ALI KAHLANE EXPERT EN TIC ET VICE-PRÉSIDENT DE CARE «Le délai de 2019 pour les TPE n’est pas réaliste»

ALI KAHLANE EXPERT EN TIC ET VICE-PRÉSIDENT DE CARE «Le délai de 2019 pour les TPE n’est pas réaliste»

Les commerces devront progressivement s’équiper de Terminaux de paiement électronique (TPE) pour répondre aux exigences d’une disposition de la loi de finance 2018. Ils disposeor nt d’une année pour s’équiper et offrir aux clients la  possibiltié de payer par carte. Nous avons sollicité, Ali Kahlane , un expert en TIC pour savoir si Al’ lgérie est prête à généraliser ce système de paiement mais sutrout si le système de sécurisation est fiable .
Propos recueillis par Nassima Bensalem

Pensez-vous que les établissements financiers sont prêts pour le paiement en ligne ?

La ministre de la Poste, des
Télécommunications, des
Technologies et du Numérique a
déclaré que seules les banques
et Algérie Poste seront autorisées
à héberger les plateformes de
prise en charge des paiements en
ligne. Cela limite le nombre à une
vingtaine d’intervenants, soit six
banques publiques, Algérie Poste et
12 banques étrangères. Si on met
de côté Algérie Poste, théoriquement
toutes les banques citées ci-dessus
pratiquent déjà le paiement en
ligne depuis le 4 octobre 2017. Des
clients sont actuellement capables
de régler leur dû à ce qu’on appelle
les grands facturiers tels que
Sonelgaz, Seaal, Air Algérie et les
opérateurs télécoms pour ne citer
que cela. Donc, nous pouvons dire
que les banques sont prêtes. Dotées
du service en ligne (e-banking)
depuis un certain temps, cela leur
a permis d’avoir été suffisamment
exposées à la dématérialisation des
opérations, pour pouvoir prendre en
charge les procédures numériques.
Même si sur le terrain certaines
de ces banques ressentiront la
transformation avec beaucoup plus
de bouleversement que d’autres,
elles devront désormais comprendre
et accepter la transformation
numérique. Quant à la douzaine
de banques étrangères installées
en Algérie, elles devraient pouvoir
«glisser» vers la prise en charge du
paiement en ligne sans difficulté.
Par contre, ce qu’il faut redouter le
plus pour les banques, aussi bien
publiques qu’étrangères, c’est le
cybercrime et les coupures internet.
Pour le premier, la loi qui vient
d’être adoptée par le Conseil des
ministres y pallierait, du moins en
théorie, dans une grande mesure.
Mais cela ne devrait pas prémunir
ces établissements de prendre
des polices assurances contre ces
risques.
Par contre pour les déconnexions
et les micros coupures, il va falloir
créer des polices d’assurances là
où il n’en existe pas et la loi qui
vient de passer ne semble pas avoir
prévu ce qui se passerait lors d’une
déconnexion en plein transactions.

Qui paierait ? Le client, la banque, le fournisseur d’accès à internet, la Satim ou le GIE ?

En ce qui concerne la Poste, bien
qu’étant manifestement la plus
grande institution financière du
pays, avec près de 20 millions de
comptes CCP, continue à ne pas
être concernée. Sa transformation
ou sa mue vers une Banque postale
annoncée depuis plus de 15 ans
tarde à venir. La carte de paiement
«Edahabia», lancée justement pour
28 DZIRI
inclure le paiement en ligne, semble
avoir quelques ennuis techniques,
ce qui semble augurer des retards.

Est-ce que les plateformes de paiement électronique seront efficacement sécurisées ?

Techniquement, je ferais confiance
aussi bien à la plateforme de la
Satim qui assure l’interopérabilité
qu’aux plateformes des banques
membres du GIE qui ont adhéré au
processus de gestion du paiement
électronique en Algérie. Je suis
pourtant moins enthousiaste quant
à la disposition de la loi qui vient
d’être adoptée en Conseil des
ministres, concernant «l’obligation
qui est exigée des plateformes
de se conformer aux normes de
confidentialité et de sécurisation
qui seraient fixées par la Banque
d’Algérie». Cela n’est ni le rôle
ni relève des prérogatives de la
Banque d’Algérie de vérifier le
respect des normes à caractère
technologique. Ce rôle ne doit
être manifestement dévolu à une
autorité telle l’ARPT puisqu’il s’agit
de cyber sécurité et de lutte contre
la cybercriminalité. Toutefois, il y a
quelques points positifs dans cette
loi comme l’obligation d’héberger
les sites de commerce électronique
en Algérie avec le domaine .dz.
Cela permettra d’une certaine
manière d’assurer une sécurité
améliorée relative pour peu qu’un
point d’interconnexion (GiX) des
liens internet est opérationnel dans
le pays pour que les différents
fournisseurs d’accès internet
nationaux échangent entre eux
et, éviter ainsi aux transactions
commerciales en ligne de transiter
par l’étranger, comme c’est le cas
actuellement. Enfin, l’utilisation
du .dz permettra à mondialiser le
commerce électronique algérien et
à sortir notre pays de l’anonymat
numérique.

Quel est l’impact financier du paiement électronique sur l’économie algérienne ?

Sachant que le téléphone couplé
à l’internet mobile est roi et que
le smartphone ainsi constitué
est devenu le compagnon à tout
faire des Algériens, notamment
pour ceux qui sont susceptibles
d’être aussi bien le e-marchand
que le e-client, cela annonce
une explosion encore plus
importante que celle qui a suivi
le lancement de la 3G, suivie
juste après, par la 4G. L’Algérien
est connecté à internet à plus
de 45% avec une présence sur
les réseaux sociaux, qui sont le
prochain grand supermarché à
ciel ouvert, de plus près de 60
%. De la même manière que le
mobile a bouleversé le marché des
télécommunications en Algérie,
le commerce électronique devrait
très rapidement changer la donne.
Il y a de très fortes chances
qu’il se développerait beaucoup
plus vite que partout ailleurs.
L’entrepreneuriat numérique,
aidé aussi bien par les dispositifs
publics tels que l’ANSEJ mais aussi
par les différents mouvements
associatifs tels qu’Injaz El-Djazair,
les Webdays, les semaines de
l’entrepreneuriat, les Algeria
Web Awards, les Algeria 2.0, les
startups weekend, Napeo etc, sont
des activités moteurs et clés à
un avenir immédiat florissant au
e-commerce algérien. Ces jeunes
entrepreneurs qui le composent
sont plein de volonté, leur grain de
folie et leurs innovations va faire le
reste, comme partout ailleurs dans
le monde où le poids du commerce
électronique dans le PIB est à deux
chiffres. Une fois disponible, le
paiement électronique pourra être
utilisé en B2B, entre professionnels,
B2C, vente de produits vers le
consommateur final, mais aussi
G2C, services administratifs en
ligne vers le citoyen. Nous pourrions
pousser encore plus loin et rêver
à un Maghreb économique où le
commerce électronique explosera,
car les frontières terrestres ne
seront plus cette barrière qui nous
empêche de commercer avec nos
voisins.

Quels sont les domaines à développer pour servir le e-commerce ?

Les secteurs du numérique clés
qui recèlent le plus d’opportunités
d’investissement se trouvent
actuellement dans cinq domaines
clés qui sont la fourniture d’accès
et de services du haut et très haut
débit, le montage et/ou la gestion
de Data centers, le domaine du
Cloud, l’étude et la gestion du
Big Data et enfin la maîtrise et le
développement de l’onternet des
objets (IoT).
L’Algérie a le plus grand réseau
de fibre optique d’Afrique, Algérie
Télécom se doit d’avoir des
partenaires pour l’aider à couvrir
le pays en nombre et en qualité
de service pour interconnecter en
internet fixe le plus de citoyens
possibles.
L’installation de Data centers est
primordiale, pour développer et
promouvoir le contenu numérique
algérien tout en assurant une
sécurité des données.

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