Visite de François Hollande en Algérie Des mots, une mémoire et des contrats

Visite de François Hollande en Algérie Des mots, une mémoire et des contrats

«Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Ce système a un nom: c’est la colonisation». cette phrase, prononcée le 20 décembre par le président français, François Hollande devant les parlementaires algériens, qui restera dans les annales de l’Histoire entre les deux pays. C’était le clou d’une visite d’Etat, menée, au pas de charge entre Alger et Tlemcen. Tout a commencé par un bain de foule à Alger pour se terminer en beauté dans la belle ville de Tlemcen.

Par Ali Boukhlef

 

La visite, effectuée les 19 et 20 décembre derniers à Alger par le président français a été pleine de symboles. Il n’y eut pourtant pas de dossiers parmi les plus attendus. Mais sa réussite est quasi certaine, malgré des critiques entendues des deux côtés de la Méditerranée. Puisque en plus du geste -la visite elle-même- il y eut les mots. Sans s’excuser, comme beaucoup l’attendait de lui ici et d’autres le redoutaient sur l’autre rive, le chef de l’Etat français a trouvé les « mots justes » pour qualifier cette période de l’Histoire tumultueuse entre les deux pays. « Je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien », a-t-il dit devant les députés et sénateurs algériens réunis en Congrès au Palais des Nations, au Club des Pins. «La vérité, elle n’abîme pas, elle répare. (…) L’Histoire, même quand elle est tragique, douloureuse, elle doit être dite », reconnaît-il. Ce sont ces mots qui resteront gravés dans les annales de l’Histoire. «Ce n’est pas assez», diront certains. Mais c’est tout de même beaucoup par rapport à ce qu’avaient fait ses prédécesseurs.

Pourtant, la veille, au premier jour de sa visite, le chef de l’Etat français avait assuré devant des journalistes qu’il n’avait pas l’intention de s’excuser. L’essentiel, pour lui, est de reconnaître les faits. De dire les choses telles qu’elles sont. Hollande l’a fait.

Toujours dans le chapitre de symboles, le président français a rendu hommage à Maurice Audin, un des symboles de la résistance algérienne. Cet hommage survient à un moment où la famille du militant communiste demande la vérité sur l’assassinat de l’homme. Le président Hollande a promis, dans une lettre envoyée à Josette Audin, la veuve du militant, de faire son possible pour « faire connaître la vérité ». La famille d’Audin ne se fait pas trop d’illusions. Mais elle veut encore croire.

L’autre symbole de cette visite du chef de l’Etat français est la virée à Tlemcen. A l’Université Boubekeur-Belkaïd de la capitale des Zianides, le président français a prononcé un autre discours important. Il a également été fait docteur honoris causa par le Recteur de l’établissement universitaire. Dans la capitale des Zianides, le chef de l’Etat français s’est même permis une balade dans certaines sites historiques et touristiques de la ville. Il a apprécié les monuments et autres sites religieux propres à Tlemcen. Mais au-delà des discours, les actes n’ont pas manqué. Pas moins de huit accords, touchant des domaines aussi variés que l’économie, la politique, la culture et l’Education, ont été signés. Le premier accord, qui a attiré l’attention, est sans doute l’Accord d’amitié et de coopération. Il a été paraphé par les deux présidents en présence des membres des gouvernements des deux pays. Le document est historique, puisqu’il cerne les relations présentes et futures des deux nations.

Le second grand accord signé entre les deux parties est celui lié à la construction, à Oran, d’une usine Renault. Basée à Oued Tlelat et bâtie sur un terrain de 150 hectares, cette usine fabriquera, dès 2014, des véhicules «Symboles». Dans un premier temps, elle produira quelque25000 voitures avant d’arriver, quelques années après, à un niveau de 75000 voitures par an. Une partie de cette production sera destinée au marché local. L’autre sera exportée dans des pays en dehors de l’Europe.

Renault, la vedette

Ce projet, d’une importance stratégique pour le constructeur au Losange, est parmi les projets qui tiennent à coeur les autorités algériennes. Il va non seulement générer des emplois, mais il va mettre le pays sur la piste des pays producteurs de véhicules, surtout que, cette année 2012, l’Algérie termine à la seconde place du podium au niveau du continent africain. Légèrement derrière l’Afrique du Sud et très loin derrière le Maroc qui dispose, pourtant, d’une grande usine Renault.

« Nous devons encore élargir notre gamme. Je suis fier quand j’entends le président Bouteflika parler du métro d’Alger ou du secteur de l’eau et de l’assainissement », a expliqué, dans ce sens, le chef de l’Etat français lors d’un discours prononcé devant les hommes d’affaires des deux pays réunis à l’hôtel Sheraton d’Alger.

De retour en France, François Hollande a fait un bilan plutôt positif de sa virée algérienne. « Il m’appartenait, c’était le moment, d’ouvrier une nouvelle page, je l’ai fait, d’avoir un nouvel âge dans la relation entre la France et l’Algérie, parce que nous avons des liens forts, tant de liens humains, qu’il faut transformer en autant de liens culturels et économiques », avait-il affirmé sur la radio Europe1 au lendemain de cette visite. «Je voulais que, pour l’Algérie, pour la France, ce nouveau temps, soit un temps d’opportunité », avait-il poursuivi. « Je ne suis pas dans l’autocongratulation, l’autofélicitation, c’est aux Français et aux Algériens de savoir ce que je peux dire de ce voyage. Moi, je fais mon devoir », avait encore déclaré le président Hollande.

Du côté algérien, des personnalités politiques ont plutôt bien accueilli le discours de François Hollande, notamment sur la colonisation. Ce discours «se rapproche comme nous le souhaitions» de la reconnaissance des crimes du colonialisme français à l’encontre du peuple algérien, a par exemple commenté le ministre des Moudjahidine, Mohamed-Chérif Abbas. Pour le Parti des Travailleurs, « le président Hollande a pu ouvrir la voie vers la reconnaissance de la brutalité du système colonial » et répondre à des questions qui reviennent beaucoup ces derniers temps. La moudjahida et sénateur, Zohra Drif-Bitat a estimé, quand à elle, que « le président français a rappelé des réalités terribles, notamment ce qui s’est passé le 8 mai 1945, au moment où le reste du monde célébrait la liberté qui nous a été refusée de manière la plus brutale ».

Du côté officiel, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a estimé que le discours du chef de l’Etat français « n’a occulté ni le passé ni l’avenir ». A tous points de vue, la visite de François Hollande en Algérie a permis au moins de décrisper les relations entre les deux pays.

Par Ali.B

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