TOI & MOI SANS TOIT

TOI & MOI SANS TOIT

Ils ont découpé la pièce montée sous le crépitement des flashs, ont dansé jusq u’à en avoir des ampoules aux pieds et ont commencé leur vie maritale sous une avalanche de youyous. Eludée, la q uestion du logement a été balayée d’un revers de la main le jour de la « khet’ba ». Un appartement loué ou pr êté par des amis ferait l’ affaire, le temps de voir venir.
Lydia Nesli

Entre temps, un enfant puis deux sont nés. Les économies ont fondu comme neige au soleil, dévorées par les prix exorbitants du marché de l’immobilier. Réunion de crise et pourparlers d’urgence. Après mille et un conciliabules, Monsieur et Madame ont fini par accorder leurs violons. « Toi chez ta mère. Moi chez la mienne », a tranché l’époux. « Pour les enfants, on fera comme on pourra », a-t-il ajouté. Et toc !

Mariés mais encore célibataires

Six ans de mariage et des promesses de logement
social toujours sans suite ont mis à rude épreuve les
finances de Dalila (32 ans) et Zakaria (37 ans). « Après
notre mariage, nous avons loué un petit appartement
qui a englouti toutes nos économies, confie le couple.
Nous pensions que ce serait une solution provisoire au
vue des nombreux dossiers déposés à la mairie. Avec
l’arrivée de notre premier enfant puis du second, nous
avons commencé à tirer le diable par la queue. La
propriétaire a carrément augmenté le prix de la location.
La seule faveur qu’elle nous accordait était de la régler
chaque fin de mois au lieu de payer un bail annuel.
La naissance de nos enfants a alourdi nos dépenses.
Dos au mur, nous n’arrivions plus à nous acquitter du
prix de la location. Après avoir accumulé deux mois de
retard de payement, notre locatrice nous a menacés
d’expulsion. Une séparation provisoire a été envisagée.
Chacun repartirait dans sa propre famille, exactement
comme si nous étions encore célibataires. Ce fut la
déchirure. On a casé nos meubles à droite et à gauche
et on a dû apprendre à vivre autrement. Un total
chambardement. Les enfants sont déboussolés de ne
pas avoir leurs parents ensemble. A part le week-end,
où nous organisons des sorties, nous sommes séparés.
Combien de temps cette situation ubuesque va-t-elle
durer ? Nous multiplions les recherches pour bénéficier
d’un logement à caractère social et attendons des jours
meilleurs. »

Et si on repartait vivre chez maman ?

Ils sont de plus en plus nombreux ces couples mariés
qui repartent vivre dans leurs familles respectives faute
d’un toit bien à eux. « Notre appartement LPP n’étant
toujours pas livré, nous nous sommes résignés, mon
époux et moi, à retourner chez nos parents, raconte
Nacéra (35 ans). Au préalable, nous nous sommes
débrouillés comme nous avons pu. Au départ, un ami
parti s’installer au Canada nous a laissé les clefs de son
appartement pendant une année. Nous avons alors
loué un deux pièces en nous engageant parallèlement
dans un projet LPP. Il a fallut régler les premières traites
et nous nous sommes vite retrouvés déplumés. Seule
solution, le toit des parents. Chez les miens avec ma
petite fille. Et mon conjoint chez sa famille. Retour, donc,
à notre vie de célibataire avec quelques anecdotes à
raconter. Mon mari s’est remis à me faire la cour comme
à nos débuts. Je le soupçonne même d’être un peu
jaloux. Pour raviver la flamme, c’est l’idéal, mais il ne
faudrait pas que cette situation dure trop longtemps ! »

Rendez-vous à l’hôtel avec ma femme !

Parfois ces parenthèses provisoires s’éternisent, causant
bien des turpitudes dans ces foyers désagrégés.
Empêtré dans ses problèmes, Abdelhamid (41 ans)
ne voit pas le bout du tunnel : « Cela fait sept ans que
je vis séparée de ma femme à cause de ce fléau du
logement. Nous avons souscrit à un programme AADL
qui a pris du retard et attendons des jours meilleurs.
Ma femme crèche chez ses parents avec mes deux
garçons. Comme ils sont déjà à l’étroit, cette
situation met souvent de l’eau
dans le gaz. Avec deux belles-soeurs à la maison et
plusieurs enfants en bas âge, cette promiscuité devient
insupportable. Pour éviter d’en rajouter, nous nous
voyons dans les parcs ou les salons de thé, comme des
ados. Et pour avoir un moment d’intimité, je suis obligé
de louer une chambre à l’hôtel et de montrer patte
blanche en exhibant mon livret de famille. Le comble
pour passer un moment avec mon épouse légitime ! »

LA CRISE DU LOGEMENT A
ENGENDRÉ UN NOUVEAU
PHÉNOMÈNE CHEZ LES COUPLES
MARIÉS. VIVRE CHEZ LES
PARENTS, CHACUN DE SON
CÔTÉ EN ATTENDANT UN TOIT
QUI REGROUPERAIT ENFIN PAPA,
MAMAN ET LES ENFANTS DANS
LA MÊME CHAUMIÈRE.

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