Jobs d’été : les premiers pas sur le marché de l’emploi

Jobs d’été : les premiers pas sur le marché de l’emploi

Leurs motivations sont différentes mais on retrouve chez eux la même volonté et beaucoup d’énergie. Pour la plupart d’entre eux, les saisonniers sont des étudiants ou même des lycéens. Ils ont décidé de sacrifier leur été pour gagner un peu d’argent. Dans une piscine, un hypermarché ou un hall d’accueil, ces jeunes apprennent l’esprit d’équipe et le sens de la responsabilité. Certains se découvrent même une vocation. Le temps d’un été, les travailleurs saisonniers enrichissent leur CV et  gagnent en maturité.

Reportage Nesrine Charikhi

Allure athlétique et bien bronzé, Yanis est l’équivalent d’un plagiste à la piscine du Kiffan-club, dans la banlieue est d’Alger. Toute la journée, de 10h à 19h, Yanis place des transats, ouvre les parasols et surveille les baigneurs dans les différents bassins. Ses tâches sont assez routinières mais le jeune étudiant en architecture s’en accommode bien. «  Je passe mon été au bord de la piscine, c’est déjà ça », répond fièrement le jeune algérois. Il est vrai que les tarifs d’accès restent chers pour les petits budgets : 1500 da l’entrée sans consommation. Son « travail » lui  permet donc de profiter des toboggans et d’avoir un salaire  à la fin du mois. «J’ai deux heures de pause, j’en profite pour piquer une tête et discuter. Certains clients sont même devenus des amis. On papote ou on joue aux cartes, l’essentiel c’est de passer du bon temps ». 

Ponctualité, résilience et esprit d’équipe

Dans ce travail, Yanis trouve les copains, la piscine et de la musique. Mais le cadre n’est pas pour autant idyllique.  Un responsable qui lui met la pression, énormément de travail les jours de grande affluence et le réveil chaque matin. A plusieurs reprises, Yanis a failli baisser les bras. « Le plus dur c’est de sortir du lit, à 8h je suis déjà dehors et je ne rentre pas avant 20h30, je n’ai plus le temps de voir les copains du quartier ou même ma famille et pendant mes journées off, je suis tellement fatigué que je ne bouge pas de la maison ». Mais le jeune reste motivé. 25000 da par mois, à son échelle, c’est beaucoup d’argent. D’autant que le jeune a un projet : travailler pour s’acheter un nouveau laptop.

Le salaire à la fin du mois, c’est la raison principale qui pousse les jeunes à travailler en été. C’est d’ailleurs pour cela que Hichem et Riadh sont employés chez Carrefour. Ils viennent de terminer leurs études en informatique. Ils sont webmasters et veulent gagner de l’argent pour  « créer un site web dédiés au bons plans pour les jeunes algériens ». La grande distribution, c’est l’opposé de leurs ambitions. Mais comme aime le rappeler Riadh : « toute expérience est bonne à prendre ». 

En moins d’un mois, ces jeunes s’intéressent déjà à la vie professionnelle. Hichem suit de près toute la chaine de gestion des stocks. Au départ, il devait juste remettre les produits sur les étagères. C’est comme cela qu’il a découvert « les stratégies de placement, l’organisation verticale et horizontale d’un rayon et les circuits types des clients ».  Hichem comprend maintenant que dans la grande distribution, rien n’ai laissé au hasard. Les ficelles du métier, c’est Houda, sa responsable directe  et chef de rayon, qui les lui apprend. Elle est rigoureuse mais reste à l’écoute. « Elle m’a tout de suite pris sous son aile, car je lui avais expliqué que je n’étais peut être pas là pour longtemps mais que je voulais apprendre ».

Trouver sa voie

Son contrat, Hichem l’a signé pour trois mois. Redjoul Ramdane, Responsable des ressources humaines chez Carrefour explique le recours aux saisonniers  par le besoin de renforcer les effectifs en été : «  une période de grande activité avec Ramadhan et les vacances scolaires, mais c’est aussi la période des départ en congé ». L’hypermarché recrute des saisonniers à tours de bras, depuis maintenant trois ans. Un choix que le DRH explique par «  le dynamisme » des jeunes qui se sont révélés très efficaces pour certains postes comme l’accueil ou la vente assistée. « Plus généralement, les jeunes sont bons à tous  les poste à forte dimension relationnelle ».  La grande surface a d’ailleurs rappelé certains saisonniers avec un CDI à la clé. « À la fin de leurs cursus universitaires, s’ils sont intéressés par la grande distribution, nous sommes disposés à les garder. Le groupe est en pleine expansion et  les saisonniers ont le mérite d’avoir fait leur preuves », explique le DRH.

Un job d’été qui se transforme en un choix de carrière, c’est l’histoire de Racim Ezziane. Lorsqu’il était étudiant à l’USTHB, Racim travaillait occasionnellement avec une agence de communication. Il a commencé en distribuant des flyers, puis à l’accueil dans les différents événements organisés par la boite. « J’ai très vite pris goût à l’événementiel. Je participais à tous les préparatifs : le décor de la salle, le choix des traiteurs, les conférences de presse… Tout m’intéressait. » Les trois années de collaboration ont fait murir en Racim l’envie de se lancer. Détenteur d’un Master en géologie, Racim est aujourd’hui un jeune chef d’entreprise qui fait dans la location d’accessoires pour l’évènementiel. Racim propose également des solutions pour l’hébergement, la  restauration et le transport des clients. Son premier client fut la boite où il a fait ses premiers pas.

Le temps d’un été et au fur et à mesures des petits boulots, les jeunes étudiants  basculent tout doucement dans le monde des adultes. Même si ce n’est que pour un temps, ils apprennent à gérer des relations de travail et deviennent autonomes financièrement. Ils font leur premiers pas dans le monde de l’emploi. 

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