Licences d’importation La fin de « l’import-import »

Licences d’importation La fin de « l’import-import »

Comment équilibrer la balance commerciale ? Comment réduire les dépenses ? Une des réponses à la crise du pétrole a été le régime des licences d’importation. Depuis la crise de 2014 liée à la chute des prix du baril, les réserves de devises de l'Algérie ont été fortement réduites. C’est pour préserver ces devises qu’il a été décidé de réduire le volume et la facture des importations. Cette décision a aussi pour ambition de  protéger le marché algérien des produits contrefaits  et de mauvaise qualité, qui ont inondé les commerces.

Par Farès M.

L’on se doutait bien que cette décision serait décriée  par les importateurs. Pour autant, et même si elle est salutaire pour les finances du pays, cette décision de limiter les importations de manière drastique, n’est pas sans conséquences sur le marché algérien. Hausse des prix et spéculation, début de pénurie… L’introduction du régime des licences a vite fait sentir ses effets sur le marché et sur les habitudes de consommation du citoyen algérien.

Quels sont les articles concernés ?

En plus des véhicules, l’acier, le rond à béton, la liste des produits dont l’importation est soumise au régime des licences s’étend  a de nombreux produits agricoles et agricoles transformés. Elle comprend les viandes bovines, fraiches ou réfrigérées, les fromages, les citrons frais, les pommes, les bananes, l’orge, le maïs, le tourteau de soja, le concentré minéral vitaminé, les poly-phosphates ainsi que le double concentré de tomate.  Un mois plus tard, le Ministère du Commerce a encore élargit cette liste qui compte désormais les  appareils électroménagers. Climatiseurs, réfrigérateurs, congélateurs, lave-linge, lave-vaisselle et appareils de réception de télévision sans oublier les téléphones cellulaires et mobiles et les produits cosmétiques. 

Pour ces derniers,  les matières premières et intrants pour les fabricants locaux sont exclus de la liste. Cependant et si l’on se fie aux déclarations du premier ministre, cette liste risque encore de s’allonger. D’autres produits pourraient s’ajouter.

Pour l’économiste Abderrahmane Mebtoul, la mise en place du système de quota comporte un lot de désagréments qui pourrait, selon lui, aller contre les objectifs tracés par le gouvernement parmi lesquels, la relance de la production nationale.  «  Les licences d’importations sont contenues  dans les accords internationaux mais pour un pays qui a des difficultés de balance de paiement, les accords de Doha de 2003, à l’initiative de la chine, ont introduit les licences d’importation, mais elles doivent exister de façon transitoire », explique le Pr Mebtoul, qui insiste sur la nécessité d’appliquer une totale transparence dans  l’attribution des licences d’importation. 

Pas que des avantages …

Parmi les points négatifs de la mise en place du système de licences, le spécialiste a d’abord relevé la hausse des prix. «  70% des besoins des entreprises, publiques et privées ainsi que ceux des ménages proviennent de l’extérieur. Donc restreindre de manière  drastique aura un impact direct sur les prix qui vont augmenter de façon considérable car la limitation de l’importation non mesurée a un impact sur la poussée inflationniste ». 

D’autre part, il a aussi affirmé que la limitation des importations «  ne va pas  encourager la qualité de la production nationale car un producteur qui ne fait pas face à la concurrence peut opter pour la facilité ». Pour l’économiste, « cette nouvelle stratégie va assurer des  rentes au producteurs non soucieux de la qualité de leur production ».

Lui aussi est du même avis. L’expert financier, Ferhat Ait Ali, considère l’introduction du système de quota comme une sorte de «  protectionnisme » qui «  ne va pas  booster la production nationale, car de nombreux  operateurs algériens ont pris l’habitude de vivre sur une rente sans aucune volonté d’expansion économique ».  « La production nationale démarrera lorsque les capitaines d’entreprises penseront à voir grand ».  

Pour autant, les experts avouent que cette décision favorise la limitation des importations des produits de mauvaise qualité qui se trouvent déversés en abondance sur nos étales. « Il ne faut pas se leurrer. Hormis les productions  des multinationales  soucieuses  de la réputation de leurs label, les produits importés ne sont  pas de grandes qualité», estime Ferhat Ait Ali. 

L’expert qui a qualifié la mise en œuvre du régime des licences «  de contraire à la loi sur la concurrence » s’est clairement opposé à cette décision. «  Je suis contre l’intrusion de l’administration dans la régulation économique  car en voulant casser des monopoles, de facto, on est en train d’installer  des monopoles discrétionnaires ». 

Comme solution alternative,  Ferhat Ait Ali préconise le gel de ce régime  pour aller vers la majoration des  taxes intérieures à la consommation. Ces dernières seront prélevées  chez l’importateur en dehors du port, propose l’expert. Licences, taxes… Les solutions sont multiples mais la volonté est unique : mettre fin au règne de « l’import-import » et ouvrir le champ aux producteurs et aux exportateurs.

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