Les hommes ont-ils peur des femmes affirmées ?

Les hommes ont-ils peur des femmes affirmées ?

Elles sont carriéristes, ambitieuses, sexy, indépendantes, charismatiques. Elles ont confiance en elles, dégagent une attitude de « winner » en public et gagnent bien leur vie. Avocates, journalistes, managers, professeurs ou politiciennes, ces « working girls » se sont accomplies sur le plan professionnel mais peinent à trouver leur Roméo.

Le prince charmant, elles ont cru l’apercevoir. En dépit de leurs multiples tentatives pour l’arrimer à leur embarcation, ce potentiel Jules a pris la poudre d’escampette. Il faut dire que l’image de la femme trop sûre d’elle, trop ambitieuse, trop instruite, trop forte de caractère voire carrément inaccessible, a gelé toute velléité d’approche de la gent masculine. « Too much » pour ces hommes à l’implacable  philosophie : une femme ne doit jamais dominer son mec. Jamais. Abaden. Never !

Le  Prince charmant doit être virile, protecteur, respecté et même craint parfois. Face à ce profil de femmes à l’esprit indépendant, ces hommes sont complètement déboussolés. Pour papoter, prendre un pot, rire un bon coup, passe encore. Mais pour s’engager dans une relation sérieuse, ce n’est pas demain la veille. Loin s’en faut !

Who’s the boss ?

Les hommes se sentent menacés. Eux, les prédateurs, les maîtres du monde. Eux qui, jusqu’à présent, croyaient que la rue et les espaces publics leur appartenaient voient de plus en plus de femmes s’affirmer en société et gagner du terrain. Leur image de « Prince charmant » est écornée. « On va où comme ça si on n’a plus de princesse à protéger ? », lance Fayçal, 33 ans, célibataire. « Et surtout, on servirait à quoi, nous les mecs ?  Notre côté ‘’rejla’’ en prendrait un  sérieux coup. Tout sauf ça ! Toutes ces femmes intellectuelles qui vous prennent de haut, qui conduisent de grosses voitures et plantent un regard de guerrière dans nos yeux nous effraient un peu. Personnellement, je préfère choisir une femme que je peux dominer. Je dois sentir que l’homme de la maison, autrement dit ‘’le boss’’, c’est moi. Il est primordial d’avoir un ascendant sur ma compagne, sinon je serai diminué dans ma virilité », enchaîne-t-il

Sous l’écorce, le bois est tendre

De leur côté, ces femmes qui se sont battues pour réussir leurs études et avoir une brillante carrière se retrouvent  confrontées à un horrible désert affectif. Hind, avocate, 39 ans, désespère de trouver chaussure à son pied : «  Je crois que l’image de femme indépendante que je reflète fait fuir tous les hommes qui m’attirent. Généralement, le premier rendez-vous se passe assez bien mais  face à ma personnalité affirmée et ma position de femme libre, ces hommes ne me rappellent jamais. En fait, ils ne souhaitent pas s’engager dans une relation de couple parce qu’ils sentent que leur égo et leur virilité sont menacés. Les Algériens n’aiment pas les femmes au caractère affirmé. Ils préfèrent avoir un ascendant sur leur compagne. Cela découle de l’éducation qu’ils ont reçue. Les hommes se croient obligés de dominer leur épouse qu’ils veulent soumise, obéissante et malléable.  Quant à envisager une vie de couple avec une nana qui a un salaire confortable, voyage seule, rentre tard le soir et n’attend pas la permission pour rendre visite à ses parents, c’est tout simplement hors de question. Voilà pourquoi ils filent à l’anglaise et prennent la tangente en dépit du fait qu’ils nous trouvent  attirantes au premier abord. »

Pourtant, bien souvent, il suffit de gratter la couche de vernis pour découvrir une âme sensible. Cette force de caractère affichée par ces « working girls » n’est qu’une façade, un leurre et cache, souvent, des vulnérabilités. Nouria (45 ans), chef d’entreprise, regrette que les hommes ne fassent pas l’effort de dépasser les a priori. « Il ne faut jamais juger les gens sur leur apparence. Moi-même, de par mon allure,  je peux flanquer la frousse aux hommes. Pourtant, au fond, je n’ai pas autant confiance en moi qu’il n’y paraît. J’ai besoin de quelqu’un de fort et d’affectueux à mes côtés. D’une épaule sur laquelle me reposer. Cette image de femme inaccessible que je dégage est fausse. J’ai l’impression de faire fuir les hommes qui me plaisent. J’ai vécu cette expérience des dizaines de fois et je regrette que ces hommes n’aient pas pris le temps de voir qui se cache derrière la façade. Donc, Messieurs les célibataires, prenez le temps de réfléchir à la question (rires). Les femmes qui sont indépendantes sur le plan matériel et qui prennent leur vie en main ne mangent pas les hommes. Elles sont capables de gérer un foyer et d’élever des enfants, elles aussi. »

Père, frère, oncle, mari… De tout temps, la femme a toujours été assujettie à un tuteur. Mais les temps changent et les sociétés évoluent. Les femmes s’affranchissent de plus en plus de l’autorité des mâles de la famille. On les retrouve dans des postes importants dans tous les domaines, y compris en politique. Ce sont aussi  des mères accomplies. Détricoter les préjugés n’est pas chose aisée. Oser bousculer le bien établi non plus. C’est aux hommes de changer leur regard et de se débarrasser de certains clichés éculés.

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