JOURS FÉRIÉS QUEL IMPACT SUR L’ÉCONOMIE ?

JOURS FÉRIÉS QUEL IMPACT SUR L’ÉCONOMIE ?

Le jeudi 23 novembre 2017 sera une jour née chômée et payée, en raison du scrutin pour les élections lo cales. Ce jour
sera férié comme l’a été le 1er Novembre, date anniversaire de la révolution de 1954 et comme le sera le 30 novembre
où l’on célèbrera la fête du M awlid el Nabawi. Si ces trois journées off permettent aux salariés et aux élèves de souffler
un peu, elles n’ont pas moins un impact non négligeable sur la productivité des entreprises, en particulier et sur l’économie nationale, en général. Une incidence q ue personne pour le moment n’a, semble-t-il, estimée !
Nesrine Charikhi

Une ville qui se réveille
lentement au rythme des
grasses matinées de ses
habitants. Dehors, il n’y a pas
de bruits, ni de circulation, les
grandes artères renvoient des
images de ville fantôme où
les rares passants contrastent
avec les rideaux des enseignes
baissées. Ce sont là les signes
d’un jour férié à Alger ou dans
n’importe quelle autre grande
ville d’Algérie.
Cette année, les Algériens ont
eu droit à treize jours fériés.
Treize journées non travaillées,
mais pourtant payées. En
termes de jours fériés, 2017
est une très bonne année
en raison notamment des
élections législative du 4 mai
et celles des locales du 23
novembre. Habituellement, le
calendrier national comporte
onze jours fériés, certains sont
«universels» comme le jour de
l’an le 1er Janvier ou la Fête
du travail, célébrée le 1er Mai.
D’autres nous viennent de notre
histoire, c’est le cas pour le 1er
Novembre, mais aussi pour le 5
Juillet, fête de l’Indépendance.
Enfin, le plus grand nombre
des jours fériés est représenté
par des fêtes religieuses au
nombre de cinq : Aid el Fitr et
25 DZIRI
Aid el Adha qui compte deux
jours chacun, auxquelles il
faut rajouter Awal moharam et
’Achoura, puis El Mawlid
ennabawi qui, cette année,
ferme le bal des jours fériés.

Combien ça coûte ?

Cumulés, les jours fériés
représentent près de deux
semaines, soit presque la moitié
d’un mois de perte sèche pour
l’Etat. Car, non seulement
l’économie tourne au ralenti
pour ne pas dire à l’arrêt,
mais en plus il faut payer les
salariés. Il faut aussi payer,
voire doublement, ceux qui
sont mobilisés pour assurer les
permanences. Les médecins et
infirmiers de garde, les corps
constitués et tous les cadres
des secteurs régaliens qui
doivent veiller à la continuité
du service ; certains auront
des primes alors que d’autres
bénéficieront de jours de congé.
Aucun chiffre ni aucune
estimation, aucune étude n’a été
menée pour quantifier les pertes
ou le manque à gagner pour
l’économie algérienne d’autant
qu’en termes de jours fériés,
nous sommes relativement
bien lotie. «L’Algérie se classe
parmi les dix pays au monde
où les travailleurs jouissent du
plus grand nombre de jours
de vacances par an», selon
l’étude menée en 2011 par le
cabinet de conseil Mercer qui
fait la comparaison des Etats en
fonction du nombre de jours de
vacances sur une année.
Avec 40 jours chômés, le pays
arrive au peloton de tête des
pays offrant le plus grand
nombre de jours de vacances.
«L’Algérie arrive 10e, suivie de
l’Autriche et de Malte, qui offrent
38 jours de vacances à leurs
travailleurs. Viennent ensuite
les Grecs et les Polonais qui
cumulent 37 jours de congé».
Sous d’autres cieux, comme
en France, l’évaluation de
l’incidence des jours fériés a
permis au MEDEF (patronat
français) d’avancer le chiffre
de 10 milliard d’euros de
perte par jour, soit 1% du
PIB de l’Hexagone. Le débat
sur la suppression d’un jour
férié, voire deux, a fait couler
beaucoup d’encre de l’autre côté
de la Méditerranée sans qu’il
aboutisse à un résultat. Les onze
jours fériés en France sont pour
l’instant maintenus, car d’autres
estimations, notamment celle
de l’INSEE (Institut national
des statistiques et études
économiques) ont revu à la
baisse l’incidence des jours
fériés l’estimant à «seulement 2
milliard d’euros par jour».
Le parallèle entre la France et
l’Algérie en matière d’impact des
jours fériés n’a pas lieu d’exister.
Certes, nous avons le même
nombre de journées «chôméespayées
», mais nos économies
sont totalement différentes. La
nôtre étant beaucoup moins
développée, moins industrialisée
et surtout moins diversifiée, car
l’impact des jours fériés diffère,
selon le secteur d’activité.

Pas si mauvais

S’il est clairement établi que
certains jours fériés boostent
la consommation comme l’Aïd
ou les fêtes de fin d’année,
des études ont aussi démontré
que ces jours off peuvent se
révéler extrêmement bénéfiques
pour certains segments
d’activité comme les loisirs, la
restauration ou le tourisme en
général.
L’exemple du «Diamond Jubilee»
est édifiant. Célébrant les
60 ans de règne de la reine
Elizabeth II, les Britanniques
ont eu droit à un jour férié de
plus. Des études ont rapporté
alors un impact économique
positif de l’ordre de 1.1 milliard
de livres. Le «jubilé» avait
entrainé un week-end prolongé
et les Britanniques en avaient
profité pour consommer plus,
notamment dans les restaurants
et les parcs de loisir.
Ces petits «break» sont
également «positifs» pour la
productivité et le moral des
travailleurs et c’est les DRH qui
le disent ! Selon un sondage
mené par la Society for Human
Ressource, 75% des DRH
estiment qu’«après un jour off,
un week-end prolongé ou de
petites vacances, les salariés
reviennent à leur travail plus
motivés et plus productifs
(jusqu’à 40% plus productifs
!).»
Enfin, les jours fériés sont un
facteur de cohésion sociale.
Réunis autours du diner de
Achoura, de la ‘’tamina’’ du
Mouloud ou du feu d’artifice
du 5 Juillet, les Algériens se
retrouvent et s’identifient à
leur culture et leur histoire et
politiquement parlant, cela n’a
pas de prix !

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