Le burn OUT ! Quand la charge vous fait craquer

Le burn OUT ! Quand la charge vous fait craquer

Un mal de plus en plus fréquent, l’épuisement professionnel communément appelé burn out touche de plus en plus d’Algériens. Entrepreneur ou salarié, nul n’est à l’abri de céder à la pression et à la charge de travail. Yahia Madani, psychiatre à la clinique de gestion du stress et de l’anxiété, nous explique les causes de cette maladie et nous livre quelques conseils pour l’éviter.

PAR FARES MOUFFOK

QU’EST-QUE LE BURN OUT ?
Le syndrome d’épuisement professionnel, équivalent en français du terme anglais burn out, se traduit par un «épuisement physique,
émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel». Les travaux de Christina Maslach ont permis de concevoir le syndrome d’épuisement professionnel comme un processus de dégradation du rapport subjectifau travail à travers trois dimensions : l’épuisement émotionnel, le cynisme vis-à-vis du travail ou dépersonnalisation (déshumanisation, indifférence), la diminution de l’accomplissement personnel au travail ou réduction de l’efficacité professionnelle.

LES CONDITIONS DE TRAVAIL, PREMIER RESPONSABLE
Différents facteurs peuvent contribuer à l’installation d’un syndrome d’épuisement professionnel, ce qui pousse à la recherche de ces Le burn vous fait craquer facteurs de risque par l’analyse des conditions de travail. Cette analyse repose sur une démarche structurée, coordonnée par le médecin du travail avec l’appui de l’équipe pluridisciplinaire. Elle peut s’appuyer sur les six catégories de facteurs de risque psychosociaux à savoir :
– Intensité et organisation du travail (surcharge de travail, imprécision des missions, objectifs irréalistes, etc.).
-Exigences émotionnelles importantes avec confrontation à la souffrance, à la mort, dissonance émotionnelle.
– Autonomie et marge de manœuvre.
– Relations dans le travail (conflits interpersonnels, manque de soutien du collectif de travail, management délétère, etc.).
– Conflits de valeurs.
– Insécurité de l’emploi.
L’existence de ressources dans le travail est protectrice (soutien social, stabilité du statut, collectif de travail vivant, moyens techniques, matériels et humains suffisants). L’analyse doit également porter sur les antécédents personnels et familiaux, les événements de vie, la qualité du support social et le rapport au travail.

REPÉRER LES PERSONNES À RISQUES
Ce repérage peut être réalisé par le médecin traitant, le médecin du travail et l’équipe de santé au travail. Dans l’intérêt du patient et avec son accord, il est indispensable qu’un échange ait lieu entre le médecin du travail et le médecin traitant. Le repérage individuel s’appuie sur un faisceau d’arguments incluant une analyse systémique : des manifestations cliniques, des conditions de travail et, en complément, d’éventuels facteurs de susceptibilité individuelle. Le déni du travailleur peut entraîner un retard de prise en charge. Le collectif repérage est réalisé par l’équipe de santé au travail coordonnée par le médecin du travail sur un ensemble de signaux liés au fonctionnement de la structure (absentéisme ou présentéisme, turn-over fréquent, mouvements du personnel, qualité de l’activité et des relations sociales) ou à la santé et à la sécurité des travailleurs (accidents du travail, maladies professionnelles, visites médicales spontanées, inaptitudes).

SE SOIGNER
La prise en charge vise à traiter le trouble identifié ainsi qu’à agir sur le contexte socioprofessionnel à l’origine du trouble. Le traitement du trouble peut comporter une prise en charge non médicamenteuse, fondée sur des interventions psychothérapeutiques ou psychocorporelles effectuées par un professionnel de santé ou un psychologue formé à ces techniques.
Dans tous les cas, il est recommandé que le médecin traitant se mette, avec l’accord du patient, en contact avec son médecin. L’analyse du poste et des conditions de travail est, en effet, indispensable. Celle-ci est réalisée par l’équipe pluridisciplinaire coordonnée par le médecin du travail. Des actions de prévention (individuelle et/ ou collective) sont préconisées en conséquence. La prise en charge des aspects médico-socioprofessionnels et psychologiques est indispensable, notamment pour aider les patients dans les démarches médicoadministratives

LE RETOUR AU TRAVAIL DOIT ÊTRE PRÉPARÉ
Le médecin du travail peut recommander des aménagements ou des adaptations du poste de travail, des pistes de reclassement ou des formations professionnelles qui pourraient être envisagées pour faciliter le reclassement du salarié ou sa réorientation professionnelle. Lors de cet accompagnement, le médecin du travail et l’équipe pluridisciplinaire, par leur connaissance du milieu et des conditions de travail, ont un rôle clé : ils ont un rôle de préparation et d’accompagnement lors de la reprise de l’emploi (suivi régulier indispensable) et participent au maintien dans l’emploi du patient suite au burn out, en lien avec les professionnels et les médecins spécialistes qui le suivent.

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LES MÉTIERS LES PLUS EXPOSÉS
Certaines professions et certaines conditions de travail sont exposées au burn out. Les premiers cas de ce syndrome ont été observés dans des milieux hospitaliers et en particulier dans ceux où la pression émotionnelle est forte et la présence physique sur le lieu de travail est trop longue : les services d’urgence et de psychiatrie sont les premiers concernés. Les professionnels de santé, qui sont astreints à des gardes répétées sans possibilité de repos suffisant sont très exposés. Dans des professions dites à risques (policiers, militaires et pompiers) ; dans les entreprises pour des postes considérés comme à forte responsabilité pour lesquels la sollicitation est constante et intense (ressources humaines, contentieux, services juridiques) ; dans les entreprises où la demande de résultats est très forte avec des rendez-vous réguliers ; chez ceux qui voyagent beaucoup, avec un décalage horaire sans disposer d’un temps de récupération assez long. Ce syndrome survient chez ceux qui travaillent durement sur le plan physique ou qui sont soumis à de fortes contraintes psychiques : leurs capacités de résistance sont épuisées et les réserves énergétiques qu’ils pourraient mobiliser deviennent de plus en plus faibles.

SYMPTÔMES PSYCHOLOGIQUES
• Démotivation constante par rapport au travail
• Irritabilité marquée, colères spontanées, pleurs fréquents
• Attitude cynique et sentiment de frustration
• Sentiment d’être incompétent
• Sentiment d’échec
• Baisse de confiance en soi
• Anxiété, inquiétude et insécurité
•Difficulté à se concentrer
• Pertes de mémoire
• Difficulté d’exercer un bon jugement
• Indécision, confusion
• Pensées suicidaires, dans les cas les plus graves

SYMPTÔMES PHYSIQUES
• Fatigue persistante
• Parfois, des douleurs, selon la fragilité individuelle : maux de
dos, douleurs musculaires, migraines, etc.
• Problèmes digestifs, ulcères d’estomac
• Sommeil perturbé
• Problèmes cutanés
• Perte ou gain de poids
• Infections plus fréquentes (rhume, grippe, otite, sinusite, etc.)

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