Bechar : D’énormes opportunités d’investissement  Pas suffisamment exploitées

Bechar : D’énormes opportunités d’investissement Pas suffisamment exploitées

 

Il est vrai que l’effort de développement soutenu des régions du sud et la politique de désenclavement et d’équilibre régional ont permis à Bechar de bénéficier de grandes réalisations dont des programmes de logements, la prestigieuse université, des établissements culturels, des infrastructures routières et ferroviaires sans oublier les structures sociales et sanitaires, mais la viabilisation de ce territoire important de l’ Algérie qui fut longtemps considéré comme une métropole régionale, n’est pas encore suffisamment exploité sur le plan économique, commercial et touristique.

F.Benkhalfa

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Anciennement appelé Colomb-Bechar, durant la colonisation française, la ville est  à 1 150 km au sud-ouest de la capitale Alger, à 852 km au nord-est de Tindouf et à environ 80 km à l’est de la frontière marocaine. Ville phare du sud-ouest algérien et véritable carrefour des civilisations, connue pour ses ressources minières et sa position géographique stratégique qui lui ont permis d’être, non seulement la porte du Sahara, mais une véritable plaque tournante entre le Maghreb et la rive africaine du désert. Appelée également capitale de Saoura, Bechar est une position privilégiée au cœur du réseau transsaharien. Nœud de communication traditionnel avec le Haut Guir, le Tafilalet, les oasis du Touat et du Gourara, le Soudan et la Mauritanie, la wilaya est reliée par une ligne de chemin de fer et des  lignes aériennes directes vers Oran et Alger, Marseille et Paris. La région possède des atouts et des potentialités considérables, à savoir la palmeraie, les anciens ksour (anciennes habitations), la splendeur de la vue de ses montagnes (djebel Béchar), le coucher du soleil, des oueds (rivières), des oasis splendides sur les contreforts des monts des ksour, des paysages singuliers et des sites historiques. Taghit en est la parfaite illustration de ce panorama saharien quasi unique dans le monde, mais Bechar n’a pas encore livré tous ses secrets. Nous avons eu la sensation lors de notre rencontre avec un panel de personnalités locales, investisseurs, hommes de culture et de foi, responsables locaux, que les uns et les autres, partagent une idée centrale : la croissance de cette grande cité ne s’est pas encore accomplie. Il est vrai que l’effort de développement soutenu des régions du sud et la politique de désenclavement et d’équilibre régional ont permis à la wilaya de bénéficier de grandes réalisations dont les programmes de logements, la prestigieuse université, les établissements culturels, les infrastructures routières et ferroviaires sans oublier les structures sociales et sanitaires, mais ce territoire important de l’ Algérie, longtemps considéré comme une métropole régionale, n’est pas encore suffisamment exploité sur le plan économique commercial et touristique. Comme beaucoup de régions éloignées de la capitale, les investisseurs et entrepreneurs rencontrés, continuent de soulever des procédures administratives lourdes, des autorisations d’activités non encore obtenues ou exigeant de longues périodes, un dialogue difficile avec les acteurs banquiers et financiers, une écoute insuffisante de la part de  l’administration locale et un manque d’encouragement des initiatives entrepreneuriales. En somme, ces investisseurs rêvent d’un futur touristique et agricole pour la région. La wilaya séduit déjà ceux qui ont visité les multiples sites archéologiques et historiques suivants :

Ksar Mougheul, un joyau architectural

Le ksar a  su garder son authenticité et se distingue  par son architecture,  ses ruelles labyrinthiques, sa superbe palmeraie séculaire et imposante, encore traversée par des eaux chaudes (une seguia séculaire) : don de la nature. Ce site qui demeure le témoin d’une longue histoire, est préservé par ses habitants. Il gagnerait à devenir un vrai joyau architectural et historique qui reflète l’image de toute la région.

Le barrage de Djorf Torba, la mer du désert

Le site  représente le plus vaste plan d’eau en plein Sahara, assimilé à une mer au cœur du désert est un ouvrage unique en son genre.  Certes, celui-ci apporte beaucoup d’avantages à la région y compris en matière d’aquaculture, certaines espèces élevées font déjà l’objet d’opération d’exportation, mais l’environnement de cette «mer du désert» ne comporte aucune infrastructure de loisir digne de ce nom et qui pourrait servir au millier de citoyens habitant la région et qui sont dans le besoin de profiter d’une nature généreuse, mais non équipée surtout que  ces habitants passent des week-end, pour le moins sympathiques, au bord de cette ouvrage. Le barrage de Djorf Torba «doit cesser d’être considéré comme simplement  une source d’alimentation en eau pour constituer un lieu d’évasion et de détente et pourquoi pas demain un lieu d’attrait pour les touristes étrangers qui voient rarement l’image d’une mer collé au désert», réclament certains investisseurs de la région.

Kenadsa, un important site historique

Située  à 22 km de la ville de Béchar, la ville millénaire de Kenadsa portait autrefois le nom de El Ouina du fait de la présence d’une “petite source” qui servait à irriguer les palmiers et fournissait l’eau potable aux habitants qui coulait au centre du Ksar. Kenadsa possède la mosquée de Sidi M’hamed, fondateur de la zaouia «Ziania». En plus de son caractère d’un ancien centre urbain, la commune constitue un pôle spirituel qui a des ramifications plus lointaines. Jusqu’à nos jours, elle dispose d’une bibliothèque, de classes d’apprentissage du Coran et des sciences religieuses et d’une mosquée. Beaucoup de ûléma ont transité par ce centre du savoir. Ayant un cachet historique, spirituel et scientifique évident, la ville ne peut pas être banalisée. Elle mérite, c’est le sentiment des habitants rencontrés, d’être réhabilitée et d’émerger comme un site historique important.

Hamlili Cheikh : industriel

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Président de la commission  des entrepreneurs de la chambre de commerce et d’industrie de Bechar, membre de l’académie de la société civile et entrepreneur privé. «Béchar recèle des sites touristiques. Dans les années 70, nous recevions beaucoup de touristes y compris des acteurs de renommée mondiale qui venaient fêter la fin d’année à Taghit. Nous aimerions revoir ces touristes et pour cela nous devons réhabiliter notre tourisme et le cachet architectural de la région. Les nouvelles constructions doivent répondre aux normes et à ce cachet qui est spécifique à Bechar. Aujourd’hui, nous voyons des bâtiments en plein centre ville de Béchar, cela fausse l’aspect typique à la région. Si nous voulons construire, nous avons des surfaces en dehors du centre ville. Ce dernier doit garder sa vocation touristique. En tant que représentant de la société civile et investisseur, nous demandons aux autorités concernées de réhabiliter le mode spécifique à la ville de Béchar. Quant à l’investissement dans le tourisme, malgré les facilités accordées par les  pouvoirs publics, il y a encore des contraintes administratives et des entraves qui bloquent l’investisseur. Si on veut vraiment développer l’agriculture et le tourisme, secteurs d’avenir, il faut faciliter les procédures aux entrepreneurs et les laisser travailler. En tant qu’investisseur dans les travaux publics et bientôt représentant de la marque automobile Citroën à Bechar (l’ouverture  bientôt d’un showroom), je dirai qu’il y a encore les problèmes de la bureaucratie et du foncier qu’il faut régler. Plusieurs facteurs vont à l’encontre de ce volontarisme.  Nous avons un manque dans le secteur de l’hôtellerie et des prestations. Pour y remédier, il est important aujourd’hui d’aller vers la formation des jeunes dans les secteurs de l’agriculture et du tourisme. Pour ce faire, il faut réaliser des centres de formation spécialisés. La région possède d’énormes potentialités et beaucoup de secteurs peuvent être exploités, tels que l’aquaculture, surtout dans  le barrage de Kenadsa  qui a, à lui seul, plusieurs avantages. Beaucoup de familles et de jeunes se rendent au bord de ce barrage pour se prélasser ou pêcher. Nous pouvons aménager et réaliser une corniche, un port de plaisance, un port de pêche par exemple. Ce ne sont pas les idées, ni la volonté, ni les investisseurs qui manquent, mais il faut que l’administration locale suive et aide ces investisseurs et non pas leur mettre des bâtons dans les roues.

Benaouda Mouhous : entrepreneur

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Je suis un entrepreneur le gérant du groupe Sogecab (bâtiment et agriculture), membre de la Chambre de commerce et d’industrie de Bechar et membre du FCE. En tant qu’investisseur, je vous dirai que le plus grand problème que rencontrent aujourd’hui les investisseurs est celui des procédures fiscales. Ces contraintes viennent souvent de la part des personnes qui ignorent les procédures et la réglementation. Avec ce comportement, ils ignorent qu’ils ne bloquent pas uniquement l’investisseur, mais  l’économie de leur pays.  Quand il y a de la souplesse dans les procédures administratives, les hommes d’affaires ont la volonté d’investir, mais quand il y a des personnes au sein d’une administration locale qui  vous bloquent, l’investisseur baisse les bras et cherche à aller ailleurs. Moi-même, je suis bloqué par l’administration locale. Quant à la relance du tourisme, à mon avis, le problème réside en nous.  Nous n’avons pas la culture touristique. Dans d’autres pays par exemple, le tourisme est une affaire de tous. Donc, nous devons d’abord, acquérir cette culture. Nous avons besoin de former des gens dans ce domaine et d’investir dans l’infrastructure, afin de booster réellement le secteur. Il faut réhabiliter le patrimoine historique, culturel et archéologique déjà existant, tout en  sauvegardant le cachet de la ville.  Sans quoi, le tourisme restera au point mort.

Mebkhouti Abdeslam : investisseur

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Membre de la CCI Béchar et gérant de la SARL Errahma (une station d’essence et de  services), agriculteur et producteur d’huile d’olive (prix de la meilleure qualité de la région). Le secteur du tourisme a besoin d’être réhabilité. Nous avons les plus beaux sites et paysages, mais rien n’est fait pour attirer le touriste. A mon avis, il faut ouvrir des centres de formation dans les activités touristiques. Former des guides et des personnes dans les différents services. Ces nouvelles activités vont offrir de l’emploi aux jeunes et les éloigner de la drogue et de l’immigration clandestine. Former dans l’agriculture aussi, parce qu’aujourd’hui on travaille toujours avec des méthodes traditionnelles. Nous sommes marginalisés ; en tant qu’investisseurs, nous rencontrons beaucoup de contraintes. Actuellement, je suis sur un projet de réalisation d’un relais et d’un motel au niveau de ma station service, ma demande a été formulée en 1999  et jusqu’à ce jour,  je n ai reçu aucune réponse. Je n’ai même pas eu l’acte de propriété du terrain que j’ai acquis, aménagé avec mes propres fonds.  Bechar peut être l’une des plus belles destinations touristiques  de l’Algérie, vu sa situation géographique, la diversité de ses paysages ainsi que la richesse de son patrimoine historique, culturel et artistique, mais, il faut faciliter les procédures administratives aux investisseurs. Face à la lourdeur administrative, certains investisseurs baissent les bras, voire changent d’activités.

Mohhamed Nadour : le doyen des guides à Taghit

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Taghit est une agglomération traditionnelle composée de 47 anciens ksars. La ville est un site historique avec ses stations archéologiques présentes tout le long de la montagne, ses paysages naturels, son oued Zouzfana. La commune  est un véritable nid de verdure au bord de l’erg occidental. Trésor biologique, mais aussi patrimonial et architectural, avec ses maisons de couleur ocre, nichées au cœur de l’oasis, dominées par le ksar érigé, par souci de défense, sur un éperon rocheux. Taghit est aussi la ville du Maoussem, cette grande fête annuelle célébrant la récolte des dattes à la fin octobre. Une fête de musique et de couleurs, inoubliable pour les chanceux de passage. Située  à 93 km au sud de Béchar, le site est connu pour sa vaste palmeraie. La Mecque de nombreux visiteurs et  passionnés du désert, Taghit a besoin d’une réhabilitation de ses ksour et la réalisation d’infrastructures hôtelières en plus de celles qui existent, mais qui ne suffisent plus surtout, pendant la période des fêtes de  fin d’années. Il faut que le secteur soit davantage organisé et modernisé. Ce manquement de structures d’hébergement freine le développement du secteur.

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