«ON NE PEUT PLUS PARLER DE STÉRILITÉ À 100% CHEZ L’HOMME»

«ON NE PEUT PLUS PARLER DE STÉRILITÉ À 100% CHEZ L’HOMME»

De plus en plus d’hommes rencontrent aujourd’hui des problèmes d’infertilité. Stress, mauvaise habitude alimentaire, tabagisme ainsi que da’ utres causes organiques peuvent être derrière cette difficulté à donner la vie. Cependant, de nombreuses solutions sont proposées de nos jours par la science. Dr Tarek Habel, jeune chirurgien activant dans une clinique PMA, à Alger, revient dans cet entretien sur ce sujet extrêmement important avec des explications simples et des conseils pour aider ces messieurs à devenir papas !
Propos recueillis par Fares Mouffok

D’après les derniers chiffres du ministère de la Santé, 20% des couples mariés contre 15% en 2010 rencontrent des problèmes lors de la conception. En tant que praticien pouvez-vous nous expliquer cette hausse et nous dresser l’état des lieux ?

Cette hausse ne doit rien au
hasard, elle est due à plusieurs
facteurs non négligeables. En
premier lieu, il y a l’âge de
maternité qui a sacrément reculé ces dernières années. Il faut savoir
que la fertilité chez la femme passe
par un maximum autour de l’âge
de 25 ans pour devenir quasiment
nulle autour de 45 ans. Il y a
aussi le facteur socioprofessionnel
qui pousse les gens à se marier
de plus en plus tard. Ajoutons à
cela la consommation du tabac
qui est connu pour ses effets
néfastes sur la santé et la fertilité.
Aussi, il y a le cannabis dont la
consommation s’est propagée à
une vitesse vertigineuse et qui
peut sérieusement endommager la
qualité du sperme chez l’homme,
pareil pour l’alcool. Autre facteur
d’infertilité, les MST (Maladies
sexuellement transmissibles) telles
que le chlamdya et le mycoplasme,
généralement non dépistés et
non traités. Ces MST affectent
sérieusement la fertilité. En plus
de ces causes, j’ajouterai les
problèmes de poids et d’obésité.
En effet, dans notre société, les
gens font de moins en moins
attention à ce qu’ils mangent
alors qu’il y a des aliments à
prohiber comme les conservateurs
et arômes artificiels. Le stress,
l’anxiété et la pollution ont
également de sérieux impacts sur
la fertilité.

Aujourd’hui près de 60% des hommes souffrent d’infertilité, quelles sont les causes les plus fréquentes et y a-t-il des traitements efficaces pour cela ?

De nombreuses causes peuvent
être derrière le problème de stérilité
chez l’homme. Parmi les plus
courantes, il y a le problème des
testicules mal placés qui, parfois ne
descendent pas dans les bourses
et restent à l’intérieur du corps.
Aussi, il y a atteinte à l’épididyme.
En effet, si les testicules fabriquent
bien des spermatozoïdes, il arrive,
parfois, que la distribution se révèle
difficile. Certains hommes n’ont pas
de canaux déférents, par où passe
le sperme. Des infections peuvent
aussi les endommager.
D’autres hommes souffrent aussi de
la varicocèle qui est une dilatation
de la veine du cordon spermatique ;
cette derrière augmente la chaleur
locale et altère la qualité des
spermatozoïdes. En plus de ces
causes pathologiques, il y a des
causes de nature hormonale,
à savoir une insuffisance de
testostérone caractérisée par une
faible pilosité et une accumulation
de graisse au niveau des cuisses.
Certains troubles hormonaux
comme le diabète et l’hypothyroïdie
peuvent avoir un impact sur la
chaîne hormonale. Il y a également
les troubles chromosomiques,
comme le syndrome de Klinrfelter
(présence d’un chromosome
supplémentaire). Ce dernier
entraine une diminution de la
testostérone et les testicules sous
développés ne fabriquent plus de
spermatozoïdes. Par ailleurs, il
est important de savoir que des
traitements lourds tels que la
radiothérapie et la chimiothérapie
ont des effets irréversibles sur la
fertilité chez l’homme. C’est pour
cela que les patients atteints de
tumeurs procèdent à la congélation
de leurs spermatozoïdes. S’agissant
des traitements, il faut savoir
qu’aujourd’hui, grâce aux progrès
de la science, on arrive toujours à
trouver une solution. On ne peut
plus parler de stérilité à 100%
chez l’homme, sauf en cas de
castration. Tout d’abord, il faut
commencer par adopter une
bonne hygiène de vie et arrêter la
cigarette et l’alcool. Par la suite,
il y a deux sortes de traitement
à envisager, selon la cause. Le
traitement peut être médical
comme dans les cas d’infection ou
bien chirurgical, comme c’est le
cas pour la varicocèle. En cas de
mauvais résultats pour les deux
premières options, nous avons
recours à l’assistance médicale à
la procréation. On tente, dans un
premier temps, une insémination
artificielle. A travers cette opération,
la probabilité de fécondation
augmente, car le sperme est
traité et placé dans le col utérin,
ce qui augmente les chances de
survie des spermatozoïdes. En
cas d’échec, il faudra se résoudre
à tenter la fécondation in vitro
ou une ICSI (Injection intracytoplasmique
de spermatozoïde),
technique qui consiste à injecter
un spermatozoïde directement
dans l’ovule). En cas d’azoospermie
(absence de spermatozoïde),
une biopsie testiculaire est
proposée avec congélation des
spermatozoïdes utilisés par la suite
pour une ICSI. Il est important
de savoir que l’ensemble de ces
interventions médicales sont
pratiquées en Algérie dans la
manière la plus normale possible.
Quant au taux de réussite, il nous
arrive d’atteindre parfois les 30%.

Les hommes ont beaucoup de mal à aborder le sujet de stérilité, considéré comme tabou ? Que leur conseillezvous ?

La majorité des hommes, qui
viennent nous voir, ont pour la
plupart tenté de nombreuses
méthodes pour se soigner (rokia
et médecine alternative) avant de
songer à consulter un médecin.
Parfois, nous recevons même des
patients atteints de MST, mais
ignorent leur infection ! Pour
l’homme, l’infertilité est considérée
comme une blessure narcissique
difficile à surmonter. L’idée que l’on
se fait de la virilité, assimilation
malheureuse à l’impuissance, est
en fait un problème difficilement
avouable. Mon conseil est de ne pas
hésiter à en parler, d’abord, au sein
du couple, ensuite ne pas tarder à
consulter un spécialiste après des
rapports réguliers dans une période
de 6 à 12 mois.

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page