INTERVIEW DE FERHAT AÏT ALI, EXPERT FINANCIER « L’informel se nourrit des restrictions »

INTERVIEW DE FERHAT AÏT ALI, EXPERT FINANCIER « L’informel se nourrit des restrictions »

Dziri : Pourquoi la Banque
d’Algérie maintient le
montant de l’allocation
touristique aussi bas ?
Ferhat Aït Ali : La Banque
d’Algérie refuse de revoir
l’allocation touristique à la
hausse sous prétexte qu’une
quelconque augmentation
aurait de graves incidences
sur les réserves en devises
de l’Etat. Mais force est de
constater que les motifs
invoqués par les autorités
monétaires du pays mènent
directement à l’exact contraire
de leur expression, en termes
de résultats finaux, aussi
bien sur le marché que sur
les détentions en devises
qui ne cessent de s’éroder
malgré ces restrictions et
probablement même, à cause
de ces restrictions. Le pire
c’est que cette restriction
à l’accès aux devises crée
un effet d’appel vers le
marché informel comme
unique alternative pour les
acquéreurs éventuels de
devises, et comme source de
gains conséquents pour leurs
fournisseurs, qui ne trouvent
aucune raison de vendre
leurs détentions en devises
même légales, sur un marché
officiel qui n’offre pas une

bonne rémunération et aucune
chance d’accès à ses devises
une fois vendues.
La première chose que
constate un touriste en
Algérie c’est l’absence de
bureaux de change. Peuton
savoir pourquoi ?
Même si la législation prévoit
leur création, ces espaces
créés pour absorber la devise
qui circule hors circuits
légaux sont quasiment
inexistants. Et pourtant, ils
sont autorisés officiellement
depuis 1997 en vertu de
l’instruction n°3-97 relative
à l’immatriculation autorisant
le traitement des opérations
de commerce extérieur et de
change manuel. D’ailleurs,
toutes les banques peuvent
être considérées comme des
bureaux de change selon la
disposition réglementaire,
mais ça fonctionne à sens
unique. Les dispositions
légales ne permettent pas
à ces bureaux de change
de vendre des devises aux
particuliers, mais uniquement
d’en acheter auprès d’eux.
En un sens, ces bureaux de
change d’un genre nouveau
qui travaillent à sens unique
et considèrent que les devises

ne circulent que dans les sens
de l’achat, réservant la vente
aux importateurs sont tout
simplement sans intérêt. Face
à une législation restrictive, le
recours spontané au marché
informel des devises est
inévitable. D’ailleurs, on peut
même dire que le marché
informel est la conséquence
de cette réglementation.
Qui profite de ce marché
informel de devises ?
De plus en plus d’opérateurs
économiques se tournent vers
l’informel et se montrent de
plus en plus ingénieux en
matière de combines pour
augmenter leurs bénéfices.
Parmi les effets les plus
pervers, il y a le transfert
illicite de devises par voie de
surfacturation commerciale
mais aussi, l’ouverture d’un
champ hors des regards des
institutions de contrôle des
changes, à toutes sortes
d’activités dangereuses dont
le financement d’autres
activités criminelles comme
le terrorisme, le trafic de
stupéfiants et la criminalité
transfrontalière en général.
L’existence de ce marché à
cette échelle colossale est
inquiétante.

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