IL M’AIME MAIS ME CONFOND AVEC UNE FEMME DE MÉNAGE

IL M’AIME MAIS ME CONFOND AVEC UNE FEMME DE MÉNAGE

BALAYER, NETTOYER, REPASSER, CUISINER ET PUIS RECOMMENCER CES CORVÉES LE
LENDEMAIN ET TOUS LES JOURS QUE DIEU FAIT. PENDANT QUE MADAME S'ÉCHINE À TOUT
LUSTRER EN S’AGITANT COMME UNE PUCE, MONSIEUR EST CONCENTRÉ. CHUT ! PAS DE
BRUIT. IL NE FAUT SURTOUT PAS LE DÉRANGER PENDANT QU'IL REGARDE FC BARCELONEREAL
MADRID. LA TÉLÉ HURLE À FOND DANS LE LIVING ROOM, VITE TRANSFORMÉ EN
PORCHERIE. MONSIEUR ÉPARPILLE DES MIETTES DE CHIPS PARTOUT EN GRIGNOTANT.
Par LYDIA NESLI

C’est le pompon !

Ces scènes se répètent à l'infini
dans la plupart des foyers. Les
épouses enchaînent plusieurs
journées en une. Les maris
sont aux abonnés absents.
Ils ne les aident même pas à
lever un bout de paille. Drôle
de manière d'envisager une
vie harmonieuse à deux au 21e
siècle. Les épouses se rebiffent !
Il était grand temps.

Bouge de là !

«La prochaine fois qu’il me
susurrera, « je t’aime » à
l'oreille, je l'étrangle » grince
Ikram (27 ans). La jeune maman
est à deux doigts de faire un
burn out. Ne cherchez-pas
dans le dico.’ Burn out’ signifie
surmenage. Ikram connaît la
raison de sa grosse fatigue. «
Il y a sept mois, je mettais au
monde mon premier enfant.
Un moment de grand bonheur
mais un surplus de travail
because zéro coup de main à la
maison. En fait, j'ai découvert
que je n'avais pas un enfant
mais deux. L’aîné c'est mon
époux. Imaginez le topo. Nous
rentrons du travail ensemble
après une longue journée de
boulot. Lui, s’affale directement
sur le canapé. A peine le temps
de changer la petite, et je file
dare dare à la cuisine préparer
le dîner. Je cours entre ma
cocote minute et mon bébé. Je
lui donne un biberon, lui met
dans son berceau, puis revient
aux fourneaux. C'est à peine si
Monsieur consent à mettre les
couverts et à couper le pain, en
grognant car en général il est
en face d'un jeu télévisé, Money
Drop sur TF1, pour ne pas le citer.
Macho, jusqu’aux bouts des
IL M’AIME
BALAYER, NETTOYER, REPASSER, CUISINER ET PUIS RECOMMENCER CES CORVÉES LE
LENDEMAIN ET TOUS LES JOURS QUE DIEU FAIT. PENDANT QUE MADAME S'ÉCHINE À TOUT
LUSTRER EN S’AGITANT COMME UNE PUCE, MONSIEUR EST CONCENTRÉ. CHUT ! PAS DE
BRUIT. IL NE FAUT SURTOUT PAS LE DÉRANGER PENDANT QU'IL REGARDE FC BARCELONEREAL
MADRID. LA TÉLÉ HURLE À FOND DANS LE LIVING ROOM, VITE TRANSFORMÉ EN
PORCHERIE. MONSIEUR ÉPARPILLE DES MIETTES DE CHIPS PARTOUT EN GRIGNOTANT.
Par LYDIA NESLI
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orteils, mon mari a été élevé
ainsi par sa maman : c'est aux
femmes que sont dévolues les
tâches domestiques. Quand je
lui rappelle que j’ai aussi un job
comme lui et que je rapporte
un salaire, il s’en sort avec une
pirouette du style ' Je ne t'ai rien
demandé'. Plutôt rageur comme
commentaire. Je continue à
bosser mais désormais je fais
la grève de la popote. Je prends
le temps de me détendre et de
jouer avec ma fille en rentrant.
Et quand il crève la dalle,
mon compagnon se lève pour
préparer à manger. Je crois qu'il
a commencé à prendre le pli. Il
n'a pas le choix ».

Les choses ont changé

Fariza (43) ans dont un quart
de siècle de vie conjugale tient
à partager son expérience :
«C’est vrai que les Algériens
ont tendance à reproduire
les schémas traditionnels. La
femme s'occupe du foyer. Elle
cuisine, élève ses enfants, fait le
ménage. Mais ça, c'était avant.
De nos jours, les femmes ont
un travail, et gagnent aussi leur
vie. Il est donc logique qu'il y ait
une égalité dans la répartition
des tâches ménagères. Au
début de mon mariage, j'ai été
confrontée à ce problème. Je
me tapais tout le boulot pendant
que mon époux avait le loisir de
se détendre plus que de raison.
Il aimait aussi inviter sa famille
à manger sans mettre la main
à la pâte. Exaspérée, j'ai fini
par me rebiffer. Plus jamais,
je n'accepterai de recevoir de
convives s'il ne prêtait pas main
forte. Et ce serait comme ça
pour tous les autres aspects de
la vie quotidienne. Mon conjoint
a été sensible à mes arguments.
Il ne se rendait pas compte que
c'était trop de charges pour
moi. Il avait vu sa maman et
ses soeurs servir les mâles de
la maison et avait grandi avec
cette image. Depuis, la donne
a changé. On partage tout. Pas
de honte. Pas de tabou. Moins
fatiguée, je suis plus réceptive
à mes enfants. Et surtout je ne
rumine pas cette colère qui me
faisait du mal, au début ».
Hacen, 36 ans, marié depuis
quatre ans et papa d'un garçon
depuis deux ans. Il assure
qu'il aime trop sa femme
pour la voir s'épuiser comme
une pile. « Ma moitié et moi
travaillons dans la même boîte
d’informatique. Nous avons la
même charge de travail et je
trouve complètement égoïste de
la laisser se dépêtrer seule avec
les corvées domestiques. J'aime
bien cuisiner. Ça me détend de
préparer des petits plats. J’ai
toujours vu mon père aider ma
mère. Encore aujourd'hui, à 71
ans, il continue à le faire. Chez
nous, c'était tout à fait naturel.
Il n'y a aucun tabou à cela. La
barrière se situe dans les esprits.
Je participe à toutes les tâches
ménagères, y compris le lavage
du sol. Vivre en harmonie avec
sa moitié, c'est aussi refuser
qu'elle devienne une esclave ».

Les dur à cuire

Badis (41 ans) ne lèvera pas un
doigt pour filer un coup de main
à son épouse « Il y a des choses
qui me paraissent dégradantes
pour un homme. Mettre ses
mains dans le "nechef", ou
torcher un bébé, casserait
son image virile. Le pacte est
établi entre ma femme et moi.
Moi l'extérieur, elle le foyer.
Personne n’empiète sur le
terrain de l’autre et les vaches
seront bien gardées ».

Bla bla bla !

Malia (31ans) mariée depuis
quatre ans, n'est pas près de se
laisser faire.
« Quand mon mari essaime ses
fringues sur le dos des chaises,
qu’il balance ses chaussettes
et caleçons à l'est et à l'ouest
et qu'il laisse les poils de son
rasage dans le lavabo, je vois
rouge. Je lui demande juste de
ranger un peu, de ne pas mettre
le bazar, parce que je suis un
être humain, pas un robot.
Bla bla bla. Il fait un effort
trois jours et reprend vite ses
mauvaises habitudes. Je repique
une colère. On se dispute. C’est
toujours la même rengaine.
Incorrigible mari. C'était mieux
quand j'étais célibataire ! ». Et
si les femmes et les hommes
faisaient la paix une bonne fois
pour toute sur ces questions
d’entraide ? Il y aurait à coup
sûr plus d’harmonie dans les
chaumières. A méditer ce
proverbe coréen : "Même une
feuille de papier est plus légère
si on la porte à deux".

Feriel (35 ans) est pour le partage des
corvées domestiques. « Si mon époux ne
m'aide pas, je prends mes cliques et mes
claques et je sors. Je vais chez mes parents
ou m'attabler avec mes copines. Je laisse
tout en plan. Ça lui donne à réfléchir. Du
coup, il se bouge Je veux venger toutes nos
grand-mères qui se sont usées très jeunes
pour leurs mari, père, frères sans jamais un
geste de reconnaissance en retour ».

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