PERMIS À POINTS FIN DES RETRAITS DE PERMIS PROCHAINEMENT

PERMIS À POINTS FIN DES RETRAITS DE PERMIS PROCHAINEMENT

On l’attendait pour la fin de l’année 2017, le permis à points ne sera finalement opérationnel qu’en juin 2018. Le cadre juridique et institutionnel est déjà mis en place. Ce nouveau permis sera un instrument de lutte contre les accidents de la circulation et il mettra fin au retrait au bonheur des conducteurs.
Nesrine Charikhi

Appeler la moitié de son
répertoire pour tenter de
récupérer son permis,
ça sera bientôt du passé. Avec
l’introduction du permis à points,
les forces de l’ordre, les gendarmes
ou les policiers, n’auront plus le
droit de procéder à un retrait de
permis. C’est d’ailleurs la principale
nouveauté et «sans doute le
principal intérêt du permis à points
pour les citoyens», ironise Ahmed
Naït Hocine, directeur du Centre
national de prévention et de
sécurité Routière (CNPSR).
Comme son nom l’indique, le
permis de conduire à points
possède un capital initial de 24
points. Un capital susceptible d’être
revu à la baisse à chaque effraction.
Pour le non-port de la ceinture de
sécurité, le conducteur perd 04
points. Si par exemple, il dépasse
la limitation de vitesse ce sera 03
points de soustraits. Certaines
infractions peuvent carrément faire
perdre au conducteur plus de 10
points, c’est le cas pour la conduite
en état d’ivresse ou l’homicide
involontaire. Il faudra donc faire
attention car «24 points c’est
vite perdu» explique Mohamed
Affif, directeur technique chez HB
technologie, concepteur du permis
à points algérien.

Les points que l’on perd et récupère

Le but à travers la mise en
place du permis à points est de
responsabiliser le conducteu. Après
chaque infraction, il se remettra
en question et fera plus attention.
«Ce système a déjà fait ses preuves
ailleurs, à travers le monde, il n’y a
pas de raison que cela soit différent
en Algérie où 98% des accidents
de la route sont dus au facteur
humain», conclut le concepteur.
Une fois en service, un conducteur
verbalisé perdra certes des points,
mais bénéficiera d’une période
de sursis, une période durant
laquelle il gardera jalousement
ses autres points et fera tout pour
récupérer ceux qu’il a déjà perdus.
Le conducteur sera donc plus
prudent, plus regardant et plus
à cheval sur le code de la route,
et c’est exactement ça «l’objectif
escompté», selon Abdelhamid
Lahbib, expert en sécurité
routière. Selon lui, le permis à
points va avoir une action sur notre
manière de conduire en général.
«Du fait qu’il ne va plus y avoir de
retrait permanent, les gens vont
devoir changer de mentalité. Si un
conducteur perd trois points, il sera
obligé de faire attention». Cette
réflexion est en soi «une avancée»,
la sanction n’étant pas immédiate, le
conducteur disposera d’une période
de «sursis pour prendre conscience
de ses erreurs et des limites de sa
manière de conduire».
La durée justement de cette
période de «sursis» pour pouvoir
récupérer des points reste à
déterminer. C’est, d’ailleurs, l’une
des raisons qui retarde l’entrée
en vigueur du permis à points. La
nouvelle loi sur la sécurité routière
a, certes, était adoptée dans les
deux Chambres du parlement,
mais les décrets d’application n’ont
pas encore vu le jour. Il n’est donc
pas possible pour le moment de
savoir «combien de points nous
pouvons récupérer et au bout
de combien de temps», regrette
Tahar Hadj Nacer, ancien cadre au
ministère du Transport, aujourd’hui
consultant en sécurité routière. Des
indiscrétions parlent de deux points
récupérés au bout de deux ans,
comme c’est le cas dans d’autre
pays. Les différents mécanismes
de récupération restent à définir
pour le moment «Nous savons juste
qu’ils existent ! La loi prévoit deux
options : se tenir à carreau pendant
un laps de temps ou suivre un
stage de sensibilisation», précise le
consultant.

Ce qui va aussi changer

Repasser par la case formation.
C’est l’autre nouveauté qui
accompagne l’application du
permis à points. La loi prévoit
«des stages de formation et de
sensibilisation qui sont à la charge
des conducteurs et qui seront
dispensés par des établissements
spécialisés». Là, encore, les
modalités d’application seront
déterminées par un décret qui
est «actuellement à l’étude, mais
on sait déjà que cela ne sera pas
les auto-écoles qui vont dispenser
ces stages de formation», explique
Ahmed Naït El Hocine, directeur
du CNPSR qui précise que «les
conducteur dont le solde de points
est à 0 seront eux dans l’obligation
de suivre ses stages».
Une formation ou plutôt une
professionnalisation des chauffeurs
est une autre grande nouveauté.
Actuellement, les transporteurs, les
routiers et autres professionnels
de la conduite n’ont pas d’autre
formation ou qualification que le
permis de conduire. Avec la mise
en oeuvre de la nouvelle loi, tous
«les conducteurs dont le métier est
de transporter les voyageurs ou les
marchandises doivent suivre une
formation : le brevet professionnel
de conduite», selon Mohamed
Arerrar, P-DG de la SNTR (Société
nationale de transport routier) qui
doit dispenser ces formations.
La dernière, peut-être la plus
inattendue des nouveautés, sera
le prix de l’assurance automobile.
Avec l’application du permis de
conduire à points, les assureurs
pourront avoir accès au fichier
national des conducteurs et à celui
des infractions, ce qui permettra
la mise en oeuvre effective du
«bonus-malus». La base de
données des conducteurs et de
leurs différentes infractions sera
conjointe à tous les assureurs.
Ils pourront appliquer des tarifs
préférentiels au bon conducteur.
Ces derniers auront attendu
longtemps leur permis à point
et ils devraient bientôt le tenir
dans leurs mains. A noter que
le nouveau permis gardera la
même forme dans un premier
temps, ce qui veut dire que
«le grand document rose» fera
toujours partie de la vie des
automobilistes algériens.

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page