Son Excellence, l’ambassadeur de Hongrie,Mr László Püspök, à Dziri :

Son Excellence, l’ambassadeur de Hongrie,Mr László Püspök, à Dziri :

Dziri : en premier lieu, pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours avant de prendre vos fonctions d’ambassadeur ici, à Alger ?

Son Excellence : lorsqu’on m’a nommé ambassadeur à Alger, ce devait être certainement par rapport à mon parcours de diplomate, assez riche. J’ai été nommé deux fois chef de mission en tant que Consul général à Lyon et à Munich. J’ai même été ministre à Bruxelles. Je suis quelqu’un de dynamique avec un grand sens de l’humour. Je suis ambassadeur en Algérie depuis le 12 janvier 2011. J’ai même remis mes lettres de créances, le 6 février. C’est mon premier poste en tant qu’ambassadeur.

Connaissiez-vous l’Algérie avant d’avoir été être nommé ambassadeur ?
Je vais vous surprendre. Pendant les années 1990, j’étais directeur général d’Europe occidentale dans mon ministère. On m’a confié une mission dans les pays du Maghreb, à savoir le Maroc, la Tunisie et, bien entendu, l’Algérie. C’était en septembre 1983. Et cela a duré trois jours. J’avais une consultation diplomatique avec le ministère des Affaires étrangères algérien. C’est d’ailleurs la première fois que je découvre les locaux de l’ambassade de Hongrie et de la résidence qui se trouve à Bologhine (ex-Saint-Eugène). Donc je connaissais un peu votre pays avant d’avoir été nommé ambassadeur.

Quel bilan faites-vous, Excellence, des relations bilatérales entre votre pays et l’Algérie ?
Il y a un bilan dans notre âme et un bilan plus dur dans les chiffres. Le bilan spirituel est constant depuis des décennies, voire des siècles. Nos deux peuples se respectent et ont beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Nos deux peuples ont énormément souffert dans leurs luttes, dans leur histoire, pour arriver à vivre libre. D’où une amitié presque naturelle. Il est bon d’être Hongrois en Algérie, on bouge partout à l’intérieur de votre pays. Nous étions très présents en Algérie durant les années 60-70-80. Des milliers d’entreprises hongroises avaient contribué au développement de votre pays : construction de logements, d’hôpitaux, stades, barrages, produits pharmaceutiques, agricoles, pour ne citer que quelques exemples. Puis, nous nous sommes retirés devant l’horreur de la «décennie noire» que l’Algérie a traversée. Seulement, il est beaucoup plus facile de s’en aller que de reconquérir un marché perdu. Je suis nommé ambassadeur en Algérie pour que je fasse revenir les sociétés hongroises, pour profiter de cet extraordinaire «souvenir collectif d’amitié» des Algériens pour la Hongrie. Pensez à notre culture authentique et populaire, c’est tellement riche et tellement similaire que même Béla Bartók, l’un des plus grands compositeurs hongrois du XXème , siècle s’en est inspiré. Il est venu deux fois à Biskra, lors des années 30, pour enregistrer la musique populaire et authentique algérienne, qu’il utilisa par la suite dans la composition de ses oeuvres «ultramodernes».

Quels sont les principaux domaines d’échanges économiques entre les deux pays ?
Sans tomber dans les détails, le moteur actuel de nos échanges, et cela va se

montrer dans les chiffres de 2012, est l’agriculture. Nous sommes en quelque sorte «la plus petite grande puissance agricole», et l’Algérie a beaucoup à prendre et à apprendre d’elle. La visite de votre ministre en automne 2011, Mr Benaïssa, et la visite du nôtre, Mr Fazekas, du 5 au 9 mars 2012, est la preuve de la volonté des deux pays de développer des échanges. Une quinzaine de projets de coopération vont être lancés. Je reste convaincu que ces projets vont booster les chiffres de coopération cette année.

Justement, une délégation d’hommes d’affaires est attendue, entre le 31 mars et le 4 avril, pour discuter avec des responsables algériens sur les opportunités d’investissement en Algérie. Quelles sont les entreprises hongroises qui participeront à cette rencontre économique ?
Il y en aura plusieurs. On peut citer Steelvent 2000 Zrt créée en 1992 et spécialisée dans la fabrication de barres et des fils en acier, ainsi que des treillis soudés, des produits étirés ou laminés à froid, Pannon Simex spécialisée dans le traitement de déchets, ainsi que le recyclage et la réutilisation de pneus usés, la société Aquaprofit Zrt qui a une grande expertise dans les domaines des projets de protection de l’environnement et la gestion de l’eau et de l’exploration, de la planification, de la mise en oeuvre et du développement de sources d’eau. PannonPahrma, société dédiée au médicament et à la recherche, sera présente à cette rencontre, ainsi que la société Agrometal Kft spécialisée dans la production de mini-équipements et installations agroalimentaires. Il y aura également New-Image ; Mag ICS Holding ; Mediplan pour l’architecture ; Inthera Kft pour le médicament ; Biola pour les cosmétiques biologiques ; Diagon, distributeur des réactifs et des analyseurs d’hématologie, Ego-Flex System spécialisé dans le montage de cloisons et de faux-plafonds, Forex dans le secteur de la production et de la construction de maisons en bois, etc.

La Hongrie est aussi spécialiste dans l’architecture et la gestion des parcs zoologiques. Est-ce vrai que des experts hongrois s’occuperont de faire des études au Parc de Ben Aknoun ?
Oui, c’est vrai. Une délégation du Parc zoologique de Budapest se chargera de cette étude. Il faut savoir que la Hongrie regorge de parcs de ce genre. Celui de Budapest est l’un des meilleurs et des plus beaux du monde. On y vient de partout. Nos experts vont réhabiliter le zoo de Ben Aknoun, car le potentiel est énorme. 307 hectares en plein Alger, c’est extraordinaire. Nous allons donc travailler ensemble pour lui redonner des couleurs.

La Hongrie fait partie de l’espace Schengen, quelle est sa politique de visa vis-à-vis des Algériens ?
Il n’y a pas «une politique hongroise de visa», cela serait contre l’idée et la pratique de Schengen. Il y a une politique des pays de Schengen avec des règles et des technologies, ainsi qu’une collaboration étroite commune. Nous attendons tous les Algériens qui veulent rechercher des partenaires économiques, des possibilités de stages, qui veulent faire connaissance avec nos ONG, avec notre culture, avec notre beau pays et qui veulent montrer le  leur. Nous encourageons les liens dans le domaine sportif et entre les jeunes. J’encourage personnellement la création de partenariats entre les villes, les écoles, les universités, entre les chercheurs scientifiques, etc.

L’Europe traverse en ce moment une crise sans précédents, la Hongrie a-t-elle les moyens de se protéger contre ce séisme économique ou risque-t-elle de demander l’aide de ses partenaires, comme ce fut le cas pour la Grèce ?
Nous sommes très fermement décidés à ne pas suivre le chemin des précédents dont vous parlez. Et nous en avons les moyens. Quand nous avons accepté le dialogue avec la Commission européenne et le FMI, ce n’était pas pour demander de l’argent. Nous n’avons pas besoin de l’argent des autres, d’ailleurs il n’y a jamais d’aide «gratuite». Nous pouvons gérer notre dette sur le marché international des crédits. Mais pour avoir de bonnes conditions, nous acceptons et nous demandons aussi une sorte d’assurance, une garantie financière de la part du FMI. Pourquoi ? Parce que cela donne une impulsion de garantie et nous protégerait dans le cas où la crise déborderait. En Hongrie, on ne parle pas de «crise économique» : en 2011, nous avons pu conserver une augmentation du PNB de 1,7%. C’est un chiffre qui surprend même ceux qui veulent nous «punir», nous sommes dans une situation meilleure que la plupart des pays membres de la zone d’euro. Il est vrai que le gouvernement hongrois cherche à chaque fois une «solution hongroise» pour les problèmes hongrois, et cela peut paraître quelque fois «atypique», mais personne ne peut nous dicter, contre notre gré, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour nous. En Hongrie, c’est la crise des crédits familiaux, pris en francs suisses, qu’il faut résoudre en premier lieu, parce que cela touche actuellement 10% de la population, étant donné la faiblesse provisoire de notre devise, qui est le florin, vis-à-vis du franc suisse. C’est très grave. Le gouvernement a alors adopté des mesures non conventionnelles pour venir en aide à toutes les familles touchées : il a demandé aux banques d’accepter des sacrifices pendant trois ans, en contribuant pour une solution à cette tragédie. Autrement, le gouvernement hongrois encourage les PME, financièrement aussi, à créer des emplois. C’est la hausse de la production qui est le crédo de la politique économique gouvernementale, c’est avec cette méthode-là que l’on vise pour surmonter les difficultés. Pour stimuler ce processus, nous allons mener une diplomatie active non seulement en Europe, mais aussi sur le plan mondial, en Asie bien sûr, et cela est également valable pour l’Afrique du Nord où nous avons déjà pas mal d’atouts économiques, de par nos relations historiques. C’est dans ce sens que je travaille.

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