SON EXCELLENCE JOHN O’ROURKE, AMBASSADEUR/CHEF DE LA DÉLÉGATION DE L’UNION EUROPÉENNE EN ALGÉRIE «La palette de nos intérêts communs est très variée»

SON EXCELLENCE JOHN O’ROURKE, AMBASSADEUR/CHEF DE LA DÉLÉGATION DE L’UNION EUROPÉENNE EN ALGÉRIE «La palette de nos intérêts communs est très variée»

L’Union européenne (UE) place l’Algérie parmi ses principaux partenaires dans l’Afrique du Nord et le Sahel. Les deux parties collaborent conjointement pour relever les défis régionaux dans le but d’assurer la stabilité et le développement. De plus, l’UE est prête à soutenir les processus d’intégration maghrébine. Elle aspire également à renforcer la coopération dans plusieurs domaines définis comme priorité, à l’instar du secteur économique, celui énergétique, la gouvernance… Aujourd’hui, les autorités algériennes ont défini un axe important basé sur la diversification de la production hors hydrocarbures, et l’UE s’est engagée à soutenir leurs efforts dans ce sens et ce, par le biais des programmes de coopération.

QUE PENSEZ-VOUS DES RELATIONS ÉCONOMIQUES ENTRE L’ALGÉRIE ET L’EUROPE ?ffefeefzef
L’Union Européenne (UE) est le premier partenaire commercial de l’Algérie et, depuis 2018, l’Algérie est revenue à un surplus commercial vis-à-vis de l ’UE, ce qui était la norme jusqu’à 2014.
Selon les dernières données disponibles, chaque partie exporte vers l’autre environ 19 milliards d’euros de biens (le commerce de service ne représente qu’une petite fraction de ce chiffre, ndlr). Les échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Europe sont donc importants et globalement équilibrés, nonobstant les différends commerciaux que nous avons à résoudre actuellement. Toutefois, nos relations économiques devraient aller beaucoup plus loin.
Elles permettront à l’économie algérienne de se diversifier hors secteur hydrocarbures, de se moderniser et ce, en favorisant le transfert des technologies de pointe, d’entrer dans les chaînes de valeur de l’économie européenne, et d’aller ensemble, avec le partenaire européen à la conquête de nouveaux marchés, dont le marché africain.

PLUS DE TREIZE ANS APRÈS LA SIGNATURE DE L’ACCORD D’ASSOCIATION ENTRE L’UNION EUROPÉENNE ET L’ALGÉRIE, POUVEZ-VOUS ÉTABLIR UN BILAN SUR L’ÉVOLUTION DES ÉCHANGES ENTRE LES DEUX PARTIES ?
L’Accord a été signé en 2002 et est entré en vigueur le 1er septembre 2005, donc cela fait, en effet, treize ans qu’il régit nos échanges commerciaux et notre coopération. Les échanges ont augmenté de façon exponentielle entre ces deux dates : pour vous donner une idée, le commerce bilatéral a augmenté en valeur de 136 % entre 2002 et 2014, avant de se tasser quelque peu depuis.
Les deux parties ont mené un exercice d’évaluation conjointe de la mise en oeuvre de l’Accord d’association qui a pris plusieurs
mois et a été entériné en mai 2017 par la plus haute instance de la coopération algéro-européenne, le Conseil d’association. Il n’est évidemment pas aisé de résumer en quelques mots les conclusions d’un travail de tel le envergure, mais il est important de noter
que l’Algérie exporte, de façon importante, plus de 90%, tant vers l’UE que vers le r este du monde, des hydrocarbures. Le vrai enjeu actuel est donc, celui de la diversification, d’une production domestique hors hydrocarbures qui pourrait substituer une partie des importations de l’Algérie et contribuer à ses exportations. Les autorités algériennes en ont fait un axe des réformes annoncées et l’UE s’est engagée à soutenir leurs efforts, notamment, par le biais de nos programmes de coopération. Plus concrètement, les deux parties se sont mises d’accord sur les priorités d’action dans les domaines, tels que la mise en place d’un nouveau modèle économique algérien, basé sur des réformes en faveur de la diversification économique, l’amélioration du climat des investissements, la promotion d’un secteur national des services, le renforcement des exportations hors hydrocarbures, le développement des PME, le soutien à la gouvernance, l’émergence d’une agriculture et d›une pêche compétitives et durables et le développement dans les secteurs numérique et de la recherche et développement.

LE DÉMANTÈLEMENT TARIFAIRE, PRÉVU EN 2017 ENTRE L’ALGÉRIE ET L’UE DANS LE CADRE DE L’ACCORD D’ASSOCIATION, EST REPORTÉ À 2020. PENSEZ-VOUS QU’IL SOIT POSSIBLE D’AVOIR UN AUTRE REPORT D’ICI LA FIN DE L’ÉCHÉANCE ?
C’est même presque une certitude, dans la mesure où l’Algérie va introduire en 2019 des Droits additionnels provisoires de sauvegarde, qui représentent de facto une augmentation des tarifs sur certains produits, en non leur démantèlement. L’UE et l’Algérie sont engagées dans une discussion à un haut niveau, afin d’assurer une application correcte de l’Accord d’association et j’espère qu’il sera possible de trouver une entente, bientôt.

L’UNION EUROPÉENNE PLACE L’ALGÉRIE PARMI SES PRINCIPAUX PARTENAIRES DANS LA RÉGION MOYENORIENT – AFRIQUE DU NORD (MENA). QUELS SONT, SELON VOUS, LES DOMAINES QUI PERMETTENT DE RENFORCER DAVANTAGE LA COOPÉRATION ENTRE LES DEUX PARTIES ?qcsscqsscq
L’Algérie est un acteur important en Afrique du Nord et le Sahel. Nous collaborons avec l’Algérie pour relever les défis régionaux dans le but d’assurer la stabilité et le développement.
Nous sommes également prêts à soutenir les processus d’intégration maghrébine. Au niveau bilatéral, en 2017, l ’Algérie et l’UE ont défini les priorités de leur partenariat. Outre les questions économiques dont nous avons déjà parlé, ces priorités demeurent la gouvernance, c’est-à-dire renforcer l’Etat de droit, notamment sur la base de la Constitution révisée de 2016, le secteur de l ’énergie, la lutte contre le terrorisme et la dimension humaine en matière de mobilité, de migration et de contact entre les peuples. En clair, la palette de nos intérêts communs est très variée !

UNE FEUILLE DE ROUTE A ÉTÉ ÉTABLIE PAR L’ALGÉRIE ET L’UNION EUROPÉENNE POUR RENFORCER LEUR PARTENARIAT STRATÉGIQUE DANS LE DOMAINE DE L’ÉNERGIE. DE QUOI S’AGIT-IL PRÉCISÉMENT ?
Le partenariat stratégique dans le domaine de l ’énergie, opérationnel depuis 2015, a permis de développer une coopération intense entre l’Algérie et l’Union européenne dans un secteur où nous sommes liées par une relation d’interdépendance.
La feuille de route, arrêtée, lors de la réunion en novembre dernier, entre le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni et le Commissaire Arias Cañete, présente les activités concrètes, comme les ateliers, les réunions d’experts, etc., à réaliser en 2019 et ce, dans les domaines du gaz, de l’électricité, des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

QUELS SONT LES PROGRAMMES DE COOPÉRATION EN VIGUEUR ENTRE LES DEUX PARTIES ?
Nous avons développé avec l’Algérie une coopération ambitieuse qui couvre plusieurs secteurs. Avec un budget global, estimé à quelque 250 millions d’euros, les programmes les plus importants, en cours actuellement, concernent la gouvernance, c’est à-dire le programme d’appui à la mise en oeuvre de l’Accord d’association, qui est arrivé à sa 4e édition, le secteur de la justice, la réforme du marché du travail et la création d’emploi pour le jeunes, la réforme des finances publiques, l’amélioration du climat des affaires, la diversification industrielle, le développement du secteur de la pêche, le renforcement des capacités des acteurs de développement local, le développement local durable dans le Nord-ouest de l’Algérie, la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ainsi que la protection de l’environnement.

QUE PENSEZ-VOUS DU CLIMAT DES AFFAIRES EN ALGÉRIE ?
Je pense, surtout, que le climat des affaires est une notion relative, dans le sens où le capital aura toujours tendance à aller vers les investissements qui rapportent le plus grand profit avec le risque le plus faible. Les autorités souhaitent améliorer l’attractivité de l’économie algérienne dans cette perspective, et nous collaborons avec elles pour atteindre ce but. A titre d’exemple, nous travaillons sur le développement local et l ’accès au crédit des Petites et moyennes entreprises. Evidemment, il serait souhaitable d’éviter que les mesures de rationalisation des importations ne génèrent des inquiétudes auprès des investisseurs internationaux.

L’UE et l’Algérie
sont engagées
dans une discussion
à haut niveau et
ce, afin d’assurer
une application
correcte de l’Accord
d’association.

INTERVIEW REALISEE PAR NASSIMA BENSALEM

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