HAUSSE DU TAUX DE CHÔMAGE: SOS JEUNESSE À LA RECHERCHE D’EMPLOI

HAUSSE DU TAUX DE CHÔMAGE: SOS JEUNESSE À LA RECHERCHE D’EMPLOI

Rien ne va plus dans le monde du travail ! Au moment où le gouv ernement pr omet de multiplier les effor ts
pour préser ver les emplois en ces temps de crise, et de revoir sa politique pour lutter contre le chômage,
on apprend que ce dernier a encore connu une nette hausse en 2017 atteignant un taux de 12,3% soit 1,508
million de personnes lors du premier trimestre de l’année en cours.
Par Fares Mouffok

Le chômage en chiffres

En effet, d’après les chiffres
dévoilés par l’Office national des
statistiques, le taux de chômage
à l’échelle nationale aurait
augmenté de 1,8 % depuis
septembre 2016 où le taux était
à 10,5%. Parmi les secteurs les
plus touchés, l’ONS indique que
celui du BTP arrive en première
place avec un solde négatif de
91 000 personnes, suivi de celui
du commerce, les services et de 63 000 personnes contre
36 000 personnes pour celui de
l’industrie.
Influencé en partie par
l’augmentation du nombre
de la population active qui
a atteint 12,277 millions de
personnes contre 12,117
millions en septembre 2016,
soit une hausse de 1,3%, le
chômage concerne beaucoup
plus aujourd’hui les jeunes
âgés entre 16 et 24 ans. Une
catégorie d’âge dans laquelle
le taux de chômage a atteint
les 29,7% et cela en raison
du manque de qualification et
des diplômes de la formation
professionnelle qui sont
en parfait décalage avec
la demande du marché de
l’emploi. Preuve en est, le taux
de chômage chez les diplômés
de la formation professionnelle
est passé de 13% en septembre
2016 à 14,8% en avril 2017.
Pire encore, les diplômés de
la formation professionnelle
constituent 24,1% des sansemploi
contre 23,7% chez les
diplômés de l’enseignement
supérieur ; de quoi se poser
de sérieuses questions et
s’empresser de tirer la sonnette
d’alarme. Quant aux personnes
sans qualification aucune, le
19 DZIRI
taux de chômage est passé de
7,7% à 10,1% entre les deux
périodes de comparaison sus
citées. Mais ce qui important
de relever d’après les chiffres
de l’ONS, c’est que plus de
la moitié des sans-emploi, à
savoir 52,2 %, soit 787.000
n’ont aucune qualification ni
diplôme et que six chômeurs
sur dix sont considérés comme
des chômeurs à long terme,
ce qui signifie que 62,2%
cherchent un poste depuis une
année ou plus
l’administration publique avec
un solde négatif de 84 000.
En revanche, le secteur de
l’agriculture aurait enregistré,
pour sa part, un solde positif

L’avis de l’expert : une stratégie à revoir

Interrogé sur la hausse
vertigineuse du taux de
chômage dans le pays, l’expert
en économie, Abderrahmane
Mebtoul, n’a pas manqué de
pointer du doigt la politique de
l’emploi jusque-là pratiquée
par les autorités : «Le constat
est que certains responsables
vivent encore l’ère matérielle
des années 1970, pouvant
conduire le pays droit au
mur sans vision stratégique
susceptible de s’adapter au
nouveau monde. Par ailleurs,
les organismes chargés de
l’investissement et de l’emploi
agréent un maximum de
projets avec de nombreux
avantages financiers et fiscaux.
Or, il convient de se s’interroger
si ces projets s’insèrent
dans une vision globale du
développement du pays, s’ils
concernent des segments
porteurs de croissance
durable ou ne s’assimilentils
pas à un replâtrage par
la redistribution de la rente
pour calmer le front social. Il
existe un lien dialectique entre
développement et sécurité,
car sans un développement
durable, il y a nécessairement
accroissement de l’insécurité
qui a un coût croissant», juget-
il. Cependant, l’économiste
a estimé d’autre part,
que l’Algérie a toutes les
potentialités, sous réserves
de profondes réformes,
pour asseoir une économie
diversifiée garante de la
création d’emplois durables
et donc, de la stabilité de la
région méditerranéenne et
africaine. Comme solution à ce
fléau qui prend des proportions
inquiétantes, Abderrahmane
Mebtoul a préconisé a révision
de la politique d’emploi : «Il
existe une loi universelle, le
taux d’emploi est calculé en
fonction du taux de croissance
et des structures des taux
de productivité relevant
d’entreprises compétitives à
valeur ajoutée. L’on ne crée
pas des emplois par décret
ou volontarisme étatique,
la solution de facilité étant
la création d’emplois dans
l’administration. Le taux de
chômage officiel de 12,3%
pour avril 2017 % est
fortement biaisé, incluant
les sureffectifs tant dans des
administrations que dans des
entreprises publiques, des
emplois temporaires fictifs (5
mois non créateurs de valeur
ajoutée, comme par exemple
pour faire et refaire des
trottoirs) et les emplois dans
la sphère informelle», a-t-il
souligné, ajoutant, par ailleurs
qu’«il y a urgence de vision
stratégique pour dépasser la
situation actuelle en ce monde
en perpétuel mouvement. Un
discours de vérité s’impose loin
de la langue de bois. Le constat
est que l’Algérie doit se doter
d’un marché concurrentiel
productif, et non pas d’une
économie étatisée», mettant
l’accent sur «les difficultés
de la régulation tant sur
les plans politique et social
qu’économique».

Le pré-emploi, le maillon faible du monde du travail

Offrant la plupart du temps
un premier job aux jeunes
diplômés, qu’ils soient issus
de la formation professionnelle
ou de l’enseignement
supérieur, le secteur du préemploi
n’a pas échappé a
l’austérité. Face à la crise
économique, plus de 145 000
contrats ont été résiliés ou
non renouvelés depuis 2016.
Activant essentiellement dans
les secteurs des communes,
administration publique ou
santé, les travailleurs en préemploi
s’apprêtent à vivre
un réel calvaire surtout en
l’absence d’une stratégie
pour leur réinsertion dans la
société. Autre problème qui
accentue le phénomène du
chômage, l’absence d’une
étude du secteur de l’économie
permettant de distinguer les
réels besoins du marché du
travail en encourageant la
politique de la formation de
jeunes, selon les données
récoltées et non pas s’investir
dans un cursus de formation
sans possibilité d’embauche.
«Le problème des jeunes
Algériens c’est qu’ils se sont
habitués à la rente de l’Etat
et croient qu’il est facile de
créer sa propre entreprise du
jour au lendemain. Le pire
c’est qu’ils sont soutenus par
le gouvernement qui multiplie
les efforts pour acheter la paix
sociale, à travers l’effacement
des dettes des bénéficiaires du
programme Ansej, ce qui est
complètement aberrant ! Quant
aux formations proposées
pour les jeunes qui n’ont
pas eu la chance d’accéder à
l’université, elles ne répondent
pas à la réelle demande du
marché du travail ; il faut que
les stagiaires aillent vers les
secteurs demandeurs qui sont
actuellement ceux des énergies
renouvelables et automobile»,
insiste l’expert en économie,
Ferhat Aït Ali. De son côté ,
le ministère de la Formation
professionnelle tente tant
bien que mal d’améliorer les
performances de son secteur et
ce, en opérant cette année une
réelle réforme des diplômes,
introduisant de nouvelles
spécialités et surtout, en
concluant des partenariats avec
des entreprises nationales pour
former et embaucher les jeunes
stagiaires.

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