RIAD AMOUR DIRECTEUR GÉNÉRAL DU GROUPE AMOUR «Notre ambition est d’être leader dans notre domaine»

RIAD AMOUR DIRECTEUR GÉNÉRAL DU GROUPE AMOUR «Notre ambition est d’être leader dans notre domaine»

A la tête de la direction générale du groupe Amour, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Blida et
vice-président de la CACI au niveau national, Riad Amour est un manager qui ambitionne de devenir le leader de l’agroalimentaire en Algérie. Implanté à Mouzaia dans la wilaya de Blida, à quelques kilomètres d’Alger, le groupe ne cesse
de diversifier ses produits, de progresser et d’évoluer dans un marché où la concurrence devient de plus en plus rude.
Le groupe évolue aussi dans une filière pleine d’opportunités qui connaît un essor certain, suite à l’encadrement des
importations alimentaires d’une part, et au développement des productions agricoles, d’autre part. Il sera certainement au
centre de la stratégie nationale de conquête de la chaîne de valeurs. Sur ce sentier stratégique, Riad Amour nous livre
dans cet entretien sa vision, ses convictions professionnelles et ses objectifs.
Par F. Benkhalfa

Le Groupe Amour est représentatif des entreprises familiales algériennes qui ont évolué vers un groupe. Pouvez-vous nous décrire cette trajectoire de modernisation ?
Après le décès de notre père en 1998, contrairement à d’autres entités familiales où les membres changent d’activité ou vendent l’entreprise ; parce que généralement c’est ce qui arrive, nous, nous avons décidé de continuer ensemble. Je veux dire les frères et soeur Amour. Notre regretté père, Amour Noureddine, avec une longue expérience acquise dans le secteur public, dans les conserves de fruits et légumes, a créé, après sa retraite, la Conserverie du Maghreb, en 1991, avec une capacité de 160 tonnes /jour. Elle est spécialisée dans la transformation et la production du double concentré de tomate, confiture, harissa et pulpe de fruits. Une première extension a été réalisée en 1996 et nous sommes passés à une capacité de 800 t/j. Nous avons constaté à cette époque-là que notre produit était très apprécié et qu’il y avait une forte demande; nous avons donc, estimé que le moment était venu de nous développer davantage. En 2013, nous avons entamé la deuxième extension pour atteindre les 1800 t/j. Et en 2017, et grâce à l’essor qu’a connu la production agricole en Algérie, en quantité et en qualité, nous nous sommes lancés encore une fois dans une nouvelle extension, pour atteindre, cette fois-ci, les 3000 tonnes /jour.
Avec cette capacité, nous sommes entre la 2e et la 3e position sur le marché national, et tout cela grâce aux financements bancaires
dont nous avons bénéficié, bien sûr.

Le groupe est composé aujourd’hui de trois unités. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Effectivement, nous avons décidé de continuer le développement de la société pour devenir un groupe composé de trois unités : la conserverie, la meunerie et l’emballage. Tout d’abord, nous avons commencé par créer notre réseau d’agriculteurs pour le choix des variétés de tomates et de fruits dont nous avons besoin et cela dans le but de satisfaire la demande du consommateur qui devenait de plus en plus exigent. Pour être compétitif, il fallait maîtriser toute la chaîne de valeurs, de l’agriculteur au consommateur.
Notre objectif à travers cette démarche est de nous placer en deux positions : premièrement, en tant que fabricant de matière
semi-finie pour les conserveurs et les fabricants de jus (triple concentré de tomates et pulpes) et fabricant de produit fini. Nous
nous sommes lancés également dans la transformation des céréales en 2001, en créant la société Semoulerie Amour de Mouzaïa, à travers un moulin de blé dur. Nous avons réalisé en 2006 une première extension en mettant en route un moulin de blé tendre. Il faut noter que nous avons toujours choisi les meilleurs équipements pour nos usines, aussi bien pour les conserves des équipements italiens que pour la meunerie des équipements suisses. En 2012, comme évolution naturelle, nous avons élargi notre gamme de
produits en lançant la fabrication de couscous.

Vous avez créé votre propre société d’emballage…
Tout à fait, après avoir été client chez Medibox, qui fabriquait les boîtes métalliques, emballage de conserves, nous avons racheté
cette entreprise en 2002.

La filière de l’industrie alimentaire est très concurrentielle. Quelle est votre part de marché ? Quels sont vos atouts de compétitivité ?
Notre part de marché, dans le marché des conserves de tomates et confiture, est entre 7 et 10%. Dans le marché des pulpes, nous détenons une part beaucoup plus grande. Il faut souligner que ce sont des secteurs différents l’un de l’autre.
Dans la filière de la semoule et de la farine par contre, il existe beaucoup de sociétés sur le marché et il est difficile de se prononcer sur notre part. Quant à nos ambitions, nous voulons
nous lancer dans l’agriculture pour créer des fermes pilotes afin d’inciter les agriculteurs à développer leurs rendements et leurs qualités en faisant des recherches sur de nouvelles variétés et en introduisant la mécanisation de la filière. Nos atouts sont immuables. Nous avons appris de notre père que la passion pour le métier et la patience sont des atouts incontournables, à long terme, dans le monde de la concurrence.
A cela s’ajoute l’écoute du client, la veille concurrentielle et le sens d’appartenance des employés.
Autre chose que nous mettons en avant, est que nos produits sont 100 % naturels et issus d’une agriculture 100 % algérienne.
Cela veut dire que nous avons le contrôle sur la qualité.

Vous êtes un acteur majeur de la filière. Quel regard analytique portez-vous sur le marché de l’agro-alimentaire en Algérie ? Est-ce que les restrictions des importations ont eu un effet positif sur le taux de commandes que vous recevez ?
La concurrence dans le domaine de l’agro-alimentaire est de plus en plus rude, il y a beaucoup d’entreprises évoluant dans cette industrie. Face à cette concurrence, nous voulons nous positionner et avoir notre place. Pour cela, nous ne voulons pas nous contenter de la 3e ou de la 2e place, nous aspirons toujours à devenir les premiers parce que nous avons les possibilités et les outils pour y parvenir. Nous voulons nous imposer sur ce marché grâce à la diversification de nos produits et au développement de la
qualité ; et pouvoir avancer en termes de volume, de présence, de rentabilité et surtout avec une stratégie managériale adéquate. Nous sommes très ambitieux, mais tout en restant simples et modestes, nous avançons de façon sûre et solide, c’est le plus important.
Se maintenir sur ce marché et avancer demeure notre objectif.
Quant à la décision de l’Etat d’interdire l’importation de certains produits, je suis pour l’encouragement du produit local, d’autres pays font dans le protectionnisme pour promouvoir leurs industries. Pourquoi pas nous ? Je suis convaincu que l’Algérie est très attractive pour les investissements étrangers et c’est une occasion pour les opérateurs économiques algériens de créer de la richesse.
Ils doivent profiter de cette décision pour investir dans les mêmes produits interdits à l’importation. Et là, je lance un appel aux opérateurs économiques, afin de saisir cette chance et de remplir le vide, de répondre à la demande locale et d’exporter ces produits.
Quant à l’économie algérienne, je pense qu’elle a connu une évolution considérable depuis son ouverture. Nous parlons beaucoup plus aujourd’hui d’exportations que de satisfaction de la demande locale, mais il reste encore du chemin à faire.

Quelle est votre stratégie de developpement?
L’opérateur économique est un créateur de richesse, c’est l’entreprise et ses employés qui sont au coeur de la concurrence.
Pour faire face, le groupe Amour investit dans la formation de sa ressource humaine. Mais l’environnement de l’entreprise doit aussi se développer de façon durable et sans limite en matière de concurrence et d’attraction des investissements étrangers en Algérie. Nous devons avoir les moyens d’attirer les investisseurs étrangers qui veulent se placer sur les marchés de l’Afrique du Nord dont nous sommes l’un des principaux pays. Nous devons être plus compétitifs et plus développés que nos concurrents voisins. L’Algérie
doit développer son climat des affaires en soutenant ses opérateurs économiques parce que les entreprises étrangères, avant d’investir dans un pays, se renseignent si ce dernier est propice ou pas ? Et c’est à travers l’opérateur local que ces investisseurs étrangers peuvent le savoir. L’opérateur économique peut être un ambassadeur de sa nation, c’est pour cela que l’environnement
économique doit être propice.
Quant à notre groupe, la priorité est de consolider et renforcer nos acquis pour bien nous préparer à l’ouverture totale de l’économie nationale. En même temps, diversifier notre offre aux consommateurs avec une stratégie bien étudiée.
Aujourd’hui, nous devons commencer à nous mesurer à la concurrence étrangère pour aspirer à l’excellence. Or, partout dans le monde, on parle déjà de l’usine du futur. Une usine connectée qui intègre l’intelligence artificielle dans sa gestion.

L’exportation fait-elle partie de vos priorités ? Quelles sont les contraintes et les perspectives ?
Cela fait une année que nous avions décidé de nous lancer dans l’exportation. Pour cela, nous avons créé un service d’export et nous avons programmé des formations pour préparer nos cadres dans l’étude de marché, la prospection et les négociations. Les marchés qui peuvent absorber nos produits sont l’Afrique, les pays arabes, en plus de la Russie.
Concernant les prix appliqués, nous estimons qu’ils ne sont pas compétitifs. Prenez l’exemple du transport maritime, le prix de la matière première ainsi que les frais engendrés par la mauvaise gestion. Dans tous ces registres nous sommes devancés par nos
concurrents étrangers. Nous sommes très contents de la dernière décision des pouvoirs publics relative à l’ouverture du secteur de transport de marchandise maritime et aérien au privé. A cet effet, les autorités publiques projettent d’acquérir des bateaux de marchandises.

Vous êtes très actif dans les associations professionnelles et les Chambres de commerce. Etes-vous satisfait de l’apport de ces entités fédératrices dans le monde du business ?
Je suis vice-président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie, président de la Chambre de commerce et d’industrie de
Blida et membre au FCE. Je veux souligner qu’aujourd’hui, nous assistons à la naissance d’une nouvelle génération d’hommes d’affaires et de managers. Ces opérateurs ont des diplômes universitaires et parlent les langues étrangères.
Donc, nous avons besoin d’une nouvelle vision qui soit claire. Le rôle de ces associations professionnelles et les Chambres de commerce doit être plus important ; elles doivent être la vitrine d’une région ou du pays vis-à-vis des pays étrangers. Aujourd’hui,
nous parlons de la diplomatie économique. Pour notre part, nous sommes en train de mener cette politique avec nos ambassades à l’étranger.
Dans ce contexte et en tant que président du conseil d’affaires algéro-hongrois et algéro-russe, nous avons une délégation d’hommes d’affaires algériens qui se rendra en Hongrie prochainement, ensuite à Moscou au cours de ce mois. Concernant les conseils d’affaires, ils sont une dizaine en Algérie. Avant, ces conseils ne se réunissaient que quand il y a une commission mixte gouvernementale, c’était juste des formalités. Aujourd’hui, nous voulons développer ces conseils et travailler dans le but de réaliser des partenariats concrets. Pour votre question, si je suis satisfait de l’apport de ces entités fédératrices dans le monde du business. Je vous réponds que non. J’aspire toujours à plus de développement. Nous ne sommes pas seuls dans ce monde. Tous les pays sont en train de se projeter vers l’avenir et développer leurs économies. Avec la Hongrie, par exemple, nous devons avoir une vision claire de ce que nous voulons, c’est-à-dire des échanges commerciaux, des partenariats en Algérie ou des transferts de savoirfaire
? En 1970, la Hongrie était un partenaire clé dans l’industrialisation de l’Algérie.
Aujourd’hui, est-ce que nous pouvons faire la même chose ou développer autre chose ? Je donnerai la même réponse par rapport à la Russie. Ce pays a de grandes entreprises qui veulent exporter et avoir des part de marché en Algérie ; en contrepartie, nous voulons avoir notre part de marché russe, mais en quoi ? Notre objectif est de développer toutes ces questions au sein des conseils algéro-étrangers.
Je ne suis jamais satisfait. Il est vrai que nous avons réalisé des choses positives, mais il reste encore beaucoup à faire.

Votre dernier mot …
Notre passion, notre dynamisme, nos principes et nos convictions sont le coeur battant de notre démarche ! Ils nous permettent d’avancer sur un socle indestructible, tout en faisant preuve d’agilité et de droiture. C’est ainsi que nous souhaitons avancer, main
dans la main, vers la route du succès.

TAC AU TAC

Un rêve
Être le meilleur dans mon secteur d’activité
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Un voyage
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Un plat
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Hobby
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Votre club préféré
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Bio express

Riadh Amour
1992
Il obtient son diplôme d’ingéniorat en chimie industrielle à l’université Saad-Dahlab (Blida).
1996
Il décroche un MBA à City University of New York (NY).
1996/1998
Il est recruté à Morgan Stanley Dean Witter aux Etats-Unis.
1998
Il exerce au sein du cabinet conseil Price Water House Coopers, à New York.
Retour en Algérie. Il devient directeur commercial à la Conserverie du Maghreb.
2001
Il est nommé Directeur général du groupe Amour (Blida).

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