ECOLE CHERCHE ENSEIGNANT DÉSESPÉRÉMENT

ECOLE CHERCHE ENSEIGNANT DÉSESPÉRÉMENT

C’est un r ecord ! Ils sont plus
de neuf millions d’élèves à
rejoindre les bancs de leur s
écoles. Le chiffre est en constante
augmentation et le ministère
de l’Education n’a d’autre choix
que de recruter à tour de bras
des enseignants. Des concours
de recrutement sont organisés
cycliquement. Dos au mur, le
département de Nouria Benghabrit
est contraint d’embaucher en
quantité au détriment de la
qualité…
Par Nesrine Charikhi

Avec son cartable Paw
Patrol et son tablier bleu,
Aymen emprunte, à 6
ans, pour la première fois, le
chemin de l’école. Il fait partie
des 270 000 nouveaux inscrits
pour la rentrée scolaire 2017-
2018. Le jour J et devant la
porte de l’établissement, Aymen
fait la fierté de ses parents.
Le même jour, au ministère
de l’Education, Aymen devient
une statistique, une «place
pédagogique».
Comme Aymen, ils sont neuf
millions d’écoliers pour lesquels
il faudra assurer des manuels
scolaires et tout le matériel
pédagogique nécessaire. Le
ministère de l’Education, quant
à lui, est dans l’obligation de
garantir un enseignement assuré
par des professeurs et c’est là,
le plus grand défi auquel est
confrontée l’école algérienne.
Officiellement, ils sont 459 100
enseignants répartis à travers
les 27 000 établissements
scolaires que compte le pays. Il
faudrait «200 000 enseignants supplémentaires pour arriver
aux normes internationale»,
estime Meziane Meriane,
coordinateur du SNAPEST. Son
constat est sans appel : «Les
élèves sont de plus en plus
nombreux et les enseignants en
sous-effectif flagrant.» Ce qui
a eu pour conséquence «une
surcharge» des classes.
Face à l’urgence de la
situation et malgré le gel des
recrutements dans la fonction
publique, le ministère de
l’Education recrute annuellement
des milliers de jeunes
enseignants. Selon Nouria
Benghabrit, «plus de 104 000
enseignants ont été recrutés
entre 2016 et 2017». Le jour de
la rentrée, 20 000 enseignants
dispenseront des cours pour la
première fois, sans avoir été
formés pour cela.
On ne s’improvise pas
enseignant !
Obtenir le baccalauréat
et avoir fait des études
universitaires suffisent pour
postuler un poste dans le
secteur de l’éducation. Un
état de fait qui fait grincer les
dents de Zoubida Maamria.
La psychopédagogue
s’indigne : «Il faut avoir fait
de la médecine pour devenir
médecin. Avoir un diplôme
en droit pour être avocat.
Alors comment un licencié
en océanographie ou en
bibliothéconomie peut devenir
enseignant ?» La question
trouve sa réponse dans la
«pénurie» d’instituteurs et le
besoin «urgent» d’en recruter.
Le ministère se dit «contraint»
de recourir à ce mode de
recrutement généralisé.

Une précipitation que
Zoubida Maamria regrette,
car «le métier d’enseignant
s’apprend» dans les Ecoles
normales supérieures. Les
contenus pédagogiques et
didactiques y sont étudiés et
adaptés à la psychologie de
l’enfant. L’Algérie n’en compte
que onze écoles de ce type
et ne répondent qu’à 10%
des besoins exprimés par le
secteur de l’éducation.
A l’horizon 2030, Nouria
Benghabrit s’est engagée à
ce que «tous les enseignants
soient des sortants de l’ENS».
Mais en attendant, la ministre
de l’Education opte pour
une formation pédagogique
préparatoire. Les 10 000
enseignants admis au dernier
concours du mois de juin
dernier ont déjà bénéficié
d’un «cycle de formation».
Pas assez, répondent les
syndicats : «On n’apprend pas
les rudiments du métier en 15
jours».
Améliorer la formation
Devant la nécessité de
recruter, il y a l’impératif
de former aux métiers
de l’enseignement. Les
spécialistes recommandent
«une année d’immersion» où
les enseignants nouvellement
recrutés assistent aux cours
de leurs collègues. Par
manque de moyens et de
temps, le ministère a choisi
des formations ponctuelles
où des enseignants
formateurs assistent et
encadrent les nouveaux
enseignants dans leurs
classes.
L’intersyndicale de
l’éducation a également
proposé que les volumes
horaires de certains
enseignants soient diminués
pour leur permettre de
s’impliquer dans l’élaboration
et le contenu des cours
dispensés. Mais le besoin
est tel qu’il est impossible
de généraliser la mesure
dans tous les établissements
du pays. Les inspecteurs et
les différentes directions de
l’éducation font donc «au
cas par cas» pour tenter
d’accompagner aux mieux les
nouveaux enseignants.
Conscient de l’importance de
l’encadrement pour le succès
de la réforme, le ministère
a décidé de se donner les
moyens pour atteindre cet
idéal. Cette année, la rentrée
scolaire est placée sous le
slogan «Tous mobilisés pour
une école citoyenne», comme
pour rappeler la nécessité de
l’implication de tous pour une
école de qualité.

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