Ponctualité dites-vous ?

Ponctualité dites-vous ?

La ponctualité. Une règle de vie qu’on adopte dès son plus jeune âge ou qu’on jette aux orties. C’est un fait : il y a ceux qui n’arrivent jamais à l’heure aux rendez-vous. Et il y a ceux qui respectent, à la minute près, l’horaire fixé au préalable. Un monde les sépare . C’est le jour et la nuit, l’hiver et l’été, le yin et le yang.
Par Lydia Nesli

La ponctualité est la politesse des rois, a-t-on coutume de dire. Pourtant, de ce côté- ci de la planète, le temps semble être une chose négligeable qu’on dépense comme une poignée de dinars «J’arrive toujours en retard à mon travail», confie Djamil, 34
ans. Je n’aime pas me presser ni me stresser. Mon patron ferme les yeux, car il m’arrive de rester tard au bureau quand il y a trop de boulot. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu du mal à respecter les horaires. Je n’ai pas de montre. J’arrive quand j’arrive. Adolescent, je faisais attendre les filles lors de rendez-vous galants. C’est ainsi. Etre ponctuel n’est pas inscrit dans mon ADN.»
Rendez-vous après Salat El dohr
Pas très courtois de faire poireauter quelqu’un.
La mode chez nous c’est de se fixer un rendez-vous après les heures de prière. Et comme ces horaires changent pratiquement chaque jour, bonjour l’exactitude. «Chez nous, on a tendance à se donner rendez-vous après salat El dohr ou salat El maghreb», révèle Anis, 30 ans. C’est comme si l’heure n’existait pas . Aussi, vous pouvez faire le pied de grue pendant une heure et même plus avant de voir débouler la personne attendue. Cela paraît normal parce que la plupart des gens fonctionnent ainsi dans notre pays.» Le manque de ponctualité est un fléau qui se répand comme une traînée de poudre. Gérer son temps par t en vrille à cause du non-respect du temps.
Au travail ou en société, tout le monde s’en fiche. «Je déteste attendre et me faire attendre, s’énerve Lila, 42 ans. Je considère que c’est un manque de respect de gaspiller le temps d’autrui. Quand j’ai un rendezvous, je fais en sorte de par tir bien à l’avance.
J’intègre tous les param ètres pouva nt me retarder : météo, circulation,… Au pire des cas, je suis à l’heure. Je ne supporte pas d’attendre les autres. En plus, si la personne ne me passe pas un coup de fil pour me signifier qu’elle aura un léger retard, je tourne les talons. Cela va ut aussi bien pour la vie professionnelle que familiale. Mon entourage connait mon intransigeance sur cette question. J’ai toujours été claire. Personne n’a le droit d’abuser de mon temps. C’est un manque de respect impardonnable à mes yeux.»
Une question de respect avant tout
Par les temps qui courent, la ponctualité est devenue une denrée rare. «Je pense que les gens qui arrivent en retard, ont pris ce pli depuis leur plus jeune âge. C’est ava nt tout une question d’éducation et de respect», analyse Hassen, 54 ans. Et d’enchaîner :
«Je le vois autour de moi. J’ai des amis de longue date qui ne sont jamais ponctuels. Quel que soit l’événement organisé, ils sont toujours à la bourre.
Cérémonie de mariage, sortie entre amis et même enterrement. Ils arrivent essoufflés, prétextent un gros embouteillage ou n’importe quelle autre excuse bidon. Etre ponctuel signifie anticiper et s’organiser. C’est aussi une marque de respect vis-àvis des gens qui vous invitent. La ponctualité devrait  être enseignée à l’école. C’est tellement important dans la vie !»
Khadidja, 26 ans, a du mal à respecter l’heure des rendez-vous. Elle l’avo ue sans ambages : «Au lycée, j’arrivais toujours en retard, même le jour d’examen. Je ne fais l’effort que lors d’un entretien d’embauche. Pour les rencarts, je ne me formalise pas du tout. Je débarque avec plus d’une demi-heure de retard et cela ne semble pas gêner mon Jules. Sur ce plan, j’aime bien me faire désirer.»
C’est pour aujourd’hui ou demain ?
Accro à la ponctualité, Fadéla, 61 ans, ne supporte pas les retards. «Quand j’organise un repas à la maison et que mes enfants,
accompa gnés de leurs femmes sont en retard, c’est kif kif. On commence sans eux avec les premiers arrivés : ceux qui respectent l’horaire. Et tant pis si les retardataires s’ils mangent le repas froid.
C’est non négociable ! Arriver comme une fleur sans raison valable est inadmissible et cela va ut pour tout le monde, y compris mes
propres enfants.» L’absence de ponctualité est des plus irritables chez ceux qui la subissent. «En tant qu’Algérien, on est constamment confronté à ce fléau. Vous vous plantez à l’entrée d’une poste, d’une banque, d’une agence de voyage, d’une mairie aux aurores afin d’être le premier et voilà que le portail tarde à s’ouvrir, accusant par fois jusqu’à 15 minutes de retard et chamboulant tout votre programme. Ce laxisme est visible par tout. Tout le monde dispose de votre temps à son gré. Et si vous vous hasardez à émettre la moindre critique, on vous dira sur un air condescendant : ‘’Matatkalakche’’ (ne t’impatiente pas ). Idem pour les horaires des concerts et des spectacles. Cela démarre toujours en retard par rapport à l’heure établie. La ponctualité, les gens
d’avant la cultivait au même titre que la politesse, le respect de la parole donnée, et l’amour de son prochain. Des valeurs en voie de disparition, hélas !» On l’aura compris, la ponctualité va à va u-l’eau, balayée par un je m’en-foutisme insupportable. Un impact négatif sur le travail et l’économie en général qui ne semble pas déranger grand monde. Qui a dit que ‘‘Time is money’’ déjà ?

Pas très courtois de faire poireauter quelqu’un. La mode chez nous c’est de se fixer un rencart après les heures de prière. Et comme ces horaires changent pratiquement chaque jour, bonjour l’exactitude !

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