PRODUCTION ALGÉRIENNE DE CIMENT CONSTRUIRE L’EXPORTATION

PRODUCTION ALGÉRIENNE DE CIMENT CONSTRUIRE L’EXPORTATION

C’est fait. La pr oduction algérienne de ciment a r éalisé sa pr emière livraison extra-mur os. Sous la bannièr e de Lafar ge
Holcim Algérie, 160 000 tonnes de ciment gris en vrac, sor tis de l’usine d’O gaz (Mascara), ont pris la mer le 12 décembr e
dernier, à par tir du por t d’Arzew, à destination de la Gambie. C’ est le pr emier pays de l’Afrique de l’O uest ser vi dans
le cadre d’une stratégie d’exportation qui met le cap sur cette r égion du continent dont les impor tations globales sont
considérables. Et ce n’est pas le dir ecteur des par tenariats de cette entr eprise, Hedi Rafaï, q ui dira le contrair e, lui q ui
faisait récemment remarquer que «l’Afrique de l’O uest impor te actuellement q uelque 21 millions de tonnes de ciment
par an», et q ue cette r égion représente «un mar ché à tr ès for te croissance, vu sa démographie et l’immigration de la
population vers les centr es urbains».
Par Karim Nouar

«L’Algérie peut donc prendre sa part de dans ce marché», estime, à juste titre, M. Rafaï, affirmant que, dans cette perspective, «des contacts ont été lancés avec le ministère des Transports et les institutions portuaires pour préparer les quais, les aires de stockage et les moyens de manutention, afin de dégager des plateformes au niveau des ports». A travers cette première opération d’exportation, la filiale algérienne du numéro 1 mondial des matériaux de construction a, en plus des 60 000 dollars encaissés pour le compte de la transaction
commerciale, réussi à gagner du temps par rapport à son plan d’exportations initialement établi. Celuici ne devait, en effet, être entamé qu’en 2018, avec des quantités qui atteindraient les 50 000 tonnes au titre du premier trimestre, avait indiqué récemment le directeur des relations publiques de Lafarge Holcim Algérie, Serge Dubois.

Du déficit à la surabondance

Déficitaire de quelque 5 millions de tonnes de ciment, il ya à peine trois années, avec une production qui ne dépassait pas les 18 millions de tonnes, l’Algérie est en train de renforcer sensiblement ses capacités en la matière, à la faveur de l’entrée en activité de plusieurs projets de cimenteries, à travers le pays, à une cadence qui respecte les délais et qui devrait, une fois l’ensemble des projets concrétisés et opérationnels, porter la production nationale de ciment à 40 millions de tonnes dès 2020, c’est-àdire 17 millions de plus par rapport à la demande locale, estimée à 23 millions de tonnes par an. Autrement dit, si l’Algérie est en mesure de répondre à ses besoins locaux en ciment, et de se défaire de son incommodant et coûteux statut de gros importateur de ce matériau qui sert ses nombreux et différents chantiers de construction «cimentivores», le pays est également mis face au défi d’assumer cette transition qui se ne tardera pas à se traduire par une situation inédite de surabondance qu’il va falloir gérer et rentabiliser en allant lui trouver des débouchés commerciaux sur d’autres marchés. Fautil rappeler, dans ce sens, que cette configuration
de surproduction, en voie d’être achevée dès 2020, était prévisible, voire programmée depuis plus de trois années, à travers la grande fournée de projets de cimenteries dispatchés sur plusieurs régions du pays, notamment celles qui opérent sous la houlette du duo GICA (Groupe industriel des
ciments d’Algérie) et Lafarge Holcim Algérie, détenteur de 96% des capacités de la production nationale de ciment. L’excédent prévu est déjà en train de réaliser ses premières coulées, ce qui a motivé Lafarge Holcim Algérie à se lancer dans la bataille de l’export dès la fin de cette année 2017, profitant, au passage de la surpression des licences d’exportation décidée récemment par l’Etat.
«Aujourd’hui, nous sommes en position de dire que nous sommes arrivés à satisfaire les besoins nationaux.
Cette année (ndlr 2017), l’Algérie a enregistré une surcapacité en production de ciment, et elle est en mesure d’entamer la voie de l’exportation de matériau. Il faudra maintenant assurer les débouchés commerciaux, et le marché ciblé est celui de la Méditerranée et de l’Afrique de l’Ouest qui enregistrent un besoin de 40 millions de tonnes de ciment, dont 80% représentés par le clinker en vrac», dira le directeur général de LHA, Jean
Jacques Gautier, en marge de la première opération d’exportation de ciment réalisée par son entreprise.

Pour un consortium d’exportateurs

Le commerce international du ciment étant contrôlé par le trading, LHA pourra placer sa surproduction en comptant sur la structure du groupe spécialisée sur ce registre, en l’occurrence Lafarge Holcim Trading. Celleci jouit d’une expertise et d’un réseau qui lui permet de manipuler annuellement 50% des volumes commercialisés autour de la Méditerranée et de l’Afrique de l’Ouest.
Une position enviable qui pourrait profiter à la filiale la filiale algérienne du géant mondial des matériaux de construction et l’aider à  placer sa surproduction sur les marchés visés. La mission d’exporter se présente autrement pour les autres producteurs algériens de ciment, notamment GICA.
Le groupe public n’étant pas adossé à une structure de trading comme LHA, il devra trouver un accompagnement à sa surproduction pour
espérer convaincre un marché international qui fait jouer une concurrence extrêmement féroce sous la conduite d’un groupe de pays autour de la Méditerranée, qui contrôle ce marché depuis des lustres. Face à cette donne, le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), Ali Bey Naseri, estime que LHA doit coopérer avec GICA dans le cadre d’un consortium d’exportateurs de ciment en Algérie.
«Lafarge Holcim Algérie a anticipé sur le marché et commence déjà à exporter. Mais l’entreprise doit jouer le jeu avec le groupe public GICA pour mettre en place un consortium d’exportateurs de ciment en Algérie», a déclaré à la presse M. Naseri, en marge de l’événement du port d’Arzew. Partant du principe que «l’Algérie a surinvesti dans la production du ciment», et qu’«elle va se retrouver bientôt avec un excédent de production
sur le marché national».
Le président de l’Anexal recommande de «réfléchir le plus tôt possible sur la manière de placer cet excédent de production des cimentiers locaux», non sans reconnaître que cette tâche sera difficile à accomplir, d’autant que «l’exportation du ciment obéit à des paramètres de compétitivité en matière de logistique, avec, entre autres, le coût du transport qui impacte à hauteur de 30 ou 40% de la valeur du produit», explique-t-il. «C’est maintenant plus que jamais qu’il faut signer des accords avec des pays de l’Afrique de l’Ouest pour écouler le ciment algérien. Le ministère du Commerce doit, à cet effet, revoir les modalités de fonctionnement du Fonds spécial pour la promotion des exportations (FSPE) et le mettre à contribution de sorte que le coût du transport soit compétitif pour les entreprises nationales», préconise le président de l’Anexal.

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