BOUDJEMAÂ HAICHOUR, ANCIEN MINISTRE ET MEMBRE DU COMITÉ CENTRAL DU FLN «J’avais anticipé la crise des subprimes de 2008»

BOUDJEMAÂ HAICHOUR, ANCIEN MINISTRE ET MEMBRE DU COMITÉ CENTRAL DU FLN «J’avais anticipé la crise des subprimes de 2008»

Plusieurs fois ministre, Boudjemaâ Haichour a été membre au gouvernement durant la période allant de 2003 et 2008. Il a dirigé le département de la jeunesse et des spor ts, de la communication, de la poste et des TIC . Dans cette inter view, il relate son parcours professionnel.
Entretien réalisé par Nassima Bensalem

Avant d’être ministre, quel a été votre parcours professionnel ?

On ne naît pas ministre, on le devient après un parcours associatif, institutionnel et aussi un processus par lequel, l’homme public doit nécessairement prendre dans sa périphérie.
J’ai commencé tout jeune dans le scoutisme, ensuite dans le mouvement estudiantin et de jeunesse, jusqu’à être responsable des relations internationales où j’ai présidé un bureau de jeunes étudiants.
J’ai commencé ma vie, disant institutionnelle, en étant élu à deux reprises dans ma ville natale. A Constantine, j’étais pour la première fois membre à
l’Assemblée populaire communale et ensuite adjoint-maire, mais je n’ai pas pu terminer le deuxième mandat parce que je venais d’être élu à l’Assemblée populaire nationale du temps de Rabah Bitat, je dirigeais la commission des affaires étrangères où j’ai eu à travailler au sein de l’union
interparlementaire. Cela m’a permis d’aiguiser ma conscience parlementaire sur le plan international. Par la suite, le défunt président de la République, Houari Boumediene, m’avait nommé au Conseil supérieur de la magistrature qu’il présidait luimême.
Avant que je devienne ministre, j’étais directeur de cabinet du Premier ministre Mohamed Ben Ahmed Abdelghani en 1982. Je m’occupais surtout de ce qui est budget et finance. Ensuite, j’étais appelé à diriger le parti FLN dans les Aurès pendant cinq ans ; c’est là où j’ai dû connaître le monde rural et eu une vision sociétale, un plus pour ma formation d’homme politique. Au sein de ce parti, j’ai dirigé le centre d’études, d’analyses et de prospectives dans lequel j’ai rassemblé plus de 700 cadres dans divers secteurs. Après les événementsd’octobre 1988, j’étais appelé pour un court moment, pour préparer avec le ministère de l’Intérieur, les élections plurielles.
Après cela, je suis retourné à l’université de Constantine pour préparer ma licence en sciences économiques (thème : coût des pipelines). Ensuite, j’ai rejoint l’université d’Alger pour préparer mon magister en agroalimentaire durant lequel j’avais introduit un concept d’agrodollars pour nous distancer des pétrodollars. A partir de là, j’avais fait un travail pour pouvoir nous détacher un peu de cette dépendance agroalimentaire et réussir à avoir une autosuffisance et assurer une sécurité alimentaire. J’ai continué la traversée scientifique en constatant que le monde est régenté par la finance mondiale et donc je me suis orienté vers la littérature relative aux bouleversements structurels depuis Bretton Woods à nos jours. Alors, j’avais travaillé sur une thèse intitulée «De la crise à la régulation du système monétaire et financier international». Nous étions en pleine crise, j’ai donc commencé à travailler sur les marchés financiers, la bourse mondiale,…j’avais traité des modèles de régulation, dont l’un d’eux a été introduit dans la bibliothèque universitaire. C’est ainsi que j’ai apporté des solutions permettant de passer de la crise à la régulation, j’avais même anticipé la crise des subprimes de 2008. A mon avis, il faut toujours être à l’écoute de la monnaie étrangère, notamment l’euro et le dollar étant donné que la majorité de nos échanges commerciauxse font avec ces deux monnaies principales.

Vous avez été plusieurs fois ministre durant la période allant de 2003 à 2008, racontez-nous cette expérience ?

Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, arrive au pouvoir en1999 et j’étais de ceux qui ont pris les devants pour créer le comité de soutien alors que je ne le connaissais pas. En 2001, alors que j’animais à Constantine une conférence préparatoire du festival mondial de la jeunesse et des sports, j’ai reçu un appel téléphonique de la présidence. Au bout du fil, le directeur du cabinet, le défunt Larbi Belkheir m’annonçait que le Président venait de me nommer sénateur du tiers présidentiel. J’ai occupé ce poste jusqu’à 2003.
Après le départ d’Ali Benflis et la venue de son successeur Ahmed Ouyahia en 2003, j’étais nommé ministre de la Jeunesse et des Sports. C’est un monde que je connaissais bien entendu, puisque j’avais dirigé pendant de longues années la jeunesse. Pendant les 7 mois au sein de ce département, j’étais confronté à une loi sur la professionnalisation du sport que j’avais préparée et mon successeur n’avait qu’à l’appliquer.
Durant cette même période, il y avait la tenue des Jeux africains à Abuja, j’étais donc à la tête d’une délégation regroupant une centaine d’athlètes. C’était une belle réussite, nous avons gagné lors de ces jeux 96 médailles. Quelque temps après, le premier ministre Ahmed Ouyahia m’a proposé de changer de département et de diriger le ministère de la Communication qui, à cette époque, en 2004, était rattaché à la culture et dirigé par KhalidaToumi. J’ai commencé donc, par organiser des rencontres avec la presse privée et publique afin de préparer la loi sur l’information. Le 2 mai
2005, M. Ouyahia m’informe d’un changement de département, il fallait donc que je sois transféré vers celui de la poste et des TIC.
J’ai dirigé ledit ministère pendant plus de 4 ans, jusqu’au jour où le président de la République, par le biais de Abdelaziz Belkhadem, alors chef de gouvernement, m’annonçait que je devais quitter le département des TIC et qu’il aurait besoin de moi après les amendements de la Constitution.
Et depuis, je suis au comité central du FLN, et j’interviens pour des contributions culturelles, historiques, scientifiques. Je ne fais surtout pas de la politique.

Peut-on avoir votre avis sur les trois départements que vous avez dirigés, à savoir la jeunesse et des sports, la communication, la poste et les TIC ?

Je me suis promis de ne pas évoquer les secteurs que j’ai dirigés par obligation de réserve.

Êtes-vous sollicité à intervenir lors de séminaires, conférences et colloques à caractère économique, culturel ? En quoi porte votre contribution ?

J’interviens généralement sur des faits historiques, culturels,… j’ai beaucoup écrit sur les zaouias.
J’ai participé à deux reprises à l’académie arabe de musique. J’ai entrepris dans deux ouvrages la sauvegarde des dix noubas du patrimoine andalou-constantinois, autour du maître du malouf et Abdelmoumen Bentobbal.

Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre des recherches sur le bijou traditionnel, le patrimoine musical andalou, par exemple... ?

J’ai eu la chance d’avoir vécu à Constantine, une ville qui recèle beaucoup de traditions, notamment en ce qui concerne le chant, l’art culinaire, le mode
vestimentaire. Donc, mon inspiration vient de ma ville natale.

Sur quoi porte votre dernière publication de recherche ?

La toute dernière publication que j’ai écrite a porté sur le poème Hizia que j’ai traduit et commenté.

Comptez-vous réaliser un livre qui retracera votre parcours professionnel ?

On me demande souvent de réaliser un recueil de mémoires qui réunira toutes mes recherches et publications, mais pour le moment je ne me suis
pas encore décidé. Actuellement, je me consacre à élaborer des contributions sur des choses insolites qui permettent de donner un éclairage sur l’histoire, parfois sur un personnage ou une héroïne de l’histoire, sur une poésie…

Vous avez certainement visité plusieurs pays. Quel est le pays qui vous a le plus marqué ?

J’ai toujours eu l’occasion de sillonner le monde. Le pays qui m’a le plus marqué c’est l’Andalousie, mais aussi l’Ouzbékistan que j’ai eu la chance de visiter. Lors de ce séjour, j’ai eu l’honneur de visiter le mausolée de l’imam Al Boukhari. Pour ce qui est des pays arabes, j’ai été marqué par l’Irak et la Syrie.

Aimez-vous voyager ?

Oui, beaucoup, les voyages nous permettent de s’ouvrir sur le monde, d’apprendre les langues étrangères, de découvrir les us et les traditions des uns et des autres.

Etant jeune ou enfant, quel métier auriez-vous aimé faire ?

Lorsqu’on est jeune, on a tendance à rêver et à se projeter dans le futur. J’avais 9 ans déjà lorsque mon père âgé de 72 ans m’achetait le journal que je lisais pour lui, cela m’a permis d’être précocement mûr. Ceci pour vous dire qu’après l’Indépendance, il fallait construire le pays et donc j’ai eu la vision d’être un homme de gouvernance, chose qui m’a poussé à être dans le mouvement de la jeunesse et du scoutisme.

Aujourd’hui, quelles sont vos loisirs et occupations ?

La marche, je fais beaucoup de marche. De temps à autre, je joue du saxophone, j’écoute de la musique et j’écris.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Je suis en train de lire un ouvrage consacré à Carmen Prosper Mérimée.

Quel genre de musique écoutez-vous ?

J’avais fait dès mon jeune âge le conservatoire; j’ai appris la diction et la déclamation. Je me suis initié au saxophone. J’écoute beaucoup la musique andalouse, principalement le malouf.

Quel est votre plat préféré ?

J’apprécie qu’on me prépare à la maison avec du petit-lait de vache le ’mechelouach’ ou le ’r’fis’.

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