LE PASSAGE À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE A QUAND LE TOURISME EN LIGNE ?

LE PASSAGE À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE A QUAND LE TOURISME EN LIGNE ?

Organiser son voyage en quelques cliques est, certes, devenu un acte naturel dans de nombreux pays dans le monde.
Cependant, en Algérie, cela est loin d’être le cas. Le passage à l’ère numérique fait face à de nombreux obstacles qui font passer l’économie algérienne à côté de la valeur ajoutée qu’apportent les nouvelles technologies de l’information et de communication, surtout si l’on considère que 60% du chiffre d’affaires mondial est réalisé grâce à ces dernières.
Par Fares Mouffok

Rappelons que les recettes du secteur ont été évaluées a seulement 307,7 millions de dollars en 2016. Cette réticence envers la digitalisation du secteur qui a longuement durée ne sert guère la promotion de la destination Algérie. D’ailleurs, ils n’étaient que 1,71 million de touristes étrangers à avoir foulé le sol algérien durant la même année. Encore moins flatteur, selon le dernier rapport du World Economic Forum, l’Algérie est classée
à la 118e place sur un total de 136 pays en matière de compétitivité touristique !

Rien que sur le continent africain, l’Algérie est classée 19e place, loin derrière le Maroc que l’on retrouve à la 3e place, l’Egypte à la 4e place et la Tunisie à la 9e place.

Digitalisation du secteur hôtelier

Conscient de l’énorme retard
observé dans son secteur, le
ministre du Tourisme et de
l’Artisanat, Hacène Mermouri,
présent lors du Forum
national sur le e-tourisme,
organisé par HTT, le 3
décembre dernier, à l’hôtel El
Aurassi, a annoncé que dans
le cadre de la digitalisation
du secteur hôtelier, 66 hôtels
seront prochainement équipés
d’outils technologiques et
cela, afin de donner une
meilleure visibilité sur le
potentiel national. L’opération
se poursuivra jusqu’à la
fin de l’année 2018 pour
toucher l’ensemble des
structures hôtelières, une
remise à niveau plus que
nécessaire pour «agir de
façon instantanée, afin de
répondre à l’éventuelle
exigence internationale»,
a indiqué M. Mermouri. Le
premier responsable du
secteur n’a pas omis de
39 DZIRI
citer le rôle important que
jouent les réseaux sociaux
aujourd’hui, et cela du
fait qu’ils permettent aux
potentiels clients de se faire
une idée sur la qualité de
l’hébergement proposé par les
hôtels via les commentaires
laissés par les internautes.

Les NTIC à la rescousse du tourisme

Face a l’urgence de remettre
le secteur du tourisme
sur pied avec l’intégration
des NTIC, le ministère du
Tourisme, qui est décidé
de faire confiance aux
compétences locales, a signé
récemment une convention
dénommée «clauster
tourisme» regroupant un
beau nombre de startups
innovantes. Première à
inaugurer ce partenariat,
la startup algérienne,
spécialisée dans l’engineering
informatique Ayrade, a donné
naissance à la première
plateforme algérienne de
réservation d’hôtels et de
billets d’avion en ligne.
Baptisée Cyber Léo, cette
plateforme numérique
lancée en décembre est une
grande première chez nous
puisque en quelques cliques
seulement, elle se charge
de chercher, sélectionner
et valider les offres de
billetteries et d’hébergement
en ligne.
«Notre produit a pour objectif
de faciliter la vie au client et
lui éviter les déplacements.
Il lui suffit juste d’introduire
sa recherche et la plateforme
lui proposera les différentes
offres disponibles ; le client
n’aura plus qu’à faire un
choix, payer en ligne s’il
possède une carte CIB et le
tour est joué», a fait savoir
Lamine Belbachir, directeur
général de la société Ayrade.
Pour ce faire, le responsable
a indiqué que la plateforme
est directement connectée
aux compagnies aériennes
offrant le service de
réservation en ligne, tandis
que pour l’hébergement, elle
est connectée à de grandes
chaines d’hôtels en ligne avec
leur infrastructure d’accueil.
aujourd’hui, au point de
départ, Lamine Belbachir
s’est dit très optimiste
via le développement de
son projet. «Nous avons
commencé par l’hébergement
et la billetterie, mais nous
envisageons dans le futur de
proposer même des circuits
touristiques avec des agences
de voyages qui souhaitent
avoir plus de visibilité,
notamment via Cyber Leo»,
a-t-il indiqué.
Pour sa part, le président du
Clauster numérique algérien
Mehdi Omar Ouayachi,
signataire de la convention
‘‘Cluster tourisme’’, l’Algérie
fait face, aujourd’hui, à
un défi de détail, «celui
de construire une identité
numérique qui lui est
propre», un objectif qui ne
peut se concrétiser sans des
partenariats sérieux entre
les entreprises spécialisées
dans la digitalisation et celles
versées dans le tourisme.

Les agences de vo yages sceptiques

Par ailleurs, si certains
acteurs du secteur se
montrent très enthousiastes
vis-à-vis du développement
du e-tourisme, les agences de
voyages, pour leur part, ne
semblent pas très emballées
quant à la faisabilité du
projet chez nous. C’est le
cas de Salim Ketfi, directeur
de l’agence de voyage
Expeditions and safari Algeria
basée à Sétif. «On ne peut
parler de e-tourisme en
Algérie, car nous sommes
vraiment à la traine. Ce qui
existe actuellement, c’est le
e-hôtel, car pour parler de
e-tourisme, il faut fournir
l’ensemble des services le
constituant, à savoir les
hôtels, la restauration, le
transport et les activités
et le tout sur une plate
forme digitale», a-t-il fait
savoir sans pour autant nier
l’urgence de se mettre à
jour. «Il y a actuellement
un réel blocage au niveau
administratif, car pour faire
venir un groupe d’étrangers
en Algérie, l’agence de
voyage prend au minimum
vingt jours pour constituer
les dossiers, alors qu’ailleurs
dans le monde cela se fait
en quelques cliques» , a-t-il
déploré.
Le responsable n’a,
d’ailleurs, pas caché son
incompréhension concernant
le manque de recours aux
NTIC, surtout que l’Algérie
est un pays qui dispose d’un
potentiel humain qualifié. «Ce
ne sont pas les compétences
qui manquent en Algérie,
40% des développeurs du site
Booking. com sont Algériens,
idem chez le site Hotels. com,
pourquoi ne pas les faire
venir ici pour qu’on puisse
bénéficier de leur savoirfaire.
Je pense que ce qui
fait peur aux responsables
du secteur c’est la question
du cyber sécurité qui se
pose, d’où le retard observé
dans la mise en oeuvre du
e-paiement qui peut se faire
uniquement via la carte CIB.
Il n’est pas possible pour nous
en tant qu’agence d’encaisser
les devises des éventuelles
touristes étrangers en ligne»,
précise notre interlocuteur.
Informé des nouvelles
exigences du marché du
tourisme, le gouvernement
algérien qui n’a pas vraiment
le choix, s’il désire diversifier
ses ressources, doit
impérativement se tourner
vers les NTIC et aller vers une
mise en oeuvre efficace de ces
technologies pour servir le
tourisme made in Algérie.

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