Fuite des cerveaux, Un phénomène alarmant.

Fuite des cerveaux, Un phénomène alarmant.

Ces dernières années, l’Algérie a connu un phénomène inquiétant : la fuite des cerveaux. D’après de récents chiffres, pas moins de 1800 ingénieurs quittent le pays chaque année.

PAR NASSIMA BENARAB

Une tendance qui ne cesse d’évoluer vers la hausse. La même source dresse des chiffres très alarmants. Il ressort qu’entre 1980 et 2005, pas moins de 50 000 chercheurs ont quitté le pays, ce qui engendre au pays un manque à gagner de plus de 135 milliards de dollars en 25 ans. Le phénomène de la fuite des cerveaux s’est accéléré depuis le début des années 2000, où la tendance à quitter le pays par ses talents et compétences a connu une courbe ascendante. Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, Dr Mohamed Bekkat Berkani, a tiré la sonnette d’alarme quant au nombre de médecin candidats à l’émigration durant ces dernières années. Il a, en effet, révélé le chiffre de 4000 médecins qui veulent quitterle pays cette année, en plus des 15 000 médecins qui sont déjà en services en France. A cela s’ajoutent les centaines d’étudiants en fin de cycle et ayant terminé leurs études en Algérie, qui partent poursuivre leurs études en France ou dans d’autres pays occidentaux plus développés. La migration algérienne était d’origine rurale, concernait une population peu qualifiée et s’effectuait dans un cadre de migration régulière de travail ou de regroupement familial. Avec le temps, elle a évolué, touchant de plus en plus d’étudiants et de diplômés universitaires souvent originaires de zones urbaines. des cerveaux

UNE PERTE DE CAPITAL HUMAIN CONSIDÉRABLE
Considérés comme une perte du capital humain, intellectuel et professionnel pour l’Algérie, des Algériens hautement qualifiés quittent le pays pour s’installer de façon définit ive à l’étranger, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Selon les dernières statistiques, la répartition des migrants algériens qualifiés par pays indique qu’ils sont installés en majorité en France (75 %), puis au Canada (11 %) et enfin, en Grande- Bretagne (4 %). Selon certains observateurs, la problématique de l’exclusion professionnelle des jeunes diplômés, âgés de moins de trente ans, a pris de l’ampleur ces deux dernières décennies pour être à l’origine des nouveaux comportements migratoires en Algérie. Si l’attention est à juste titre portée sur le nouveau visage de la migration algérienne, il est néanmoins tout aussi important de porter l’attention sur les difficultés d’insertion professionnelle de cette catégorie sociale. Ces derniers représentent, malgré l’évolution du système d’éducation, une part non négligeable de personnes dont leur situation sur le marché du travail est très précarisée.
Pour réduire l’ampleur du chômage, les pouvoirs publics algériens réservent une place importante à l’employabilité des jeunes diplômés dans les différents plans de développement. Pour l’emploi des jeunes, notamment les universitaires, de nombreux dispositifs ont été mis en place, considérés comme solutions intermédiaires à la crise du chômage, tels que les contrats de pré-emploi, les dispositifs de création des micro-entreprise (ANSEJ, CNAC, ANGEM) et les structures d’accompagnement.
En dépit de ces efforts institutionnels, le marché du travail algérien ne semble pas en mesure de résorber le chômage des jeunes diplômés des universités. Ces solutions sont plutôt perçues comme des programmes d’assistance qui ne s’attaquent pas aux problèmes structurels à l’origine du chômage.

LES NOUVEAUX DIPLÔMÉS DÉLAISSÉS
Pour les professionnels, l’Algérie se retrouve aujourd’hui face à un double défi, celui de trouver des solutions à la crise du chômage
et à la mobilité illégale des jeunes diplômés. Les problèmes systémiques liés à la formation universitaire ainsi que la gestion insuffisante de la crise du chômage sont des facteurs significatifs qui déterminent le choix de la mobilité illégale des jeunes Algériens diplômés de l’enseignement supérieur. Bien qu’ils représentent la force de travail la plus dynamique pour le développement économique du pays et un potentiel au développement social et culturel de la société d’origine, cette catégorie sociale est restée en angle mort des politiques publiques, malgré les efforts de l’Etat algérien en termes d’insertion professionnelle et d’intégration sociale. Outre l’exclusion professionnelle et la précarité sociale qui représentent les facteurs déclencheurs du processus migratoire illégal, les politiques d’immigration sont de plus en plus restrictives et répressives. Elles éloignent les candidats à la migration de la tradition
migratoire légale faute d’obtenir un visa. En effet, les difficultés grandissantes d’obtention du visa pour la France, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une demande émanant d’un individu jeune et sans emploi, conduisent les plus instruits à adopter de nouveaux comportements migratoires. Ils sont de plus en plus nombreux tentés par une mobilité illégale hautement périlleuse qui les engage dans un processus de différenciation. Il s’agit de défier les autorités algériennes qui ignorent la force d’une jeunesse désemparée, de contourner des frontières européennes très surveillées et de se lancer un défi héroïque en prenant le large dans de petites embarcations de fortune. La mobilité illégale constitue alors le moyen privilégié de répondre au désir individuel d’autonomie et au besoin de reconnaissance personnelle et sociale malgré la complexité du processus.

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