VOTE DU PLAN D’ACTION DU GOUVERNEMENT PREMIER GRAND TEST POUR ABDELMADJID TEBBOUNE

VOTE DU PLAN D’ACTION DU GOUVERNEMENT PREMIER GRAND TEST POUR ABDELMADJID TEBBOUNE

Il est validé. Même plébiscité par les r eprésentants des deux chambres du Parlement. Le plan d’action du
gouvernement Tebboune obtient aussi bien le quitus de l’Assemblée que celui du Conseil de la nation. A
l’Assemblée, le texte est voté à mains levées, appr ouvé par l’écrasante majorité. Plus de 402 députés.
Le passage par la chambr e haute n’est en réalité qu’une simple formalité pour un plan d’’action déjà
approuvé, par le Président Bouteflika, lors du dernier Conseil des ministres.
Par Nesrine Charikh

Que de premières pour
Abdelmadjid Tebboune,
pourtant homme du
sérail. Le nouveau Premier
ministre s’exprimait pour
la première fois devant la
nouvelle Assemblée. La
présentation du plan d’action et
les débats qui s’en sont suivis
ont constitué la première sortie
médiatique, aussi bien pour
Abdelmadjid Tebboune que
pour les députés, fraîchement
élus. L’engouement des élus
du peuple est tel que, faute de
temps, certaines interventions
pourtant programmées lors des
débats, se feront par écrit.
En trois jours, le texte est
présenté, débattu et adopté.
Une célérité, pour ne pas dire
une rapidité, qui contraste
avec l’importance du sujet.
Ce plan d’action est censé
être la feuille de route du
gouvernement. Sa ligne
conductrice pour parachever
le programme du Président.
Mais surtout, faire face à la
crise financière que connaît
le pays depuis l’effondrement
des cours du Brut.
Mais en 58 pages, ce plan
d’action s’apparente plus
à une profession de foi.
Davantage une déclaration de
politique générale qu’à une
stratégie gouvernementale.
Les unes après les
autres, les priorités sont
énumérées et les grands
axes dévoilés : renforcement
de la démocratie, de l’Etat
de droit et des libertés,
poursuite des réformes de
la justice, de l’enseignement
ou de la santé, généraliser
l’enseignement du tamazight
ou encore développer les
énergies renouvelables. Un
enchaînement d’objectifs
qui fait, certes, consensus
mais dont les contours
restent flous. Il manque les
mécanismes et moyens de
réaliser ces voeux pieux.

Premier plan d’action
sous la crise
C’est ce manque de précision
et de clarté qui est reproché
au Premier ministre. Les partis
politiques, ceux de l’opposition
notamment, regrettent
l’absence de vision. Trop peu
de chiffres, aucune échéance
et aucune projection, même
pas pour l’année prochaine,
disent-ils. En réalité, des
chiffres, il y en a seulement
quatre dans ce plan d’action.
Ils concernent des objectifs
macroéconomiques de
croissance dont la réalisation
reste à prouver.
De ce premier plan d’action
conçu en temps de crise,
les députés attendaient
un document chiffré, des
mécanismes précis, avec
une estimation du coût des
solutions proposées, leur
impact et leur incidence sur
les citoyens, notamment
les couches vulnérables. En
revanche, ce plan d’action
aura eu le mérite de dire tout
haut ce que tout le monde
pense tout bas : « La crise
n’est pas passagère, elle
s’installe dans la durée et
des mesures doivent
impérativement être prises ».
Ces mots sont ceux du chef de
l’Etat.
Rigueur budgétaire et
« rationalisation » sont
élevées au rang de
programme gouvernemental.
On évoque clairement
la fin des subventions
généralisées. En annonçant
une large consultation sur la
question du soutien de l’Etat,
l’opinion publique est prise
à témoins. On la prépare à
des mesures qui peuvent être
impopulaires. Les députés,
eux aussi, en adoptant ce
texte ont la mission d’aider
le gouvernement dans
l’application de ce plan
d’action. Ils devront voter des
lois rigoureuses. Certaines
dispositions pourraient même
être « antisociales ». Le temps
de l’Etat nourricier est révolu.
Ce n’est plus une option
tenable.

Les premiers couacs
du gouvernement
Le Conseil des ministres,
réuni le 14 juin dernier, a été
exclusivement dédié à ce plan
d’action du gouvernement.
Autour du président de la
République, tous les ministres
siègent sauf un : le ministre
du Tourisme ! Le portefeuille
n’est toujours pas attribué. Le
secteur n’est pas représenté,
ni au Conseil des ministres ni
aux Assemblées, même pas
un ministre par intérim.
Le département est pourtant
névralgique, à forte valeur
ajoutée, créateur d’emplois
et pourvoyeur de devises
qui manquent tant. Le pays
regorge de potentialités. Le
tourisme figure parmi les
secteurs classés stratégiques
et prioritaires par le président.
L’absence d’un premier
responsable à la tête du
secteur, pour les premiers pas
de ce nouveau gouvernement,
contraste avec la volonté
affichée de développer le
tourisme.
Dans ce même Conseil
des ministres, le président
a appelé l’équipe
gouvernementale à faire
preuve de solidarité. Une
solidarité, dès les premiers
pas, mise à mal. Le tableau
d’une Nouria Benghabrit,
stupéfiée par l’annonce
de Abdelmadjid Tebboune
au sujet de l’organisation
d’une deuxième session du
Bac pour les retardataires !
Voilà comment saper, en
quelques secondes, le travail
de tout un mandat axé sur
le retour de l’éthique, de la
déontologie, de la stabilité
et de la rigueur dans un
secteur à la fois stratégique
et sensible. Pas très solidaire,
surtout que la veille, « la
dame de fer » affirmait à la
télévision publique que « les
retardataires n’avaient aucun
justificatifs ».
Même les syndicats ont
rejeté l’option d’un deuxième
Baccalauréat. Ils dénoncent
« une décision populiste »
et accusent la politique de
« miner la pédagogie ».
C’est sans doute ce même
populisme qui fait dire à
Abdelamadjid Tebboune que
l’enseignement de la langue
Tamazight sera généralisé
à la rentrée 2019 ! Le
gouvernement n’a peut-être
plus les moyens d’acheter
la paix sociale à coups de
subvention généralisée, mais
il tente encore de l’acheter
avec des décisions populistes.

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