LA FACTURE NE CESSE DE GRIMPER IMPORTER DU LAIT EN PÉRIODE DE VACHES MAIGRES

LA FACTURE NE CESSE DE GRIMPER IMPORTER DU LAIT EN PÉRIODE DE VACHES MAIGRES

En 2017, la facture d’importation du lait et produits laitiers a bondi à 1,41 milliard de dollars, contre 985,1 millions de dollars en 2016, en augmentation de 43,11%. L’un des postes les plus coûteux est l’importation de la poudre de lait (plus de 800 millions de dollars), matière première utilisée dans la fabrication du lait en sachet ainsi que d’autres produits laitiers.
Par Younes Djoudi

Il reste, toutefois, connu que les colossales dépenses consenties pour ces importations, tout autant que les subventions accordées pour le lait, ne profitent pas forcément aux ménages.
Mais, dans la configuration actuelle de l’offre locale en la matière, l’Etat ne peut se permettre de fermer les vannes de l’importation.
Il faudra d’abord que les entreprises algériennes arrivent à fabriquer la poudre de lait. Mais, en attendant d’avoir une vraie politique de développement de cette branche, les pouvoirs publics tentent de concilier aide aux populations les plus démunies, en maintenant inchangé le prix auquel est vendu le lait en sachet (25 dinars le litre), et subvention aux opérateurs économiques, dans un cadre régulé, mais dont les limites n’ont pas été clairement
définies. Dans ce schéma, une seule entité fait office d’axe de pivot, à savoir l’Office national interprofessionnel du lait (ONIL), structure publique créée en juillet 1997 mais restée en standby, pendant une dizaine d’années. Il a fallu une crise aussi sévère que celle qui a secoué le marché mondial
de la poudre de lait, en 2007, année durant laquelle les prix avaient presque doublé et les quantités en poudre de lait disponibles étaient réduites, remettre cette structure en état de fonctionnement. Cette crise avait en fait mis les pouvoirs publics et les opérateurs économiques face à un dilemme cornélien : choisir entre le relèvement des produits laitiers et le maintien des subventions. L’Etat avait tranché, non sans difficulté, en refusant d’autoriser les laiteries à répercuter l’augmentation des prix de la poudre de lait dans la grande distribution, c’est-àdire que le renchérissement de la poudre de lait sur les marchés n’avait pas eu d’effets sur le consommateur final. Mais pas l’opérateur économique; une grave crise entre des opérateurs et les autorités publiques avait alors éclaté, avec des mouvements de grève et des pénuries de lait. L’Etat avait promis de remettre
de l’ordre dans la filière, en boostant la production qui dépasse aujourd’hui 2,3 milliards de litres de lait, et poursuivre le projet de réduction des importations.
L’industrie laitière se trouve, aujourd’hui, en phase de transition. Pour anticiper les besoins futurs et envisager une réduction de l’importation, l’Algérie devra poursuivre l’accélération des projets d’élevage. Pour ce faire, le pays devra relever les nouveaux défis liés à l’environnement, aux ressources naturelles et à la disponibilité du savoirfaire.
Durant ces deux dernières décennies, une industrie laitière privée s’est mise en place, mais elle n’est pas inscrite dans une stratégie intégrée, elle
dépend essentiellement de l’importation de matières première : laits en poudre, fromage de transformation….

Etat généreux

L’entreprise publique, elle, n’est pas en reste. Elle tente de se développer dans ce secteur. Les laiteries sont liées par une convention à l’ONIL. Elles étaient, en 2012, au nombre de 153 dont 15 publiques. La majorité des laiteries reçoit de l’ONIL du lait en poudre subventionné (159 DA/kg) pour la fabrication du lait pasteurisé vendu au prix subventionné. Seulement, cette générosité de l’Etat est diffuse, et tout le monde en profite : le simple ménage, tout comme l’industriel. Aussi, des experts proposent-ils des subventions ciblées qui vont à ceux qui en ont le plus besoin.
Il existe, toutefois, une dizaine de laiteries privées qui ne fonctionnent qu’avec du lait cru pour la fabrication du lait pasteurisé et qui reçoivent une subvention d’intégration de six dinars le litre. Il existe également une dizaine de laiteries qui ne fonctionnent qu’avec du lait en poudre et qui ne collectent pas de lait cru. Aux 153 laiteries conventionnées avec l’ONIL, il faut ajouter des laiteries privées qui fabriquent du lait UHT avec de la poudre de lait importée.
Cette qualité est vendue au prix libre. La reconstitution du lait à partir de la poudre de lait importée obéit en fait à une logique politique vieille de 42 ans. Elle a été rendue possible par décret datant de 1972, dans le but de répondre à une nécessité politique du moment. Il s’agit d’un système de régulation du marché du lait en quantité et en prix administré. Avec la crise que vit le pays depuis 2014, et l’amenuisement des ressources financières, les conditions d’importation vont légèrement changer.
L’importation de produits laitiers sera soumise à de nouvelles conditions. En effet, le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a mis en place de nouvelles conditions pour l’importation de produits laitiers en Algérie. Celles-ci sont soumises, depuis le début de l’année, au dépôt d’un dossier de base, préalable à la demande de dérogation sanitaire à l’importation, et valable pour tout l’exercice 2018. Le dossier en question
doit comporter les prévisions d’importation pour l’année 2018, précisant les quantités trimestrielles, une facture pro forma de référence des produits à importer, un extrait de rôles apuré datant de moins de 3 mois (de l’importateur) et un bail de location, ou un acte de propriété, pour les locaux de
stockage ou de transformation valable, au moins durant la validité de la dérogation sanitaire à l’importation.
Quant à la demande de dérogation sanitaire à l’importation, elle devra être renouvelée chaque trimestre, et pour laquelle l’opérateur devra fournir une facture pro forma de chaque denrée à importer, un certificat d’hygiène et de salubrité du lieu de stockage daté de moins de 15 jours et une copie de l’agrément sanitaire du lieu de stockage. Enfin, il est précisé que la dérogation sanitaire à l’importation de produits laitiers couvrira 3 mois au maximum, et ne sera renouvelée que si les quantités programmées ont bien été importées.
Les quantités prévues et non importées ne peuvent être reportées au trimestre suivant. Les besoins algériens en lait et produits laitiers sont considérables, car avec une consommation moyenne de 110 litres de lait par habitant et par an, l’Algérie demeure le plus important consommateur de lait dans le Maghreb.

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