LOTFI BOUCHOUCHI RÉALISATEUR DU FILM « LE PUITS » : « UN CINÉMA D’ÉMOTIONS ET NON PAS DIDACTIQUE »

LOTFI BOUCHOUCHI RÉALISATEUR DU FILM « LE PUITS » : « UN CINÉMA D’ÉMOTIONS ET NON PAS DIDACTIQUE »

LOTFI BOUCHOUCHI EST LE RÉALISATEUR DU LONG MÉTRAGE
FICTION « LE PUITS », QUI A DÉCROCHÉ LE BILLET POUR LA
COMPÉTITION OFFICIELLE DE LA 89E ACADEMY AWARDS DES
OSCARS, QUI SE DÉROULERA À LOS ANGELES, EN JANVIER
2017, REVIENT DANS CETTE INTERVIEW SUR LA RÉALISATION
DE SON FILM ET LE REGARD QU’IL PORTE SUR LA SITUATION DU
CINÉMA EN ALGÉRIE.
Interview réalisée par : Farid Bouhatta

Dziri Magazine : Tout d’abord, comment avez-vous eu l’idée de réaliser « Le Puits » ?

Lotfi Bouchouchi : Au départ,
la réalisation du film « Le Puits »
répond à l’appel à projet lancé
par le ministère de la Culture en
2011, qui consiste à soumettre
des candidatures dans le cadre
de la manifestation du « 50e
anniversaire de l’indépendance »,
dont le scénario a été retenu à
l’unanimité par la commission de
l’étude des projets. Mais avant
tout, le scénario du film, produit
par l’Agence algérienne pour le
rayonnement culturel (AARC) et
le Centre national de cinéma et de
l’audiovisuel (CNCA), a été écrit en
1968 à partir d›une nouvelle de
mon oncle, Mourad Bouchouchi,
ancien lieutenant de l’ALN et exdirecteur
de la formation et de la
production cinématographique
auprès du ministère de la
Culture. Cette nouvelle, de trois
pages, a été adaptée par Yacine
Mohamed Benelhadji, après une
longue haleine de travail avec lui
sur l’adaptation et le choix des
personnages. Finalement, on a
pu mettre en place ce premier
long métrage fiction. En fait, « Le
Puits » relate une tragédie - qui
n’est pas loin de celle grecquedans
un village du sud algérien
assiégé par une section de l’armée
française suspectant d’abriter
des moudjahidine ayant décimé
un commando et des militaires
français jetés dans un « puits » qui
desaffecté. Les habitants du village
seront confrontés à la soif et à la
sécheresse, où le choix de la mort
serait une « volonté de vivre ».

Dans votre premier long métrage, vous traitez une halte historique de la guerre de libération nationale, deux ans avant l’indépendance, et ce, d’une manière totalement différente par rapport à celles traitées déjà. Est-ce un choix ou cela renvoie-t-il à d’autres considérations ?

Effectivement, cela renvoie au
background du réalisateur (moimême,
rire) et ce, sur la manière
de traiter un film sur la révolution
59 DZIRI
algérienne. J’ai voulu donner une
vision universelle de la résistance
algérienne.
Pour vous dire, chaque scénariste
a sa propre vision sur la manière
d’aborder et traiter un phénomène.
C’est un choix qu’il faut assumer.
Nous sommes partis d’un point
très important à nos yeux, c’est
celui de faire parler tout un peuple,
notamment les moudjahidine et
moudjahidate. Nous ne sommes
pas dans la didactique. Les Algériens
d’aujourd’hui n’ont pas besoin de
leur enseigner les dates historiques
de la révolution algérienne. Dans
ce film, j’ai voulu maitre en avant
la résistance et le courage des
Algériens, et surtout des femmes,
face au colonialisme français. La
résistance à l’occupation française
fut nationale. Je ne voulais être
d’aucune région d’Algérie. C’était
voulu, y compris pour le choix des
costumes. Tout un peuple a résisté.
J’ai essayé de rassembler, dans ce
petit village, toutes les tendances
algériennes. On a fait ce qu’on sait
faire et ce qu’on aime faire.

C’est peut-être le secret de votre distinction à la participation aux Oscars 2017, n’est-ce pas ?

Tout ce qui est différent est
intéressant. Je tiens à vous dire que
ce film ne ressemble pas aux autres
du même créneau. Nous avons pu
nous distinguer des autres, tout en
apportant notre touche originelle.

Quel est selon-vous le message que vous voudriez passer à travers le film en question ?

Avant tout, Le Puits est un message
universel d’amour, bien qu’il soit du
genre fiction et de Drama. C’est
aussi un hommage au peuple
algérien qui a souffert pendant la
guerre de la libération nationale.
Par ailleurs, il existe aussi plusieurs
messages, la résistance et le
combat des femmes et enfants
algériens, l’attachement à la
religion, le puissant contre le faible,
l’enjeu de l’eau, entre autres.

Des personnalités historiques qui ont marqué la révolution algérienne ne sont pas présentes dans votre film, pourquoi ?

Ce film ne relate ni le parcours,
ni l’engagement d’un personnage
historique ou un révolutionnaire
de la première heure. Il en existe
beaucoup de ce genre. Je voulais,
à travers Le Puits, faire parler les
petites catégories de la société de
cette époque, qui ont beaucoup
souffert. Pour vous dire encore une
fois, mon film met en avant l’image
microscopique du peuple algérien.
C’est un cinéma d’émotion et non
didactique.

On remarque également que la gent féminine est fortement présente dans votre film. Estce un choix ?

Effectivement, le rôle de la femme
détient une place très importante
dans ce long-métrage. C’est un
choix. C’est la raison pour laquelle
j’ai choisi de sortir du cliché
des rôles joués par les femmes
représentées dans les films de la
guerre de libération algérienne,
notamment celles des infermières
ou encore celles qui préparaient de
la galette aux moudjahidine. Leur
combat ne se limite pas à ça. Elles
ont tout le mérite de raconter leur
vie. C’est pour vous dire encore une
fois que le rôle de la femme dans ce
film est capital.

Quel est votre sentiment après la sélection de votre film pour la compétition officielle de la 89e Academy Awards des Oscars janvier 2017 ?

Personnellement, je suis très
content d’être sélectionné parmi les
85 films qui seront en compétition
lors de cette manifestation
culturelle internationale. Une fierté
aussi d’y représenter l’Algérie.
Toutefois, la concurrence est plus
que rude pour choisir, dans la
phase première de la compétition,
les 9 meilleurs films parmi les 85
qui seront votés par les 500 jurys.
Donc, pour avoir une forte chance
d’être sélectionné dans la « Shurt-
List » et passer à la seconde phase
(5 films seront retenus durant cette
phase, ndlr), nous devons avoir au
départ une forte visibilité de notre
film, avec une forte compagne
de publicité et distribution. Nous
n’avons malheureusement pas de
distributeur aux USA qui pourrait
faire la promotion de notre film
durant cette manifestation. Il faut
sensibiliser le maximum de votants
pour être retenu. Pour vous dire
encore une fois, si vous n’avez pas
de forte visibilité au départ du film
pour être vu par les électeurs, vous
risquez d’être recalé aux Oscars,
c’est à cela que nous sommes
confrontés. Il y a un gros travail de
promotion à réaliser.

Justement, parlez-nous de la promotion de votre film. Avez-vous eu un soutien des responsables du secteur de la culture ?

Pour vous dire en tout honnêteté,
je préfère ne pas prononcer un mot
sur cette question. Notre bilan sera
publié dès mon retour des Etats-
Unis. Je dévoilerai aux Algériens
ceux qui nous ont financés et ceux
qui nous ont fermé la porte.

Quel regard portez-vous, justement, sur la situation cinématographique en Algérie ?

En trois mots : c’est un immense
chantier ! Tout est à refaire, que
ce soit au niveau de la production
cinématographique, de la
distribution ou de la promotion des
films, l’exploitation et la disponibilité
des salles de cinéma, etc.

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