OUYAHIA L’ÉTERNEL RETOUR

OUYAHIA L’ÉTERNEL RETOUR

Ahmed Ouyahia revient pour la quatrième fois à la tête de l’Exécutif. Il est nommé Premier ministre par le président
Bouteflika qui opère également un léger remaniement dans le gouvernement. L’ère Abdelmadjid Tebboune est
définitivement tournée. Son successeur doit, d’ores et déjà, gérer de gros dossiers : la rentrée sociale, les élections
locales et la loi de Finances 2018 q ui risque de rendre Ahmed Ouyahia encore plus impopulaire qu’il ne l’est déjà.
Par Nesrine Charikhi.

Le temps d’un été,
Abdelmadjid Tebboune n’aura
pas droit à plus. Il a tenu très
exactement 86 jours. Nommé
dans la foulée des résultats des
législatives du mois de mai, il
sera démis de ses fonctions le 15
août, le lendemain de son retour
de vacances. Un communiqué de
la présidence de la République
annonce qu’«après consultation
de la majorité parlementaire,
le Président a nommé Ahmed
Ouyahia, Premier ministre». Le
chef de cabinet de la Présidence
et SG du RND retrouve pour la 4e
fois son bureau au palais
Dr Saâdane. Le président de la
République opère également un
léger remaniement ministériel.
Le 18e gouvernement sous le
règne Bouteflika est nommé.
Abstraction faite du cas Messaoud
Benaggoun, nommé ministre
du Tourisme «par erreur».

Le remaniement a touché
trois départements, ceux du
Commerce, de l’Industrie et
de l’Habitat. Mahdjoub Bedda,
Ahmed Saci et Youssef Chorfa
sont remplacés respectivement
par Youcef Yousfi, Mohamed
Benmeradi et Abdelwahid
Temmar. Pour le politologue
Yahia Mekhioba, «ils ont été
remerciés pour avoir soutenu
et appliqué les décisions prises
par Abdelmadjid Tebboune».
La volonté clairement affichée
de l’ancien Premier ministre de
restructurer et de dynamiser
l’industrie automobile, de mettre
de l’ordre dans les importations
en élargissant le mécanisme
des licences, «dérange»
certains milieux, notamment les
hommes d’affaires. Abdelmadjid
Tebboune n’hésite pas à leur
«demander des comptes». Ses
prises de position finiront par
lui «coûter sa place», conclut
l’analyste.

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Tebboune
L’ancien Premier ministre l’a
pourtant rappelé à plusieurs
reprises. Sa «légitimité», il la
puise de son plan d’action «validé
par le Président» et approuvé
par «les deux chambres du
Parlement». On peut en déduire
que c’est dans la forme et
non dans le fond que se situe
le problème, puisque Ahmed
Ouyahia est chargé d’appliquer
le même programme, celui du
Président.
C’est ainsi, qu’en moins de deux
semaines, Ahmed Ouyahia a
fini par effacer toutes les traces
du passage d’Abdelmadjid
Tebboune à la tête de l’Exécutif.
Il commence par signer
11 DZIRI
deux décrets qui annulent
des décisions prises par son
prédécesseur. Ouyahia met au
placard «l’Inspection Générale»
actionnée par Tebboune pour
contrôler les deniers de l’Etat.
Le nouveau Premier ministre
modifie également la procédure
des licences d’importation,
pour «laisser à l’administration
du commerce le soin de régir
ces licences». La parenthèse
Tebboune est définitivement
close, lorsque pour sa première
sortie, Ahmed Ouyahia réunit
syndicat et patronat et renvoie
sine die la date de la tripartite
programmée initialement le 24
septembre. Il envoie un message
de «sérénité» dans son allocution
où il évoquera la loi qu’il faut
appliquer «dans la quiétude, et
non en semant le trouble et la
confusion».

L’homme des sales
besognes
Ahmed Ouyahia est nommé
pour «recadrer ou redresser»
la trajectoire du gouvernement,
mais pas seulement ! Dans
l’agenda du Premier ministre,
certains dossiers sont classés
parmi les priorités. La rentrée
sociale évidemment, mais aussi
la préparation des élections
locales. Ahmed Ouyahia doit
organiser et veiller au bon
déroulement du scrutin. Le
défi est de taille puisqu’il doit,
comme il aime le rappeler,
avoir deux casquettes. D’un
côté le politicien, chef de parti,
en l’occurrence le RND qui est
engagé dans la joute électorale,
et de l’autre, il est le haut
responsable de l’administration
chargé de l’organisation de ce
scrutin. La difficulté est d’autant
plus grande que le spectre de
l’abstention pèse de tout son
poids, compte tenu du désintérêt
et du peu d’enthousiasme des
électeurs pour accomplir leur
devoir électoral. ,Sa plus grande
bataille aura pour théâtre
l’Assemblée où Ahmed Ouyahia
doit présenter et faire voter la
loi de Finances 2018. Le projet
de loi est actuellement à l’étude
et déjà les observateurs parlent
d’une coupe dans les budgets
de départements névralgiques.
Une augmentation d’au moins
3 DA dans le prix moyen des
carburants est également
annoncée. La loi de Finances
2018, comme celle de 2017 ou
de 2016, prévoit de nouvelles
taxes qui auront, par conséquent,
une nouvelle augmentation des
prix. La question des subventions
généralisées est plus que jamais
d’actualité, Abdelmadjid Tebboune
voulait une concertation nationale
pour débattre du ciblage de ces
subventions. Ouyahia maintiendrat-
il la démarche ? Rien n’est
moins sûr. Ahmed Ouyahia s’est
toujours opposé aux subventions
généralisées, comme il s’était
opposé à l’augmentation des
salaires en 2008. Impopulaire,
Ahmed Ouyahia l’est depuis
les années 1990, lorsque sous
l’injonction du FMI, il procède à
des licenciements massifs, à la
fermeture des usines et le gel des
salaires. Ahmed Ouyahia traine
également des casseroles comme
l’affaire des magistrats faussaires
et celle des cadres emprisonnés.
Ahmed Ouyahia est impopulaire
certes, mais il reste un bon
diplomate et un fin politicien. Il
maîtrise parfaitement les dossiers
dont il a la charge et les rouages
du pouvoir pour y avoir gravité
autour depuis bientôt 40 ans.
Enfant du sérail, Ahmed Ouyahia
est surnommé «l’homme des sales
besognes». Le sobriquet dont il est
affublé lui colle à la peau depuis
1995 et il n’est pas prêt à s’en
défaire.

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