Perspectives pétrolières,  L’Algérie doit revoir sa stratégie.

Perspectives pétrolières, L’Algérie doit revoir sa stratégie.

Cette contribution vise à donner une vision globale sur les perspectives pétrolières dans le monde et en Algérie. Nous verrons le poids des lobbies qui veulent contrecarrer la concurrence de la mobilité électrique. En arrière-plan, la volonté des Etats-Unis de maintenir la domination du dollar sur le seul marché mondial qui lui reste.

PAR TEWFIK HASNI

Le pétrole contribue à 80% à la production de carburant, le transport représente le tiers de la consommation énergétique mondiale. Le plus grand émetteur de gaz à effet de serre reste le transport. Les effets alarmants du changement climatique mobilisent de plus en plus de monde. A présent, les jeunes ont pris conscience de la menace qui pèse sur leur avenir, ils ont compris aussi qu’ils représentaient une force qui avait son mot à dire et dans le Monde entier. La compétitivité des Energies renouvelables (ENR) face au pétrole et au gaz va être la menace principale pour les lobbies pétroliers et les pays producteurs de pétrole (NOC). Les lobbies pétroliers pèsent 25 000 milliards de dollars en actifs. Les lobbies dépensent plus de 200 milliards de dollars /an pour contrer les ENR. Il est vrai que la prise de conscience des populations a eu un impact sur les lobbies. Ceci se traduit par une aide à la protection de l’environnement de l’ordre de 190 milliards de dollars /an. Les actionnaires arrivent aussi à infléchir certains majors pétroliers.Les NOC freinent aussi le développement des ENR, c’est le cas de l’Algérie. Cela n’empêchera pas la mise en place de taxes carbone qui viendra réduire encore plus la part du prix du brut dans la constitution du prix des carburants. Cette part a chuté à 15%. Cependant, ces actions n’empêcheront pas le développement de la mobilité électrique.Les couts d’exploitation du transport électrique est compétitif avec ceux du transport classique par des moteurs à combustion interne. Les coûts sont tellement
en baisse que les USA viennent de taxer les voitures électriques importées de Chine. Il faut préciser que le succès de Tesla, la voiture électrique américaine la plus vendue en Europe et aux USA, connaît quelques difficultés d’approvisionnement en métaux rares. La Chine est le principal producteur au Monde de métaux rares et utilise ceci comme une arme. La Chine a fixé des quotas d’exportation de métaux rares.
Pour revenir aux perspectives pétrolières, il faut savoir que la stratégie US, en contrôlant le principal marché mondial, celui de l’énergie, vise en fait à maintenir une domination mondiale des marchés avec le dollar.

LES MARCHÉS PRINCIPAUX SERONT EN ASIE
La stratégie des USA qui est devenu le premier producteur mondial de pétrole avec 12 millions bbl/jour. En 2018, les USA ont atteint un record en exportation totale de produits pétroliers qui a atteint 5,6 millions de barils/ jour. Cette stratégie a consisté pour maintenir sa domination sur le marché pétrolier à mieux assoir son contrôle sur le deuxième producteur mondial l’Arabie Saoudite. L’OPEP après cela ne devient qu’une coquille vide. Il lui fallait casser les autres pays concurrents : Iran, Irak, Syrie et Lybie. Le Venezuela restant un cas particulier car producteur principal de pétrole lourd. Les raffineries US sont en grande partie conçues pour traiter le pétrole lourd. Le pétrole de schiste US est un pétrole très léger. Pour satisfaire les besoins énergétiques de la population et de l’industrie US, il fallait baisser le cout de l’énergie. La limite restant le seuil de rentabilité des hydrocarbures de schiste. Il faut savoir que le pétrole de l’off-shore (mer profonde) nécessitera un prix minimum de 70$/bbl. Ceci explique pourquoi le prix du pétrole restera dans la fourchette de 60 à 70 $/bbl.Un autre paramètre affectant le prix du pétrole, reste le niveau des stocks.
Pendant toute la période passée, aussi bien les stocks de brut que ceux des carburants sont restés élevés, malgré tous les conflits et les embargos.Il faut noter que le nombre de puits forés dans le schiste, mais non complétés a atteint en février 2019 le nombre de 8504.Le gaz dépassant les capacités techniques d’absorption par le marché est simplement torché aujourd’hui.Au prix de 2,7 dollars /MMBTU, ce n’est pas rentable de le commercialiser. La production de pétrole a nécessité la réalisation de nouveaux pipes de transport pour l’exportation de brut. Les USA sont arrivés même à arrêter un brut de référence pour le pétrole du Permian. C’est ainsi que ce prix se situe à 10 dollars en dessous du prix du Brent. Cela leur donne la capacité de concurrencer le Brent sur le marché asiatique.
Le différentiel de prix couvrant les couts de transport.En effet, les USA ont une stratégie de marché plutôt que de défense des prix. Les saoudiens réagissent de même pour d’autres raisons. Ils disposent de réserves énormes. L’adage «l’âge de pierres ne s’est pas arrêté parce qu’il n’y avait plus de pierres», a été bien assimilé. Par ailleurs, l’Arabie saoudite a montré une résilience surprenante. Malgré des dépenses énormes pour financer l’effort de guerre dans le Golfe, l’Arabie Saoudite dépasse en termes de bénéfice de ses revenus la meilleure des entreprises du GAFA. Ses réserves lui permettent de continuer à produire pendant 70 ans au rythme actuel de production. Le cout de production serait de 6 de dollars / bbl seulement. En ce qui concerne l’autre alternative pétrolière concurrente, à savoir l’off-shore,
Shell vient d’annoncer qu’elle pouvait réaliser une rentabilité pour ses gisements off-shore dans le Golfe du Mexique même à 58 de dollars /bbl. La règle aux USA pour l’estimation des réserves consiste à n’apprécier que les réserves commercialisables. Ainsi, lorsque les prix du brut ont chuté, les réserves de schiste qui ne pouvaient être commercialisées du fait du prix, ont été simplement supprimées.

Quelles perspectives pour l’Algérie ?
Nos réserves de pétrole sont insignifiantes par rapport aux autres pays producteurs. Il faut ajouter la révélation de près de 7 pays africains producteurs de pétrole. La qualité de notre pétrole nous donnait un avantage, ce qui n’est plus le cas. Le principal concurrent est devenu le pétrole de schiste américain. L’Algérie n’a qu’une seule alternative : la défense des prix. Il lui faut un pétrole à 120 dollars pour satisfaire ses besoins budgétaires. La rente pétrolière s’est contractée. La rente pour le gaz conventionnel au prix actuel du marché du gaz risque de disparaître. C’est encore, faut-il rappeler, la concurrence du gaz de schiste américain en plus de la Russie et du Qatar. Il est certain que le gaz de schiste en Algérie ne sera pas rentable.Il faut savoir aussi que la réussite du schiste aux USA ne concerne en fait que le pétrole. La production des hydrocarbures de schiste se structure en fait en 80% en pétr ole et 20% en gaz. La stratégie US a consisté à mettre toutes les charges sur le pétrole, cela lui a permis d’abaisser le prix du gaz au niveau actuel. Ce qui explique que pour l’Algérie, le cas US ne peut s’appliquer. Il devient important en conséquence de comprendre qu’il faille diversifier notre économie et le plus tôt. Nous avons suffisamment de ressources par ailleurs pour cela.

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