Son Excellence M. Pierre Gillon, Ambassadeur de Belgique en Algérie à Dziri « Il faut multiplier les partenariats intelligents entre nos entreprises »

Son Excellence M. Pierre Gillon, Ambassadeur de Belgique en Algérie à Dziri « Il faut multiplier les partenariats intelligents entre nos entreprises »

En poste à Alger depuis septembre 2016, Pierre Gillon, Ambassadeur de Belgique en Algérie est un diplomate énergique. Il se dit investi d’une mission : donner un nouveau souffle aux relations entre nos deux pays. Politique, économique, humaine ou encore la lutte anti-terroriste, les domaines de coopérations sont multiples et les potentialités nombreuses. L’Ambassadeur en est convaincu. Il l’assure dans cette interview accordée à Dziri Magazine.

Propos recueillis par Amina Hadjiat

La Belgique est peu connue en Algérie. Quels sont ses atouts ?

Je suis heureux de l’opportunité qui m’est offerte à travers cette interview de parler de la Belgique. Un pays peu connu en Algérie alors que nous sommes proches et que nous avons beaucoup de choses en commun. La Belgique a une économie assez forte malgré une faible démographie, environs dix millions d’habitants. La Belgique est le 11eme exportateur mondial et le 13eme importateur dans le monde. Ce qui montre que nous avons une économie ouverte, fondée sur le commerce extérieur. La principale caractéristique de notre économie c’est que nous importons beaucoup et que nous réexportons beaucoup. Etant située au cœur de l’Europe, la Belgique bénéficie d’une position privilégiée puisque dans un rayon de 500km autour de Bruxelles, il est possible de toucher 300 millions de consommateurs. La Belgique dispose également d’infrastructures très développées : rail, liaisons aériennes et un important réseau routier, ce qui permet une fluidité dans la circulation des marchandises et des personnes avec nos partenaires voisins. Le commerce extérieur de la Belgique est à 80% tourné vers ses voisins immédiats : Allemagne, France, Pays-Bas et Grande-Bretagne. Mais nous travaillons également à la grande exportation parce que cela représente une importante valeur ajoutée pour nos entreprises.

Quelles sont les principales exportations de la Belgique vers le reste du monde ?

Les trois principales exportations de la Belgique sont : les produits chimiques, le matériel automobile et les machines. L’économie Belge est basée sur des exportations de niches. Nous exportons des produits très spécifiques dont nous maitrisons la technologie. C’est simple. Nous travaillons là où nous sommes bons, là où nous sommes les meilleurs. Par exemple, la Belgique exporte vers l’Algérie des transformateurs électriques de haute puissance. Ce sont des marchés très spécifiques auxquels nous accédons parce que nous disposons de produits de haute qualité.

Les échanges commerciaux entre les deux pays sont passés d’un peu plus de 3 milliards de dollars en 2011 à moins d’un milliard de dollars en 2016. Qu’est ce qui explique cette régression ?

Si vous regardez dans le détail des échanges commerciaux entre l’Algérie, vous verrez que c’est en valeur qu’il y a davantage de baisse en comparaison avec les volumes. Cette réduction de la valeur des échanges commerciaux est due à la chute du prix du pétrole. La Belgique importe du brut d’Algérie et exporte des produits dérivés de pétrole vers l’Algérie. Automatiquement, la baisse du prix du pétrole a impacté la valeur des échanges commerciaux entre les deux pays. La chute du prix du pétrole a également eu une incidence sur les achats algériens puisque l’Algérie fait face à une diminution de ses revenus. Le troisième facteur, c’est la crise économique mondiale. Depuis 2008, il est constaté une baisse de la croissance des échanges au niveau mondial. Ceci dit, il y a aussi un effet positif, si je puis dire, de la crise. De plus en plus d’exportateurs belges ont décidé de nouer des partenariats intelligents avec des producteurs algériens et produisent désormais une partie de leur production ici, en Algérie, avec des partenaires algériens. Ce qui fait que ces produits n’entrent plus dans le volume des échanges commerciaux et participent à réduire les importations algériennes à partir de la Belgique. Ce qui correspond aux objectifs du gouvernement algérien. Je vous donne un exemple. C’était lors de la visite de notre Premier ministre en 2016 à Alger. Il a justement visité une de ces entreprises. L’usine Prodiphal qui est en partenariat entre les laboratoires Janssen Pharmaceutica. Cette usine est aux standards internationaux et fabrique certains produits Janssen tels qu’ils sont produits en Europe. Voilà ! C’est ce genre de partenariat intelligent qu’il est possible de développer en Algérie avec les entreprises belges.

Quels sont les secteurs d’activité qui intéressent les investissements belges en Algérie ?

La Belgique a une grande expertise dans différents secteurs. Le secteur pharmaceutique, l’industrie chimique, la production des machines ou encore le domaine du conseil. Nous avons de nombreuses potentialités en Belgique pour aider les opérateurs algériens à se développer parce que nous pouvons leur fournir un bon matériel et du consulting dans tous les domaines de la gestion d’entreprise. Il y a aussi une spécialité de la Belgique : c’est la fabrication et la conception d’usines. Donc la Belgique a une capacité d’accompagnement dans tous les domaines de la vie d’une entreprise. L’autre secteur qui intéresse la Belgique et pour lequel elle dispose d’une grande expérience c’est celui des énergies renouvelables. D’ailleurs, notre collaboration dans ce domaine date. La Belgique a été pionnière puisque ce sont des entreprises belges qui ont construit la première centrale électrique photovoltaïque de l’Algérie, à Adrar, en 1985. Dans ce cadre, notre ministre de l’énergie va inviter son homologue algérien à visiter la Belgique justement pour qu’il puisse se rendre compte des potentialités qui existent et du savoir-faire belge dans ce domaine.

Vous-même avez rencontré le ministre algérien de l’Energie. Sur quoi ont porté les discussions ?

Nous avons poursuivi le dialogue technique  qui avait été entamé dans le cadre d’une mission de cadres de l’énergie qui s’étaient rendu en Belgique il y a quelques semaines. Nous avons également abordé les voies de coopérations notamment concernant notre entreprise belge Fluxys qui gère le gaz aimerait de nouveau avoir des partenariats de coopération avec l’Algérie parce que nous avons beaucoup de savoir-faire à partager y compris sur la gestion des contrats sur le marché spot.

Comment renforcer cette coopération ?

Lors de sa visite en Algérie en décembre 2016, le Premier ministre Charles Michel a vraiment été convaincu de l’importance de l’Algérie et m’a réellement donné le mandat de donner un nouveau souffle aux relations entre la Belgique et l’Algérie. Vous pouvez compter sur moi pour y mettre toute mon énergie. Dans ce cadre, le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders effectuera une visite officielle les 11 et 12 septembre prochain. Donc notre rôle c’est, à la fois, de favoriser les échanges politiques et économiques. Mais il y a aussi les relations au niveau humain. En Algérie comme en Belgique, il y a personnalités qui créent des ponts entre nos deux pays. Tout d’abord, je voudrais rappeler les Belges qui, au péril de leur vie parfois, ont aidé l’Algérie pendant sa guerre d’indépendance parce qu’ils croyaient en une cause juste. Cette histoire est mal connue en Belgique comme en Algérie. C’est pourquoi l’Ambassade organisera le 29 octobre prochain à la Bibliothèque nationale à Alger un colloque sur les « Belges et la guerre d’Algérie » qui réunira acteurs et témoins, belges et algériens, afin que cette mémoire ne disparaisse pas. En même temps que les bâtisseurs de ponts, il y a les bâtisseurs de paix. Laissez-moi vous raconter l’histoire de l’artiste belgo-algérien Hamsi Boubeker qui n’a pas pu être présent ce soir car il est retenu à Béjaïa mais il sera reçu à notre Résidence lundi prochain. Hamsi Boubeker est né en Algérie le 22 avril 1952 à Béjaïa. Il vit en Belgique depuis 1979 et obtient la naturalisation en 1990. Musicien, chanteur, conteur et peintre, Hamsi Boubeker est un artiste polyvalent. En 2009, il a illustré la station du métro bruxellois « Lemonnier » avec ses oeuvres intitulées «les mains de l’espoir ». Il a représenté des mains, décorées de tatouages traditionnels de henné, des mains qui se touchent, qui sont ouvertes, qui flottent sur les murs blancs de la station de métro, des mains tendues qui symbolisent l’espoir, la paix et l’ouverture. Je vous invite à admirer ses œuvres à votre prochain passage à Bruxelles. Voici un artiste belgo-algérien de plus dont nous pouvons tous être fiers. Ce sont des messages dont nous avons tant besoin dans un monde où les attentats terroristes endeuillent nos familles à Bruxelles, à Paris, à Londres, à Nice, au Caire, à Bagdad ou à Kaboul et dans de nombreux autres endroits du monde.

Transition toute faite pour aborder la situation sécuritaire en Belgique. L’Algérie dispose d’une grande expérience dans la lutte contre le terrorisme. Quelles sont les voies de coopération dans ce domaine ?

Malheureusement, l’Algérie a traversé cette décennie noire et a accumulé une importance expérience dans les domaines de la lutte antiterroriste et de la « déradicalisation ». La Belgique est très intéressée par le partage d’expérience dans ce domaine.  Le terrorisme est aujourd’hui un phénomène global et mondial. Mon pays, la Belgique a toujours été prête à prendre ses responsabilités en matière de lutte contre le terrorisme et elle le fera avec fermeté et détermination. La Belgique demeure un partenaire fiable dans la lutte contre le terrorisme. Nous avons malheureusement connu des attentats terroristes en Belgique. Depuis, nous avons pris toute une série de mesures pour renforcer la sécurité des populations. Mais étant donné que c’est un phénomène global, il est évident que la coopération est nécessaire pour lutter contre le terrorisme et la coopération avec l’Algérie est un élément important pour la Belgique.  

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