NIDDAL EL MELLOUHI, COMÉDIEN ET ACTEUR ALGÉRIEN «NOTRE THÉÂTRE ET CINÉMA SONT À LA TRAINE»

NIDDAL EL MELLOUHI, COMÉDIEN ET ACTEUR ALGÉRIEN «NOTRE THÉÂTRE ET CINÉMA SONT À LA TRAINE»

Le comédien Niddal El Mellouhi est un artiste partagé entre les deux rives de la Méditerranée. S’inspirant des deux cultures, il est aujourd’hui un artiste contemporain, portant une vision différente sur l’art. Son indéniable talent a fait de lui un exemple de réussite pour la nouvelle génération de comédiens et d’acteurs. Dans cet entr etien, Niddal revient sur son par cours, sa passion et ses projets.
Par Farès Mouffok

Parlez-nous de vos débuts sur scène, d’où vous vient cette passion et qui ont été vos mentors ?

J’ai débuté ma carrière artistique en 1987 au hasard dans mon lycée Azza-Abdelkader avec des amis de ma classe dans ma ville natale Sidi Bel Abbes. A cette époque, nous avions des heures creuses entre les cours et la chance de disposer d’un petit théâtre dans notre établissement. Nous passions notre temps à faire des exercices et des improvisations et nous avions même préparé une pièce écrite par le groupe pour une représentation de fin d’année. A cette occasion, nous avions reçu la visite de Mohamed Chawate, auteur, metteur en scène et président de l’association El Kalima. Il était venu nous rendre visite pour voir l’évolution de notre pièce. Après les répétitions, il nous a proposé de nous présenter dans ses locaux pour parfaire notre technique. Par la suite, il nous a demandé d’intégrer son équipe pour créer une troupe d’enfants. Je dirai que ma première pièce Hkayete Kaddour m’a permis d’être remarqué et de découvrir le théâtre, la scène et les festivals. J’ai rencontré les plus grands artistes
de l’époque, comme Kateb Yacine, alors directeur du Théâtre régional de Sidi Bel Abbès, Alloula, Kaki, Ami Djilali et d’autres grandes pointures.
L’aventure a duré 2 ans. Avec cette troupe, j’ai travaillé sur trois productions, ensuite, j’ai découvert d’autres personnes et un autre style de théâtre avec la troupe l’Art scénique, en compagnie des artistes Kada Ben Smicha et Azzedine Abbar qui travaillaient principalement en collaboration avec le Théâtre régional de Sidi Bel Abbès. J’ai donc pris le chemin du professionnalisme, dans des tournées et des festivals nationaux et internationaux. En 1995, le réalisateur Amar Laskri m’a découvert dans la pièce Destination cratère de Chicago et m’a proposé le rôle principal dans le film Fleur de Lotus que j’ai tourné en Algérie et au Vietnam. Dans la même année, j’ai intégré le Théâtre régional de Sidi Bel Abbès sous la direction de Sid Ahmed Benaissa en tant que comédien professionnel avec la pièce 4 en 1, dont la mise en scène est réalisée par Azzedine Abbar. Trois ans plus tard, je quitte le théâtre étatique et je crée une compagnie privée ‘’Tin Hinan’’ avec Hmida Ayachi, Azzedine Abbar et Abdelkader Blahi. Nous avions produit entre autres Habil et Habil.

Avez-vous été soutenu par vos proches ? Était-il facile pour vous d’évoluer en Algérie durant la décennie noire ?

Oui bien-sûr, c’était la chose la plus importante, d’être soutenu par mes parents et mes proches.
J’ai commencé tout jeune et j’avais mes études en parallèle. Dans les années 1990, la situation était plus difficile, mais j’ai résisté et je me suis fait connaître durant cette période.

Vous avez quitté l’Algérie pour une nouvelle vie entièrement consacrée à l’art sur l’autre rive. Pouvez-vous nous parler de cette période ?

Le départ n’était pas dans mes projets de vie, même pas dans les années 1990, mais c’est ma destinée. Sincèrement, j’étais obligé de partir, vu les conditions qui prévalaient en 2000 et après être sorti d’une période difficile.
L’art, le théâtre et le cinéma étaient mon travail principal. Puis, je me suis lancé dans l’aventure d’artiste indépendant et privé avec ma compagnie. J’ai constaté que les choses ne peuvent pas évoluer, malgré tout ce que nous avions fait, moi et mes camarades. Nous étions stagnés dans le domaine artistique algérien. La preuve, jusqu’à 2018, nous n’avons toujours pas de statut d’artiste, ni de protection, ni d’indépendance artistique. Je me suis retrouvé sur l’autre rive pour avancer dans ma vie professionnelle et personnelle. J’ai poursuivi mes études dans le théâtre à l’école de Chaillot à Paris et j’ai découvert d’autres univers, aussi vastes dans ce domaine artistique.

Vous passez aisément du grand au petit écran, aux planches du théâtre, avez vous une préférence pour un art en particulier ou considérezvous que les trois sont complémentaires ?

Bien-sûr que les trois sont complémentaires, seules les techniques de jeu sont différentes.
Mais mon premier amour, le plus fort et le plus intense reste celui des planches. Le cinéma, ça fait grand, la télé ça fait petit, le théâtre ça fait vrai.

On vous a vu récemment dans le rôle de l’un des leaders de la révolution algérienne, Ahmed Benbella, quel a été votre sentiment en incarnant ce rôle ? Pouvez-vous nous parler de cette expérience ? Des anecdotes ?

J’ai eu cette chance d’incarner le rôle de Ben Bella dans le film Dans l’ombre d’une guerre, grâce au scénariste et réalisateur Salah Laddis qui m’a désigné dans son film. Une très belle découverte de ce personnage et une vision de notre histoire qui est racontée de très belle manière par ce réalisateur. Ce qui était magnifique dans le tournage de ce film est que nous avons tourné les scènes de prison dans l’île d’Aix et dans le fort Liédot, dans la même cellule où Ben Bella, Aït Ahmed et Khider étaient emprisonnés.
J’ai senti leur présence pendant ce tournage, c’était un choix du réalisateur de tourner dans ces endroits et c’était un excellent choix. Malheureusement, ce film n’a été projeté qu’une seule fois en Algérie.

Dans l’ensemble de votre carrière, quel est le projet qui vous a le plus marqué, ému ? Quel est votre meilleur souvenir de tournage ?

Ce qui est magique et formidable dans notre métier de comédien est le fait que nous restons toujours marqués par tous les projets dans lesquels nous avons travaillé. Le plus beau souvenir est mon premier grand rôle d’Ali l’Indochine dans le long métrage Fleur de Lotus (1995) où j’ai passé 4 mois au Vietnam, une expérience riche professionnellement et personnellement. Ensuite, en France où j’ai travaillé avec des acteurs connus, à l’image de
Gérard Lanvin et Gérard Juniot, et nous avons créé un trio d’enfer dans le film Envoyés très spéciaux. Enfin, dans un dernier court métrage L’ombre d’un rêve dans lequel j’ai interprété le rôle principal de Yanis, la sortie est prévue pour 2018.

Vous êtes un artiste qui vit entre les deux rives de la Méditerranée, d’ailleurs vous êtes très présent dans le cinéma algérien. Quel regard portez-vous sur les 7e et 4e arts chez nous ? Les choses ont-elles changé, selon vous ?

Je ne vais pas être très diplomate sur ce sujet, malheureusement et heureusement, c’est ma qualité et mon défaut (rires), C’est la catastrophe, nous avons perdu toute identité. Dans notre cinéma, on ne retrouve plus que des films de propagande, ceux consacrés à la révolution sont mal faits, il y a trop d’improvisations, de bâclages avec des budgets pourtant phénoménaux. Les films ne sont projetés qu’une ou deux fois pour les autorités
concernées et aucune projection dans des salles de cinéma, pourtant rénovées avec des milliards de dinars. Notre théâtre, pour sa part, est à la traine, il y a beaucoup de plagiat sans parler de la langue incompréhensible (l’arabe classique littéraire) pour le public et, parfois, incomprise par les comédiens sur scène. C’est malheureux. Cependant, il y a une nouvelle génération de cinéastes algériens qui défendent des projets intéressants. L’art est d’abord,
fait pour le public et non pas pour soi.

Des projets à l’ avenir …

En ce moment, je suis sur de nombreux projets au même temps : une pièce théâtrale qui sera jouée au Théâtre de gymnase de Paris, je serais également au Maroc pour le tournage d’un film étranger. Je serais aussi à l’affiche de deux longs métrages, à savoir celui ayant trait aux accords
d’Evian sur France télévision, et dans le film consacré à Ben M’hidi de Bachir Derrais dans lequel j’incarne le personnage de Abane Ramdane ainsi que dans le film Les voix du futur du jeune cinéaste Kamel Laiche.

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