JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE CANCER LE PNAC DE L’ALGÉRIE, UN ACQUIS MAJEUR

JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE CANCER LE PNAC DE L’ALGÉRIE, UN ACQUIS MAJEUR

Le cancer est considéré comme la deuxième cause de mortalité en Algérie après les maladies cardiovasculaires. En 2017, près de 500 000 cancereux étaient recensés dans le pays, a annoncé dernièrement le ministe de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, indiquant, également, que le nombre de cas de cancer augmente chaque année, passant de 41 870 en 2015 à 49 000 en 2020 et à 61 000 en 2025. Le cancer touche 1 500 enfants (4 nouveaux cas par jour) et 5 nouveaux cas par heure sont enregistrés chez les adultes. Aussi, ils sont près de 12 000 personnes à succomber, chaque année, à cette maladie, dont la prise en charge demeure complexe et coûteuse, surtout que 70% des cas sont diagnostiqués à des stades avancés, ce qui laisse peu de chance de survie aux malades. Quant au taux de récupération, il peut aller jusqu’à 85% lorsque la pathologie est diagnostiquée à un stade précoce.
Par Farès Mouffok

Concernant les types de cancer les plus répandus en Algérie, on retrouve de manière générale les cancers du colon, du poumon et de l’utérus qui touchent près de 50% des cas avec une moyenne d’âge de 59 ans pour l’homme et de 51 ans pour les femmes. Exception faite pour le cancer du sein qui touche les femmes à partir de l’âge de 40 ans, même si des cas beaucoup plus jeunes ont été enregistrés.
Les cancers les plus fréquents chez l’homme sont les cancers du poumon, de la vessie et de l’appareil digestif, le cancer colorectal et de la prostate
avec un taux de 52,5%.
Concernant la femme, elle est le plus souvent touchée par les cancers de l’appareil génital (sein, utérus, col), suivis du cancer colorectal avec un taux de 68%. Bien que les causes du cancer soient bien connues, à savoir le tabagisme, les mauvaises habitudes alimentaires et la consommation d’aromes et colorants artificiels cancérigènes, l’Algérie, en dépit des efforts consentis, peine à stopper l’hécatombe du cancer, une réalité qui a poussé le gouvernement a adopté une nouvelle stratégie de lutte contre le cancer.

Plan national anti cancer : des avancées considérables

Etabli par le Professeur Messaoud Zitouni, sur instruction du président de la République Abdelaziz Bouteflika, le Plan national anti cancer 2015-2019, auquel l’Etat a attribué une enveloppe budgétaire de 180 milliards de dinars (77 milliards de dinars pour le programme d’investissement en cours
et des investissements de modernisation, et plus de 100 milliards pour l’exploitation des centres anti cancer et des unités d’oncologie), traduit, aujourd’hui, une réelle volonté de la part des autorités d’assurer une meilleure prise en charge pour les malades atteints de cancer, surtout que la
majorité des centres de lutte anti cancer ont montré leurs limites. Ce plan stratégique est aujourd’hui un acquis majeur pour les cancéreux surtout qu’il a permis, jusque-là, de réaliser pas mal d’avancées, notamment en matière de dépistage et de traitements. Il faut savoir que, depuis son adoption,
15 centres de radiothérapie, dont cinq privés sont fonctionnels sur l’ensemble du territoire national et 4 nouveaux centres anticancer seront ouverts au
courant de l’année 2018. Ces centres seront situés à Tizi Ouzou, El Oued, Béchar et Adrar. Leur entrée en service portera à 17 le nombre de
centres publics de lutte contre le cancer, a annoncé dernièrement le minitre de la Santé. Ce dernier a indiqué aussi que plus de 37 milliars DA ont été mobilisés pour l’aquisition des médicaments des classes de la concérologie et de l’hématologie, ce qui représente 60% de la totalité des achats de la
PCH pour l’année 2017.
«L’amélioration de l’offre en oncologie médicale se traduit, aujourd’hui, par l’existance de 41 services et 77 unité fonctionnelles, couvrant les 48 wilayas,avec la disponobilité des médicaments d’oncologie, alors que l’amélioration de l’offre en radiothérapie se traduit par l’existence de 36 accélérateurs linéaires fonctionnels dont 10 au niveau du secteur privé contre 7 accélerateurs en 2013», selon le minitre de la Santé. Par ailleurs, 12 autres accélérateurs sont aussi en cours d’installation au niveau des quatre centres anti-cancer qui seront opérationnels cette année.

La formation des médecins au centre des préoccupations

Constatant un manque d’expérience criant de médecins algériens face à cette maladie en constante évolution, le ministère de la Santé, via le plan national de lutte anti cancer, accorde actuellement un énorme intérêt à la formation des personnels médical et soignant. Dans ce sens, 460 médecins et biologistes issus des différentes wilayas de l’ouest et du sud-ouest du pays ont bénéficié, récemment d’une formation à l’Institut national supérieur de formation paramédicale d’Oran. Aussi, ils étaient 360 oncologues à bénéficier d’une formation, à travers 12 sessions de 10 jours chacune, selon le directeur de cet institut. Cet établissement a pris en charge la formation de 100 généralistes et biologistes et ce, pendant quatre sessions de trois mois chacune. La formation se poursuivra jusqu’à 2019. L’Institut national de formation paramédicale d’Oran a été le seul au niveau national à initier une session de formation en 2017 dans le domaine d’analyses de cytopathologie. Dans ce sillage, un mémorandum d’entente a été conjointement,
signé l’année dernière, par le ministère de la Santé et les laboratoires américains Johnson & Johnson. Ce partenariat, composé de différents volets,
a pour objectif d’accompagner le Plan national anti cancer en termes de dépistage précoce et de diagnostic de la maladie, en plus de la formation d’experts en matière de dépistage de plusieurs types de cancer.

ILS ONT CÔTOYÉ DES FEMMES ATTEINTES DE CANCER DU SEIN CONTINUER À S’AIMER MALGRÉ LA MALADIE ?

En Algérie, chaque année ce sont entre 11 000 et 12000 nouveaux cas q ui sont recensés et ce sont les femmes q ui sont
les plus sujettes à cette maladie. Résistantes tant bien que m al à la douleur physiq ue et psychique, les femmes sont aussi
contraintes de faire face au regard de la société, peu clémente envers elles. Près de 4000 femmes atteintes de cancer du sein
ont été répudiées par leurs maris en 2016. Si certains époux ont eu du mal à par tager cette maladie avec leur s conjointes,
d’autres les soutiennent en restant à leurs côtés en cette phase difficile.

Ratiba, 45 ans mère au foyer
«J’ai été diagnostiquée et suis atteinte d’un cancer du sein, il y a cinq mois. J’avoue que la nouvelle
m’avait anéantie. Je n’ai pensé à rien d’autre à part mes trois enfants et c’est d’eux d’ailleurs dont
je puise ma force. Quant à mon mari dont j’appréhendais la réaction, j’avoue qu’il m’a surpris par
son calme et sa sérénité en apprenant ma maladie. Jusque-là, il n’a jamais laissé apparaître une
quelconque inquiétude. Etant un homme pieux, il ne cesse de me dire qu’il ne s’agit que d’une
épreuve imposée par Dieu et que l’on finira par remporter la bataille. Mon mari m’a toujours aidée
dans les tâches ménagères et il continue à le faire. Cependant, pour notre vie intime, j’avoue qu’elle
a été reléguée au second plan. Certes, l’affection est là, le désir aussi, mais je ressens une certaine
gêne par rapport à ma maladie. Mon mari, après avoir enchaîné de nombreuses tentatives ratées, a
fini par abandonner en attendant que je reprenne du poil de la bête sur le plan physique et mental.
J’espère qu’il tiendra parole !»
Nabil 45 ans, comédien amateur, père de deux enfants
«J’avoue que nous avons cette fâcheuse tendance à croire que cela n’arrive qu’aux autres
jusqu’au jour où cela nous tombe sur la tête. Il y a trois ans, mon épouse que j’ai toujours traitée
d’hypocondriaque s’est fait diagnostiquer d’un cancer du sein et j’avoue que cela a été un choc pour
nous deux, en raison de son jeune âge, 37 ans à peine. Une fois la nouvelle digérée, c’était l’étape
des soins qu’il fallait entamer. Ayant pris le temps de me documenter sur cette maladie qui ronge
ma tendre épouse, je me suis vite convaincu de la possibilité de sa guérison, mais reste à la faire
convaincre, chose qui n‘a pas du tout été facile au début. De nature fragile, ma femme voyait en sa
maladie une mort certaine. Malgré mes efforts, elle a mis du temps pour rassembler son courage.
Lorsqu’elle se sentait très mal, les enfants étaient expédiés chez leur grand-mère pour les protéger.
Dans notre couple qui a connu des hauts et des bas pour des futilités, je peux vous affirmer que la
maladie n’a fait que renforcer notre relation. Aujourd’hui, nous sommes soudés, presque invincibles
et c’est ensemble que nous luttons contre le cancer. Certes, ma femme a perdu de sa splendeur, mais
c’est sa vie qui compte et non pas son visage.»
Leila, 32 ans avocate
«Évoquer le cancer réveille en moi une véritable haine et dégoût des personnes lâches qui vous
abandonnent au moment où vous avez le plus besoin d’eux. Ma mère est morte d’un cancer, mais
je suis sûre que la peine qu’elle a éprouvée durant sa maladie et la souffrance que lui a infligée mon
père sont à 60% responsables de sa mort. Je me rappelle, il y a une dizaine d’années, ma tendre
maman, qui a partagé avec mon père plus de 25 ans de vie commune, avait appris, lors d’un examen
médical, qu’elle était atteinte d’un cancer à un stade avancé. Petit bout de femme robuste, elle ne
s’est jamais plainte de la moindre douleur jusqu’à ce que le verdict tombe. Moi, mes deux soeurs
ainsi que mes trois frères, étions choqués par la nouvelle. Quant à mon père qui n’a jamais été du
genre affectueux, il se contentait juste de lui dire ‘‘Rabi ichafik’’, sans plus. Ma mère, qu’elle repose
en paix, s’est battue seule jusqu’à son dernier souffle ; mon père, de son côté, ne lui a jamais
apporté le moindre soutien. Il faisait chambre à part depuis un bon moment. Personnellement, le
comportement de mon père vis-à-vis de ma mère m’a beaucoup affectée. Je pense d’ailleurs que c’est
à cause de cette expérience que j’ai beaucoup de mal à faire confiance.»

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