F’tour sur l’autoroute Halte aux accidents !

F’tour sur l’autoroute Halte aux accidents !

C’est parce que la dernière demi-heure avant le f’tour est la plus accidentogène que les éléments de la DGSN,
dans un souci de limiter et de contenir les accidents, organisent chaque week-end un ftour collectif au profit
des automobilistes. C’était le vendredi 09 juin. L’équipe d’athlétisme de l’Elite sportive de Tizi-Ouzou, la famille
Boudimi et Omar le routier ont partagé la même chorba.
Reportage réalisé par Nesrine Charikhi

Il est 19h30 aux abords de
l’échangeur d’El-Harrach. Un
chapiteau est dressé sur lequel on
peut lire : « Pour un Ramadhan sans
accidents ».
Les policiers de la sûreté de la wilaya
d’Alger commencent à demander
à certains automobilistes de serrer
à droite. Leurs critères de sélection
sont clairs : les matricules hors
wilaya d’Alger et les poids lourds.
Quand Ferhat Azzam, coach sportif,
met son clignotant pour se ranger sur
le bas-côté, il pense que c’est pour
un contrôle de routine. « Dès que
l’agent m’a demandé de m’arrêter,
j’ai sorti de la boîte à gants les
papiers pour les lui présenter. C’est
là qu’il m’a expliqué que ce n’était
pas un contrôle et qu’il voulait juste

savoir où j’allais et si j’étais attendu
quelque part. » Avec les quatre
coureuses de l’équipe d’athlétisme, le
coach doit se rendre au stade annexe
du 5-Juillet pour une compétition
organisée dans la soirée.
Pour le ftour, l’équipe devait se
contenter de galette, dattes et de
leben. Grâce à la DGSN, ils ont eu
droit à un véritable f’tour. Une chorba
servie avec un plat de m’tewem, un
hors-d’oeuvre et un assortiment de
desserts : yaourt, abricot, zlabiya et
kelb el-louz.
L’excès de vitesse, 1re cause des
accidents pendant Ramadhan
« Je remercie la police. Nous étions
en retard pour le ftour. Ça nous a
permis de nous attabler, de faire

une pause et d’être en forme pour
la compétition », raconte Sonia, la
capitaine de l’équipe.
Non loin du chapiteau planté sur la
chaussée de la rocade Nord, Hocine
Boudimi et quelques automobilistes
savourent leurs premières cigarettes.
Pour féliciter Ritadj, la plus jeune de
ses trois enfants, qui a été classée
première à l’examen de 5e année
dans son école, Hocine offre à sa
famille une virée du côté du parc de
Yakourn, en Kabylie.
Au retour, la famille rencontre plus
de circulation que prévu. Elle sera à
coup sûr retardée par les bouchons.
Mais la maman insiste : « Ce n’est
pas grave si nous ratons l’heure du
f’tour. » Elle a gardé tout le long du
trajet les yeux rivés sur l’aiguille du

cadran de vitesse. « Je n’ai pas
arrêté de lui demander de ralentir. »

Le danger est partout
« Les gens conduisent comme
des fous, je crois qu’ils n’ont pas
conscience du danger. Ils déboulent
sur la droite et slaloment entre les
files. C’est très dangereux. À un
certain moment, à Tidjilabine, j’ai
eu peur pour ma famille », explique
Hocine.
La route est particulièrement
dangereuse pendant le mois de
Ramadhan. Plus de 416 décès ont
été enregistrés en 2016. Le facteur
humain et l’excès de vitesse sont
les 1res causes de cette hécatombe.
D’où l’action de la DGSN qui a
reconduit pour la 4e année son
opération de Iftar collectif. Celle du
barrage d’El-Harrach est supervisée
par le commissaire principal Rabah
Zouaoui qui insiste sur les dernières
minutes avant le f’tour. « La sûreté
de la wilaya d’Alger, sous l’égide de
la Direction générale de la Sûreté
nationale, a décidé de reconduire
pour cette année encore, l’Iftar sur
la route car nous avons constaté
que le plus gros des accidents de la
circulation se produit juste avant la
rupture du jeûne. »
Le commissaire invite les
automobilistes à rejoindre ces lieux
dédiés au f’tour. « Ils mangent avec
nous, prennent un café et peuvent
reprendre la route sereinement. Il
vaut mieux prendre dix minutes
pour manger, retrouver sa famille en
retard, certes, mais saine et sauve.
»

300 repas servis chaque weekend
Derrière le volant de son 3.5
tonnes, Omar est chauffeur chez
Anderson logistic. La règlementation
de circulation des poids lourds
en zones urbaines le contraint à
livrer sa marchandise le week-end
uniquement. La semaine d’avant, il
avait déjà croisé le même dispositif
de la DGSN à Rouiba. « Les policiers
m’avaient déjà proposé de rompre le
jeûne avec eux la semaine dernière,
mais j’avais décliné l’invitation car
je n’habite pas loin. Aujourd’hui,
j’ai accepté, sinon, je n’aurais
pas pu m’empêcher d’appuyer
sur le champignon pour arriver. »
Finalement, il n’a rien regretté.
« C’est très agréable. L’ambiance
ici est conviviale et ça permet de
voir une autre facette, moins rigide
et plus humaine, des forces de
l’ordre. »
Le dispositif de la Sûreté nationale
couvre trois points qui sont les
principales entrées de la wilaya
d’Alger : l’échangeur de Birkhadem
venant de Blida, la pénétrante
d’El Harrach de la rocade Nord et
le barrage fixe de Rouiba, à l’est
d’Alger.
« Nous avons la possibilité d’accueillir
au moins 100 conducteurs dans
chaque point », explique Rabah

Zouaoui, convaincu que ce type
d’opérations permet de diminuer
le nombre d’accidents de la route.
Il faut dire qu’une forte baisse de
la sinistralité a été enregistrée sur
les deux premières semaines de ce
Ramadhan 2017. Fait inédit : c’est la
première fois qu’il y a zéro mort dans
la wilaya d’Alger en quinze jours.
« Nous avons recensé 35 accidents
avec un bilan global de 41 blessés
et jusqu’à présent, aucune perte
humaine n’est à déplorer. Ceci nous
encourage et nous pousse à multiplier
les opérations de sensibilisation en
direction des conducteurs sur les
dangers de la route, surtout à l’heure
du f’tour », rappelle le commissaire.
Pour le moment, les policiers
interceptent les automobilistes et les
invitent à rompre le jeûne dans ces
installations. Mais en multipliant cette
initiative et en la pérennisant, les
services de sécurité espèrent en faire
un réflexe chez les automobilistes.
S’arrêter sur le bas-côté quelques
instants, rompre le jeûne plutôt que
de foncer chez soi, vaut mieux que de
ne jamais arriver à destination

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