LOI DE FINANCES 2018 L’OPTIMISME DU GOUVERNEMENT

LOI DE FINANCES 2018 L’OPTIMISME DU GOUVERNEMENT

L’élaboration de la loi de finances 2018 a fait exception avec un e hausse de plus de 70% du budget d’équipement, alors même que ce budget devait être plafonné pendant 3 ans au niveau prévu dans la loi de finances de 2017. Une hausse exceptionnelle consentie dans l’espoir de booster la croissance. Dans cette équation risquée, c’est le financement non-conventionnel qui viendra combler le déficit du Trésor public.
Nesrine Charikhi

La situation des finances publiques est critique. Dans le souci de rétablir les équilibres budgétaires, la loi de finances 2017 avait plafonné les montants des budgets de fonctionnement et d’équipement. Mais le gouvernement a finalement changé de stratégie. L’année 2018 fera exception avec un budget de fonctionnement d’un peu plus de quatre mille milliards de dinars (soit 40 milliards de dollars). Ce budget va permettre à l’économie nationale de renouer avec la croissance car, en plus d’être dépendante de la rente des hydrocarbures, l’économie algérienne est largement soutenue par la commande publique, donc par le budget d’équipement. D’ailleurs, une bonne partie de ce budget sera consacrée
au règlement des dettes au titre de l’Etat, pour couvrir les déficits de Sonatrach et de Sonelgaz. Plus exactement, une enveloppe de 900 milliards de
dinars. Une autre enveloppe de 500 milliards de dinars sera versée à la CNAS. Cette hausse du budget d’équipement va également servir à relancer les projets gelés durant l’actuel exercice 2017 et à régler les créances des entreprises maîtres d’oeuvre. Raison pour laquelle les prévisions de croissance présentées par le ministre des Finances lors des débats sont plutôt optimistes. En d’autres termes, l’Etat compte, entre autre, sur la relance des secteurs des hydrocarbures et du bâtiment et des travaux publics pour impacter positivement la croissance. Selon Abderrahmane Raouia, les taux de croissance seront de +4% en 2018, 4,1% en 2019 et 4,8% en 2020.

Quid des projections du FMI et de la Banque Mondiale ?

Le ministre des Finances ira
même jusqu’à contredire les
prévisions de croissance établies
par les institutions financières
de Bretton Woods. Selon lui,
ces prévisions qui tablent sur
0,8% de croissance en 2018
ont été calculées avant que
l’Algérie n’ait décidé d’augmenter
exceptionnellement le budget
d’équipement. Abderrahmane
Raouia est affirmatif : «Les
prévisions du Fonds monétaire
international et de la Banque
Mondiale seront revues à la
hausse, une fois qu’ils auront les
bonnes données.»
Côté inflation, là encore, les
prévisions du ministère des
Finances sont en contradiction
avec les calculs des institutions
financières internationales.
Selon Abderrahmane Raouia, le
taux d’inflation devrait s’établir
autour de 5,5 % en 2018, 4
% en 2019 et 3,5 en 2020,
alors que le FMI, lui, prévoit
une inflation de 4,4% en 2018.
Mais pour les députés, les deux
prévisions sont discutables en
raison de l’augmentation de la
taxe sur les produits pétroliers,
qui va se répercuter sur les
tarifs des carburants, donc sur
les coûts de transport, et le
recours au financement nonconventionnel
qui suppose que
la Banque d’Algérie va éditer de
la monnaie, ce qui va engendrer
un effet inflationniste presque
mécanique.

Planche à billets : les montants et délais fixés

Finalement, la seule donnée
exposée par le ministre des
Finances devant les députés,
qui est de nature à rassurer,
est celle concernant la durée
du recours au financement du
Trésor public directement auprès
de la Banque centrale. Alors
même que l’amendement de
l’ordonnance sur la monnaie et
le crédit autorise le financement
non-conventionnel pour une
durée de cinq ans, ce sera
finalement trois ans, à en croire
les prévisions du ministère
des Finances. Aderrahmane
Raouia prédit une réduction
progressive du déficit du Trésor.
La Banque d’Algérie devra
financer le Trésor à hauteur de
570 milliards de dinars cette
année, 1815 milliards de dinars
en 2018 (en raison de la forte
hausse du budget d’équipement)
pour revenir à un niveau plus
supportable en 2019 où le
financement sera de l’ordre de
580 milliards de dinars. «En
2020, il est prévu de ne pas
recourir au financement nonconventionnel
», a affirmé le
ministre des Finances.
Cela n’empêchera pas le déficit
budgétaire de représenter plus
de 9% du PIB en 2018. Un
déficit qu’il faudra graduellement
absorber par la réduction des
dépenses et l’augmentation des
recettes fiscales.

Pouvoir d’achat menacé ?

Et même si la loi de finances
2018 prévoit une hausse de 7%
du montant dédié aux transferts
sociaux, les députés craignent
pour le pouvoir d’achat des
citoyens. D’autant que le budget
de fonctionnement prévu dans la
loi de finances 2018 a été amputé
de 7 milliards de dinars. Il s’agit
certes d’une légère baisse, mais
elle fera tradition dans les années
à venir puisqu’il n’est pas prévu
de remplacer les départs à la
retraite, ni de recruter dans la
fonction publique. A l’inverse,
la loi de finances 2018 comme
celles qui suivront prévoit une
hausse de 10% par an de la
fiscalité ordinaire de façon à
arriver, à moyen terme, à couvrir
la totalité des dépenses de
fonctionnement, uniquement
par les recettes de la fiscalité
ordinaire.
Ce n’est pas l’introduction d’un
impôt sur la fortune qui va
augmenter la part de la fiscalité
ordinaire. Elle augmentera, selon
le ministre, par «l’élargissement
de l’assiette fiscale ainsi qu’un
meilleur recouvrement auprès des
contribuables déjà identifiés». Le
ministère des Finances compte
également sur le développement
de nouveaux produits financiers,
tels que la finance dite islamique,
pour attirer les capitaux
thésaurisés et absorber une
partie de l’argent de l’informel.
A noter, enfin, que la loi de
finances 2018 a été élaborée
sur la base d’un prix référentiel
fiscal de 50 dollars le baril pour
la période 2018 -2020, avec un
prix de marché du baril du brut à
50 dollars en 2018 et à 55 dollars
en 2019 et 2020. Le prix du baril
et le cours du dollar restent donc
des éléments déterminants pour
le budget de l’Etat. Des éléments
pourtant exogènes, sur lesquels
l’Algérie n’a aucune prise.

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page