D’abord, commençons à faire respecter le taux de 1% actuel qui n’est pas appliqué par tous les employeurs. Le faire tripler risque d’augmenter les charges sociales des entreprises et ne pas servir, au final, la cause de personnes handicapées. C’est une cause juste, mais relever un taux sans dialogue ni négociation, risque d’entrainer des résistances et des refus. Des mesures d’accompagnement sont nécessaires si l’on veut servir la cause des personnes à handicap.»

Abdelkader Djamal, Consultant-expert en ressources humaines et droit du travail
«Il n’existe aucun contrôle»

«A mon avis, la décision de revoir à la hausse le taux des offres d’emploi au profit des personnes à besoins spécifiques à 3% intervient dans un contexte qui n’est pas neutre. Il s’agit d’un effet d’annonce. Avant de passer à cette décision, il sera utile de faire le bilan de la précédente décision. Partant de mon expérience dans différentes entreprises publiques et privées, le 1% n’a jamais été appliqué. Pire encore, la taxe imposée à ces entreprises qui ne respectent pas l›obligation d›emploi de travailleurs handicapés n’a jamais été payée par ces dernières. Il n’existe aucun contrôle, donc, il ne faut pas donner de faux espoirs. Ils ont déjà assez de problèmes.»

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page