IL EST PASSÉ DU PUBLIC AU PRIVÉ SANS TRANSITION MALEK ABED, CONSULTANT EN GRH

IL EST PASSÉ DU PUBLIC AU PRIVÉ SANS TRANSITION MALEK ABED, CONSULTANT EN GRH

Lorsque l’idée de réaliser un portrait lui est proposée, il n’a pas hésité une seconde. Mieux, comme les gens de sa génération, il s’est pointé au rendez-vous avec quelques minutes d’avance. Chez cet ancien dirigeant d’Air Algérie, reconverti, après sa retraite, en consultant, la rigueur est une
vertu.
Malek Abed, 45 ans de carrière professionnelle, a cette caractéristique des anciens dirigeants des entreprises publiques : de la rigueur, il en fait sa démarche. Lorsqu’on s’adresse à lui, il connaît tellement les sujets qu’il aborde qu’il n’a même pas besoin de notes. Des dates précises, des heures, récitées avec minutes – et minutie – aux propos, écrits ou oraux, rien n’est laissé au hasard. De son premier contact avec le monde du travail quand il fut embauché au service juridique de Air Algérie, où il était longtemps obligé de se débrouiller seul, en passant par les postes stratégiques qu’il a occupés durant 40 ans de service pour arriver à la retraite, notre interlocuteur, qui nous a donné l’amabilité de nous recevoir dans l’intimité de sa maison en cette journée ensoleillée de novembre, n’a rien oublié. Les expériences, bonnes ou mauvaises, ne semblent pas lui déplaire. Et même lors que les P-DG successifs de la compagnie – il en connaîtra 15 au cours de sa carrière – «abusent» de sa gentillesse en lui proposant souvent le très ingrat poste de DRH (Directeur des ressources humaines), il ne refuse presque jamais. Il a plutôt pris cela comme un sacerdoce. Un combat à mener malgré l’adversité.
Contre vents et marées et surtout contre l’irresponsabilité de certains syndicalistes.
Le parcours de Malek Abed commence donc au début de 1973.
Ce natif d’Alger, mais originaire de la célèbre région des Ath-Yenni (Tizi-Ouzou), se retrouve, à 21 ans, à gérer les affaires juridiques d’un mastodonte de la taille de Air Algérie qui, à l’époque déjà, comptait 9000 employés. Par la grâce et la bonté d’un collègue plus âgé et surtout plus expérimenté, le jeune Malek relève le défi. Il était tellement à la hauteur que les responsables de la compagnie le prédestinaient à un avenir prometteur. Au bout de 3 ans, il se voit confier la gestion d’une base de la société, située à Dar El-Beïda.
Il gère directement, 4000 salariés dans une période où le socialisme, version Boumediène, plombe presque tout. Tous égaux devant «la baguette». L’entreprise n’était que du «beylek» qui n’appartient donc qu’à l’Etat.

Missions délicates

Le jeune homme prend de l’assurance. Il prend également des galons. Neuf ans après son recrutement, il devient, en 1982, DRH (Directeur des ressources humaines), appelé à l’époque sous-directeur du personnel et de la formation. «Je m’occupais autant des salaires, des congés, maladies,… que de la formation et du perfectionnement de tout le personnel», raconte-il, un brin passionné. En 1986, la carrière de Malek Abed connaît un nouveau tournant. Il est envoyé comme représentant d’Air Algérie en Italie. Mais au lieu de voir en cela une «récompense», il s’attelle à bien gérer sa nouvelle mission. «J’ai vite augmenté le chiffre d’affaires» du bureau italien. Les patrons de la compagnie sont satisfaits. «Je devais rester en Italie 3 ans comme tous mes homologues envoyés à l’étranger. Mais grâce aux bons résultats obtenus, je suis resté 3 ans encore», raconte fièrement
celui qui raconte avoir réussi même à inviter le grand artiste Idir à se produire à Milan.
Rentré au pays en 1992, Abed est rattrapé par sa formation d’origine. Il est nommé responsable des études et de la réglementation. Cela ne durera pas longtemps. Deux ans après, il reprend son poste de prédilection, DRH. Heureusement pour lui que la création récente d’une filiale de sécurité (Société de sécurité et de prestation de services) le «détachera» de cette mission administrative. Il devient directeur général adjoint de la nouvelle entité. Durant la décennie noire, il s’attelle à réunir les conditions de création d’une entreprise viable. Malgré la difficulté de la tâche, il parviendra à surmonter les obstacles posés notamment par le chaos sécuritaire dans lequel était plongé le pays à cette époque-là.

Reconversion réussie

Durant toutes ces années, Malek Abed était appelé à gérer des situations chaotiques, des conflits sociaux inextricables. Il aime d’ailleurs raconter certaines de ces parties qui ressemblaient plus à un combat de boxe qu’à une partie de dominos. L’homme, qui n’a rien d’autoritaire, dit aimer négocier sur des bases raisonnables. C’est ainsi que lorsque deux catégories de salariés de la compagnie tentaient de s’imposer dans le haut de la
hiérarchie des salaires, il n’hésite pas à comparer à leurs homologues français. «C’était la douche froide», se souvient-il.
Le goût de l’aventure, peut être hérité de la rudesse des montagnes de Taourirt-Mimoun qui ont vu naître ses ancêtres, n’est pas étranger à Malek Abed. Il le prouvera lorsque, nommé directeur de l’audit au début des années 2010, il ira enquêter sur le bureau d’Air Algérie de Tripoli en plein
chaos libyen. «C’était vraiment le chaos. Mais je suis allé jusqu’à notre représentation et j’ai traversé Tripoli à pied», se souvient-il, avec un léger soupir qui rappelle que l’homme a pris sérieusement conscience du risque encouru.
La retraite dans la poche après «exactement 40 ans» de service, Malek Abed se convertit dans le privé. D’abord, chez Cevital où il a eu à côtoyer directement Issad Rebrab. Un homme «qui tranchait les problèmes en deux minutes», se rappelle encore Abed.
L’aventure est interrompue par le décès de son père.
Depuis quelques mois, Malek Abed travaille à son compte. Il conseille les entreprises dans tout ce qui est relatif à la gestion des ressources
humaines, des grilles de salaires, des organigrammes. Il fonde Modern Consulting pour formaliser ses activités. Il a comme clients des
multinationales, mais également des entreprises algériennes qui commencent à s’intéresser à ce domaine. Il n’est qu’à ses débuts. Autant dire que la vie de Malek Abed se confond avec travail !

Par Nesma Aghiles

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