Journée mondiale de la santé bucco-dentaire  Dr Faycal Oulebsir : «La situation de la santé bucco dentaire est alarmante»

Journée mondiale de la santé bucco-dentaire Dr Faycal Oulebsir : «La situation de la santé bucco dentaire est alarmante»

 

Face à une surconsommation de sucre et acquisition de mauvaises habitudes alimentaires, la santé bucco-dentaire des Algériens est aujourd’hui en réel danger surtout si l’on ajoute l’absence de communication et d’opération de sensibilisation sur les bons réflexes à adopter pour garder un beau sourire et mettre les caries K-O. A l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la santé bucco-dentaire, Dziri s’est rapproché du chirurgien dentiste,  Faycal Oulebsir, spécialisé dans l’esthétique dentaire, pour mieux comprendre et savoir comment lutter contre les pathologies bucco-dentaires de plus en plus fréquentes chez les algériens.  

Par Fares Mouffok

Nous célébrons le 20 mars, la Journée mondiale de la santé bucco-dentaire. Comment évaluez-vous le plan national de sensibilisation sur l’hygiène bucco-dentaire ?

Ces 10 dernières années,  le gouvernement algérien a procédé à  un recrutement massif de jeunes dentistes pour travailler dans le cadre de l’hygiène scolaire. Cette opération a pour objectif de quadriller le maximum d’écoles pour atteindre la grande majorité des enfants scolarisés, ce qui peut faire croire à une volonté politique d’occuper le terrain de la prévention bucco-dentaire. Hélas, les efforts sont malheureusement insuffisants vu la prévalence de la carie chez les enfants qui reste élevée, selon le ministère de la santé (+ de 70%). Il y a aussi plusieurs incohérences et insuffisances qui sont à rapporter dont l’absence de la spécialité de dentisterie pédiatrique en post graduation au niveau des CHU ainsi que la rareté de la formation continue dans cette même spécialité, qu’elle soit diplômante ou qualifiante pour les dentistes libéraux qui représentent tout de même le plus gros des effectifs. Aussi, il y a le fait que l’ensemble des efforts sont essentiellement concentrés sur la santé publique, les libéraux sont écartés, pourtant certains actes simples peuvent être promus comme le scellement des sillons des premières molaires qui font leur éruption à l’âge de 6 ans, ainsi que l’utilisation des gels fluorés (22600 PPM) sur les enfants de plus de 6 ans à risque carieux élevé dans les cabinets privés. En intégrant ces actes dans la grille des remboursements assurés par la CNAS, qui d’ailleurs doit revaloriser sa grille, on peut aussi inciter à  la production ou l’importation de dentifrices fluorés à 2500 ou 5000 PPM pour ces mêmes enfants auxquels on doit offrir un kit comprenant une brosse à dents et un dentifrice chaque 3 mois, car n’oublions pas que de par le monde, les enfants les plus touchés par la carie dentaire sont ceux issus de familles à revenus modestes. D’ailleurs, une consœur travaillant pour l’hygiène scolaire dans une willaya du centre du pays avait rapporté que dans plusieurs petits villages, les enfants n’avaient pas les moyens de s’offrir une brosse à dents et un dentifrice régulièrement ou que leurs parents jugeaient cette dépense inutile. Autre élément à signaler, la consommation excessive de boissons acides entre sodas et eaux fruitées, on attend une décision du gouvernement, afin de faire limiter la quantité de sucre par litre qui dépasse largement les limites imposées par les pays de l’OCDE, mais aussi d’arriver à en proscrire la consommation pour les enfants de moins de 12 ans, et de les surtaxer pour limiter leur consommation chez l’adulte, car le mélange sucre et acides industrielles est l’ennemi de la santé de nos concitoyens. Si cela continue, l’Algérie aura à dépenser lourdement à l’avenir dans le traitement du diabète et des pathologies bucco-dentaires. Il faut savoir, aujourd’hui, le sucre raffiné est de plus en plus pointé par les études médicales, au-delà de ces méfaits ; il ne présente pas d’avantages nutritifs. A tous ces éléments, on peut aussi rajouter la rareté de la communication sur la prévention bucco-dentaire dans les médias publics audio et visuels ainsi que l’absence d’une autorité de santé bucco-dentaire algérienne.

Peut-on dire aujourd’hui que les Algériens ont une bonne hygiène dentaire ?  Sinon, quelle est la catégorie  la plus affectée ?

On peut dire que les patients instruits et citadins ainsi que leurs enfants ont une meilleure hygiène bucco-dentaire, mais en général la situation est alarmante et, malheureusement, la catégorie la plus touchée reste celle des enfants, vu l’abondance de sucres et d’acides dans leur alimentation quotidienne, cela devient un véritable fléau à classer peut-être avec le tabagisme.

En plus de l’aspect esthétique, avoir une bouche saine peut nous éviter un bon nombre de maladies, pouvez-vous nous en dire plus ?

De plus en plus d’études rapportent l’influence des maladies de la cavité buccale sur les pathologies cardiaques, articulaires et certaines maladies systémiques. Mais ce qui est avéré est qu’une mauvaise santé bucco-dentaire influe négativement sur notre santé en général, surtout lorsque nous sommes déjà atteints d’une pathologie cardiaque ou d’un diabète non équilibrée.

Quelles sont les pathologies bucco-dentaires les plus courantes et les personnes les plus touchées ?

Chez les plus jeunes, ce sont les caries dentaires, mais chez les personnes de plus de 40 ans, nous avons en général deux pathologies fréquentes. Il s’agit des maladies de la gencive et du parodonte, ainsi que le dysfonctionnement de la mastication due à l’absence de plusieurs dents ou à de mauvaises prothèses.

En tant que praticien, avez-vous remarqué une évolution dans les exigences de vos patients (ils accordent plus d’importance à l’aspect esthétique) ?

C’est vrai qu’il y a de plus en plus d’exigence sur l’esthétique, cela reste au sein de mon cabinet, la première demande de mes patients, mais en général, le souci esthétique est dans la majorité des cas secondaire, puisque la majorité des patients qui consultent pour un joli sourire ont, souvent, des dysfonctionnements de la fonction masticatoire, et c’est là qu’on doit intervenir en tant que médecin dentiste pour les informer de la nécessité de soigner d’abord, de remplacer les dents qui manquent au niveau postérieur, afin de rétablir l’équilibre, tout en se rapprochant le plus possible de la nature dans un souci de «biomimétisme», ce qui est en soi une thérapeutique esthétique. Malheureusement, aujourd’hui, nous avons une forte communication sur le «hollywoodsmile» et une obsession sur un sourire normalisé, standardisé et vendu comme la réussite même d’une thérapeutique esthétique, rendant ainsi le soin dentaire comme un produit de consommation à classer dans la catégorie des cosmétiques, et souvent au détriment d’une bonne santé bucco-dentaire. J’ai eu à recevoir des patients qui ont subi des mutilations de dents saines pour tenter d’avoir un sourire hollywoodien, c’est comme se faire couper les doigts pour les remplacer par des doigts artificiels en silicone, ce qui est absurde. Je profite de cette tribune pour dire aux patients, que rien, absolument aucune technique aussi révolutionnaire soit-elle ne remplacera une dent saine. Alors, on doit faire très attention  à cela.

Que recommandez-vous pour nos lecteurs pour qu’ils puissent garder une bouche en bonne santé ?

Au-delà du brossage biquotidien de minimum 3 minutes par brossage, qui est obligatoire,  le meilleur conseil que je puisse donner est tout simple : rendez visite à votre dentiste, au moins une fois par an, pour un examen clinique, suivi d’un détartrage ou un petit polissage des dents. Si vous n’en avez pas, sachez que la majorité des dentistes, aujourd’hui, travaillent sur RDV, vous avez toutes les adresses disponibles sur google ou même sur facebook, alors faites le pas.

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