COMMERCE INFORMEL: POURQUOI L’ÉCONOMIE PARALLÈLE A LA PEAU DURE

COMMERCE INFORMEL: POURQUOI L’ÉCONOMIE PARALLÈLE A LA PEAU DURE

DE PLUS EN PLUS VISIBLES, LES MARCHÉS INFORMELS SONT DE RETOUR UN PEU PARTOUT
DANS LE PAYS, PROFITANT D’UNE PASSIVITÉ PRESQUE COMPLICE DES INSTITUTIONS DE L’ETAT.
TROTTOIRS RÉINVESTIS, QUARTIERS SQUATTÉS, DES ZONES DE NON DROIT OÙ PROSPÈRENT
LES COMMERCES NON OU PEU DÉCLARÉS, ZONES URBAINES COMPLÈTEMENT ACQUISES AUX
IMPORTATEURS DE TOUS GENRES…
Yani T

L’informel retrouve ses temps
de gloire à l’heure où les bons
contribuables font face à la fois
au marteau du fisc et à l’enclume
des services du commerce.
Depuis 2012, date de la dernière
offensive opérée contre certains
circuits invisibles de l’économie,
les institutions de l’Etat se sont
illustrées par leur absence sur
le front de la lutte. L’informel
reprend du poil de la bête jusqu’à
s’ériger en parfaite menace contre
l’économie, accaparant désormais
une part de 40% de l’économie,
à en croire certaines estimations.
Rien qu’en 2016, pas moins de
44 nouveaux marchés informels
ont fait leur apparition, indique
un récent rapport du ministère
du Commerce. Mais ce n’est
que la face visible d’un iceberg
qui menace l’économie du pays
qui, faut-il le rappeler, peine
à s’insérer dans le commerce
mondiale, en raison, en partie,
de la prolifération des circuits
informels. La face invisible
implique des fléaux économiques
beaucoup plus grave et nuisible
tant pour l’économie que pour la
sécurité du pays, dont l’évasion et
la fuite fiscale, le crime organisé,
le blanchiment d’argent, les trafics
de tous genres…etc.

Les économistes sont aujourd’hui presque
unanimes, si l’informel se développe,
c’est que le plan de lutte et la volonté
politique d’en finir suscitent encore nombre
d’interrogations. Le’ njeu est crucial notamment
en cette période de déprime financière où
le gouvernement ne cessait de multiplier
les prêches pour ramener au droit chemin
l’ensemble des « brebis égarées ». Le messie
peinait à convaincre, c’est pourquoi le pari de
taxer et de bancariser l’économie informelle
par le moyen de dispositifs d’inclusion
financière –à savoir la mise en conformité
fiscale, les produits bancaires et financiers non
rémunérés- est en train de faire choux blanc.

Réquisitoire
Alors qu’il était question de
débattre essentiellement de la loi
sur le règlement budgétaire 2014,
des députés mettaient en garde
contre la prolifération de l’informel
et des fléaux qui gravitent
autour de lui. En effet, des
parlementaires ont jugé décevant
qu’au vu des objectifs fixés en
matière de collecte d’impôts que
tous les contribuables, mauvais
et bons, ne soient pas logés à
la même enseigne. Sadi Fouzia
Bensahnoune, députée RND, n’a
pas hésité à interpeller le ministre
des Finances sur cette espèce
d’«injustice devant l’impôt» qui
y prévaut. Allusion faite à cette
pression fiscale que fait subir
la loi de finances 2017 sur les
bons contribuables, à l’heure où
l’économie informelle prospère
sans répit, profitant d’une passivité
presque délictuelle des pouvoirs
publics. Un éclairage qui explique
largement les égarements et
17 DZIRI
les choix peu orthodoxes d’un
gouvernement en manque de
volonté pour en finir avec un
poison qui menace l’ensemble
de ses options économiques.
Le réquisitoire des députés qui,
en réalité, dit tout haut ce que
pensent tout bas l’ensemble des
économistes, était, pour tout
dire, l’énième alerte donnée
avant que la gangrène n’atteigne
une proportion plus élevée
de l’économie. Alors que les
parlementaires s’intéressaient à
l’aspect sécurité, les économistes
évoquent un manque à gagner de
3700 milliards de dinars au canal
bancaire, des milliers d’autres
milliards de dinars au fisc et au
trésor…etc. Ils ne se faisaient
aucune illusion sur la faiblesse
des dispositifs mis en place pour
capter les montants de l’évasion
fiscale, ceux des transactions
commerciales non déclarés et
tous les capitaux en circulation
hors du canal bancaire. Dans la
vision officielle qui a toujours
cours et qui est encore largement
décriée tant par les économistes
que par les concernés parmi les
détenteurs de fonds dans les
circuits invisibles de l’économie,
c’est la politique des petits pas
et des yeux doux qui semble être
privilégié.

Des résultats en demi-teinte
En 2016, le gouvernement
a mis en marche l’opération
dite de mise en conformité
fiscale volontaire, adressée aux
fortunes prospérant en dehors
du circuit bancaire, appuyée par
un emprunt obligataire national,
dont des bons anonymes sont mis
à la disposition de la même frange
de contribuables. Les résultats de
cette amnistie fiscale déguisée se
sont révélés en demi-teinte. Mais
le gouvernement ne désespère
point et promet de nouvelles
mesures toutes aussi douces et
non contraignantes ; produits
bancaires non rémunérés et
emprunts obligataires dont le
taux d’intérêt est indexé à celui de
la croissance, selon les promesses
du ministre des Finances, Hadji
Baba Ammi. Mais ce dernier
n’hésite pas à brandir l’étendard
de carotte et le bâton face aux
mauvais contribuables, au nom
de la politique d’optimisation
des ressources de la fiscalité
ordinaire. Le premier argentier
du pays prévoit une multiplication
des contrôles fiscaux, une
modernisation de l’administration
fiscale par le moyen d’un système
informatique performant, la
hausse de ses effectifs…etc. A
l’Assemblée, le ministre estimait,
à mots couverts, que son
plan devait prendre en charge
l’objectif de hausse de la fiscalité
ordinaire, mais ne souffle mot
sur les autres fléaux qui gravitent
autour de l’économie informelle.
Il affichait néanmoins une volonté
de pousser le bouchon plus loin
que ses prédécesseurs, estimant
qu’un bon dispositif de lutte
nécessitait du temps pour qu’il soit
performant et efficient. Pourquoi
cette volonté d’en finir ? C’est que
le gouvernement ne sous-estime
plus l’effet du choc externe sur
les finances publiques et estime
qu’une action de réforme rapide
était en mesure de sauver les
meubles. Le gouvernement n’a
de choix donc que de retrousser
les manches et d’engager
des réformes structurelles
capables d’affranchir le pays
de la dépendance aux recettes
pétrolières.

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page