PRODUCTION LOCALE L’ALGÉRIEN DEMEURE MÉFIANT

PRODUCTION LOCALE L’ALGÉRIEN DEMEURE MÉFIANT

Le made in Bladi ne fait pas forcément l’unanimité au sein de la population. Grincements de dents, méfiance, peur
et adhésion. Telles sont les attitudes relevées chez ceux que nous avons approchés. La disponibilité de produits
n’implique pas systématiquement la qualité. Alors que le goût est foncièrement déterminant dans le choix des produits,
différemment d’une catégorie à une autre. Le manque d’information autour d’une marque et l’absence d’offensive
médiatique compromettent, souvent, l’objectif de voir les rushs des consommateurs sur les étals, les showrooms et les
espaces commerciaux.
PAR ZOHEIR ZAID

CHAABANE SALDJA, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION DE PROTECTION ET DÉFENSE DU CONSOMMATEUR (ASPRODEC)

Chaabane Saldja made in bladi
«Nous, association de la wilaya de Skikda, ne nous maitrisons pas, pour le moment, les éléments de réponse à la question : «Pourquoi l’algérien a-t-il peur du made in Bladi ? Notre espérance est, justement, de voir les fruits de notre campagne en faveur de ‘’Consommons algérien», lancée, il y a plus d’une année, en collaboration avec la direction de commerce de la wilaya de Skikda, fleurir dans le sens voulu. Nous avions, à juste titre, conditionné le retour à la consommation locale par trois facteurs, à savoir, la qualité, la disponibilité et le rapport qualité/ prix de nos produits. Nous relevons que, tout de même, nos produits sont de qualité et de rang presque égaux aux produits de l’importation, le prix abordable en plus. Mais il reste à faire en matière de disponibilité. Pour l’exemple, la clémentine de Skikda (El-Hadaiek), exportable à souhait, est disponible en petites quantités sur les étals des vendeurs de fruits et de légumes.»

MOHAMMED LAALA, PROMOTEUR IMMOBILIER

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«Je ne suis pas totalement contre le made in Bladi. La preuve, je préfère les jus de la production locale que ceux de l’importation. En revanche, je suis plutôt sceptique pour l’achat des effets vestimentaires de chez nous. Hormis les chaussures que je trouve de bonne qualité, les autres habits ne satisfont pas vraiment mon goût. En effet, depuis les fameuses chemises Chrea, je n’ai plus eu à endosser une de marque algérienne.»

MOULOUD SAKER, JOURNALISTE
«Il est très difficile de dire si l’Algérien a peur de made in Bladi ou non. Je pense plutôt qu’il à un problème avec la qualité et le prix. Car, en 30 ans de politique d’importation, le consommateur s’est habitué aux produits qui en sont issus.
Des habitudes difficiles d’assainir du jour au lendemain. Un revirement dans le choix de produits, qui doit être inscrit dans la durée. Il faut que ça s’arrache.
Pour ce faire, il faut déjà que le rapport qualité/prix soit attrayant. Ensuite, il faut que les prix proposés de nos produits soient en deçà de ceux des produits importés. Pour bien vendre une marque, il faut que la stratégie de marketing qui l’accompagne soit bien réfléchie. A mon sens, ele ne l’est pas à ce jour. L’Algérien est perçu comme un adolescent, on lui fait miroiter les concepts de nationalisme, ou de patriotisme économique. Alors qu’il n’a pas un souci avec ceux-là, mais plutôt de confiance dans le produit. Pour conclure, je dirais : si le made in Bladi est bon, je l’achète ; s’il est mauvais, je le dénigre.
C’est aussi simple que ça.»

KAMEL HAMENNI, DIRECTEUR DU GROUPE AMMAR, SPÉCIALISÉ DANS L’AGROALIMENTAIRE
«L’Algérien a été longtemps endoctriné par la consommation du made in Europe, boudant tout ce qu’il lui vient du pays. Un complexe qui perdure à ce jour. Malgré le fait que made In Bladi ait envahi le marché, depuis 1 ou 2 décennies, le consommateur s’accroche à l’idée que celui-ci demeure en deçà de ses attentes. Le consommateur n’est pas seul responsable de cette attitude répulsive. Les producteurs aussi. Car, la mauvaise qualité, les défauts d’emballage et la tricherie, sont, entre autres, lacunes qui incombent à ces derniers et entravent toute marche vers l’avant en matière de promotion locale.
Récemment, la mise en exergue de défauts de quelques gros producteurs sur les réseaux sociaux, dans leur stratégie de fabrication, de distribution et de commercialisation des produit, aura, et il faut s’attendre, des conséquences graves sur la consommation du made in Bladi.»

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