vendredi , 26 mai 2017
Marché algérien entre attractivités et contraintes

Marché algérien entre attractivités et contraintes

Voila plus de dix ans que l’Algérie s’est résolument engagée dans des réformes multiformes. Des centaines de lois ont été promulguées pour mettre sur pied une économie concurrentielle, mais en vain. Mises à part les infrastructures de base qui ont poussé comme des champignons depuis une décennie, l’Algérie, malgré son attractivité, est au même point, et n’arrive pas à se débarrasser de son «système rentier».
Par Zahir Oumahdhi

L’Algérie est-elle une exception mondiale en matière d’investissement et de développement économique ? La question mérite d’être posée à la lumière des critiques acerbes des uns et des analyses prometteuses des autres. Le constat est pourtant particulièrement clair depuis la promulgation de la loi de finances complémentaire 2009, estiment nombre d’analystes.
Les investisseurs étrangers sont de moins en moins nombreux à tourner la tête vers l’Algérie, et ce, malgré les nombreuses mesures d’incitation à l’investissement dans notre pays. À titre d’exemple, il y a lieu de citer notamment les facilitations pour l’acquisition du foncier ainsi que les facilitations au niveau bancaire et fiscal. La loi de finances complémentaire 2009, tant décriée, prévoit des exonérations de la taxe sur l’activité professionnelle (TAP) du montant réalisé en devises dans les activités touristiques, hôtelières, thermales, de restauration et de voyagistes. Cette loi prévoit également une réduction de la TVA de 7% au lieu de 17% sur une période de dix années. Ajoutez à cela le droit de l’exemption du droit d’enregistrement au titre de la constitution de sociétés à vocation touristiques ainsi que les augmentations de capital. Il y a aussi la bonification des taux d’intérêt des crédits bancaires consentis dans les investissements en relation avec le tourisme et l’hôtellerie.

L’Algérie, dans certains secteurs, a fait mieux que certains pays développés, en matière de facilitation. Mais il faut croire que les investisseurs, aussi bien étrangers que nationaux, n’aiment pas trop l’instabilité en matière de législation, et ont une sainte horreur de la bureaucratie. Dans ce domaine, il faut reconnaître également que même si des efforts sont consentis par le gouvernement pour inciter à l’investissement, il n’en demeure pas moins que la bureaucratie en Algérie est telle, que les potentiels investisseurs prennent la clé des champs dès les premiers contacts avec l’administration. Parfois même, le législateur fait une loi et son contraire, ce qui accentue une sorte crise de confiance entre les investisseurs étrangers notamment, et l’État algérien. Sinon, comment expliquer le fait de concéder des facilitations et de priver en même temps les investisseurs de détenir la majorité dans un projet (la règle de 51/49%) ? Il devient ainsi de plus en plus difficile de concocter une stratégie d’investissements efficiente pour se libérer de l’emprise des hydrocarbures sur l’économie nationale.

Mettre un terme aux choix économiques dictés par la politique

Les analystes, les observateurs et les économistes sont unanimes. Les choix et les stratégies d’investissements optés jusqu’ici par le gouvernement algérien découlent fortement de calculs politiques. Le constat est sans appel, même si, par ailleurs, l’Agence nationale pour le développement des investissements (ANDI) affirme qu’au contraire ce n’est pas tant la législation qui est remise en cause, mais plutôt la «frilosité» des investisseurs pour cause de crise financière, devenue par la suite une crise économique sans précédent. Récemment, le directeur général de l’ANDI affirmait, à l’occasion d’une rencontre organisée par le FCE que plus de 25 milliards de dollars avaient été investis ces cinq dernières années en Algérie, dont 33% sont des IDE (investissements directs étrangers). Selon lui, 7000 dossiers d’investissements ont été déposés au niveau de l’ANDI en 2011, soit le triple de ce qui a été recensé l’année précédente. Mais ce que ne dit pas le responsable de l’ANDI, c’est que ces 33% d’investissements directs sur les 25 milliards de dollars ont été, en majorité, consentis dans le secteur des hydrocarbures (pétrochimie notamment). Il serait ici malhonnête de remettre en cause toutes les réalisations et les efforts déployés depuis l’avènement du président Bouteflika au pouvoir en 1999, mais il serait aussi malhonnête d’affirmer que notre pays dispose d’une véritable économie à même de faire face au reste du monde ou, disons-le franchement, juste concurrencer nos voisins de l’Est et de l’Ouest. Le Maroc et la Tunisie, pour ne citer que ces deux pays, qui ne disposent guère d’étendue territoriale et encore moins de matières premières, ont pourtant réussi à se placer durablement sur l’échiquier économique du pourtour méditerranéen. Même si ces deux pays ne sont pas une référence en matière de «bonne gouvernance», il n’en demeure pas moins qu’ils ont su et pu mettre sur pied leur «mécanique» et développer leur économie dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture, de l’artisanat, de la pêche et même dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Pourquoi alors l’Algérie, qui dispose de plus de chances et de plus de moyens, n’arrive-t-elle pas à développer son économie ? La réponse, ou plutôt le problème, réside dans le système rentier qui ne veut pas s’adapter aux mutations qu’exige pourtant le bon sens, estiment nombre d’analystes. Pour passer d’un pays consommateur de richesses à un pays créateur de richesses, il faut absolument faire des choix stratégiques, pas forcément judicieux, en fonction de ses avantages absolus et comparatifs, de ses capacités et de son environnement local, national et international. Même si la volonté de changer existe au plus haut niveau de l’État, il n’en demeure pas moins que de terribles résistances à ce changement restent dressées, telles des montagnes, pour freiner toute réforme allant dans le sens de sortir l’économie du pays des sentiers battus. Le système rentier prive l’économie de notre pays de leviers nécessaires pour hisser le nombre d’IDE, qui sont, en fait, synonymes d’emplois, de fiscalités stables et diversifiées, de diversification des exportations et de transfert de technologies. Le système rentier, qui a fait son temps au XXème siècle, rend aujourd’hui la stabilité économique et sociale du pays et le fonctionnement de ses entités de plus en plus aléatoires.

«Selon le directeur général de l’ANDI, plus de 25 milliards de dollars ont été investis ces cinq dernières années en Algérie, dont 33% sont des IDE. 7000 dossiers d’investissements ont été déposés au niveau de l’ANDI en 2011, soit le triple de ce qui a été recensé l’année précédente.»

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