INFORMEL CHAUD LES DEVISES… CHAUD !

INFORMEL CHAUD LES DEVISES… CHAUD !

Les vacances arrivent et comme à l’accoutumée, le marché parallèle des devises affiche une nette
flambée des prix. La loi de l’offre et de la demande ! Alor s que le taux de change o fficiel de l’euro
n’excède pas les 122 DA, celui du marché informel a carrément dépassé les 192 DA. L’écart se creuse
de plus en plus entre les taux officiels et informels. L’appât du gain détourne les vendeurs de devises
du circuit bancaire. Pour profiter du taux de change avantageux, i ls se dirigent vers le marché noir des
devises. Le business est tellement florissant q ue ce marché « parallèle » a pignon sur rue.
Farès M.

Réunis à Place Port-Saïd
(ex-Square), ils sont
plus d’une centaine de
cambistes à proposer leurs
services. Liasses de billets à
la main, ils n’hésitent pas à
accoster les passants et les
automobilistes. Ils ciblent
surtout les retraités mais
aussi les potentiels Hadjis.
« La plupart des gens qui
sollicitent nos services sont
les retraités qui perçoivent
des pensions de l’étranger. Ils
viennent de façon régulière,
ils nous proposent des prix
intéressants, c’est nettement
plus rentable pour eux de
venir vers nous que d’aller
vers la banque », raconte
Farid, jeune cambiste du
square. A quelques mètres de
lui, une jeune femme tente de
négocier le taux de change de
l’euro et de le faire baisser à
185 DZD. « Franchement 192,
c’est exagéré et pourtant
avec l’arrivée des émigrés,
normalement les prix baissent
à cette période-là ». Rien
n’y fait. Ni son sourire ni ses
arguments. La jeune femme
n’obtiendra aucune ristourne.
Elle doit se rendre en Europe.
Pour acheter ses devises, ce
sera 190 DZD pour 1 euro,
pas un sou de moins.
De plus en plus d’acheteurs
de devises sont indignés
par le taux de change
parallèle. Avec une allocation
touristique qui ne dépasse
21 DZIRI
pas les 115 euros, l’ensemble
des Algériens qui voyagent
s’approvisionnent en devises
sur marché informel. Ce
n’est plus un secret pour
personne !

Un marché prospère
Selon les spécialistes du
monde des finances, le
marché informel des devises
peut se targuer d’avoir
de multiples sources de
financement. Il y a d’abord
les détenteurs de devises
« légitimes ». Ce sont
principalement les anciens
émigrés de retour au pays.
Leurs pensions versées
en devises dans les pays
d’émigration sont importées
en Algérie par le biais
de la banque d’Algérie et
remises à leurs détenteurs
par les banques classiques.
Mais dès que ces petits
retraités ont leurs devises
« légales » en poche, c’est
sur le marché informel qu’ils
les échangeront contre des
dinars. Plus lucratif.
Ce marché attire aussi, les
vacanciers. Ces touristes
d’origine algérienne qui
viennent tous les étés
profiter du littoral et visiter la
famille. Eux aussi préfèrent
faire le change dans les
hauts lieux de la finance
parallèle et gagner, ainsi, 70
dinars par euro échangé. Le
Square Port-Saïd, au coeur
de la capitale, n’est pas le
seul endroit où les devises
s’échangent. Il y a dans
toutes les villes d’Algérie
des arrières boutiques où les
devises circulent en grandes
quantités. Faute de bureaux
de change.
Autre source de financement
du marché des devises : les
opérateurs économiques. Eux
aussi trouvent leur compte
dans le marché informel. «
Les opérateurs économiques,
quelles que soient leurs
intentions et motivations,
ont besoin de plus de devises
à disposition que ce que
permet une réglementation
archaïque. Aucun opérateur
économique ayant à traiter
de gros intérêts en devises
et en dehors du pays ne
peut se déplacer, traiter
et placer son produit ou
même négocier des achats
avantageux, avec un pécule
en devises, équivalent à celui
d’un fonctionnaire pris en
charge pour quelques jours »,
déplore Ferhat Aït Ali, expert
financier

Une allocation
touristique dérisoire
Pour les Algériens désireux
de s’envoler vers d’autres
cieux le temps d’un séjour,
l’allocation touristique ne
suffit pas. Fixée à l’équivalent
en devise de 15.000 DA, cette
allocation ne rapporte au taux
actuel qu’un peu plus d’une
centaine d’euros. Clairement
insuffisant. En comparaison,
nos voisins marocains et
tunisiens peuvent aller
jusqu’à l’équivalent de deux
à trois mille euros. Bien
entendu, leur monnaie est
aussi bien plus forte que la
nôtre. Justement, ce montant
est fixé par la Banque
d’Algérie pour préserver les
réserves de change du pays.
Un matelas de devises qui
provient quasi-exclusivement
des exportations
d’hydrocarbures. Là est
justement le problème. Le
marché informel de devises
continuera à prospérer tant
que les sources de devises ne
seront pas multiples.

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