actifs publics L’heure est à l’arbi trage

actifs publics L’heure est à l’arbi trage

Dans plusieurs entreprises publiques, le moral des troupes est au plus bas. Pas par manque de commandes ou
de plan de charge, mais plutôt parce que les spéculations vont bon train sur la volonté de l’Etat, propriétaire,
de faire les bilans. Les vieux démons des privatisations des années 1990 resurgissent du néant.
Yani T.

Des milliers de travailleurs pourraient se
retrouver mis sur le carreau faute de
ressources et/ou de repreneurs. La fièvre
monte d’un cran au fur et à mesure que les
institutions de Bretton Woods insistent sur la
nécessité de se séparer de certains actifs publics
encombrants.
Dans son dernier rapport sur la situation
économique de l’Algérie, le Fonds monétaire
international (FMI) écrivait ceci : « Les
administrateurs sont généralement d’avis à ce
que l’Algérie recourt à un éventail plus large de
possibilités de financement, y compris un recours
prudent à l’endettement extérieur et la cession
d’actifs publics, tout en donnant plus de flexibilité au
taux de change, ce qui pourrait fournir une marge

de manoeuvre budgétaire pour opérer un ajustement
plus progressif et plus propice à la croissance que
celui prévu actuellement. »
Bien avant que les administrateurs du FMI
séjournent à Alger, en apportant dans leur boîte à
outils le levier de la cession d’actifs publics parmi
d’autres solutions suggérées aux problèmes de
financement, l’Exécutif en était déjà conscient. Deux
dispositions du budget de 2016 laissent entrevoir
les options envisageables si l’État éprouve des
difficultés à satisfaire ses besoins de financement.
L’une d’entre elles habilite le ministre des Finances
à couper dans les dépenses par décret pour corriger
un déséquilibre budgétaire ; l’autre concerne
l’ouverture partielle du capital des entreprises
publiques à de potentiels investisseurs privés.

Difficultés de trésorerie
Selon des indiscrétions, des discussions
autour des voies et moyens appropriés au
financement des entreprises publiques sont
d’ores et déjà en cours. Il sera sans doute
question de valider l’option de l’endettement
extérieur pour les grands groupes à l’image de
Sonatrach, de Sonelgaz et d'Air Algérie, dont les
investissements sont qualifiés de stratégiques.
Cette option de financement qui permettra aux
entreprises publiques de mener à bien leurs
programmes de développement serait inévitable.
Mais cette levée de fonds ne devrait aucunement
être conditionnée par la garantie souveraine
de l’Etat. Elle se ferait auprès d’institutions
financières multilatérales dans lesquelles l’Algérie
détient des participations, à en croire des sources
proches du ministère des Finances.
Le débat est ouvert au sein du Premier ministère
et devrait donner lieu sous peu aux premières
autorisations de levées de fonds. L’Etat veut
reprendre également le dossier des ouvertures de
capital via le marché boursier. Un chantier laissé
en jachère par le précédent Exécutif au profit du
marché obligataire. Cette fois, ce serait la bonne.
Les plans sociaux, l’ultime recours
On en saura sans doute un peu plus sur les
véritables ambitions du gouvernement sur
ce dossier. En tout cas, le besoin presse et
plusieurs entreprises publiques font face d’ores
et déjà à d’énormes difficultés de trésorerie.

Pour l’économiste Abderrahmane Mebtoul,
contacté par nos soins, la privatisation est
un processus fondamental d’une politique de
relance. Elle doit, selon lui, être au coeur de la
nouvelle politique économique pour trois raisons
essentielles : « premièrement, sa contribution
à l’effort de stabilisation macro–économique ;
deuxièmement, à la promotion des exportations
hors–hydrocarbures ; troisièmement à la
transformation globale de l’économie par la
réduction du chômage ».
On ne sait pas encore quand est-ce que le
gouvernement va trancher ces questions engageant
l’avenir de bon nombre des entreprises publiques,
mais la question de la gestion des actifs de l’Etat
en cette période de raréfaction des ressources se
pose avec acuité. Il se montre très prudent quant à
la réaction des syndicats. Or, à ce stade, outre les
institutions de Bretton Woods, plusieurs économistes
plaident pour un plan concerté de gestion des
actifs publics. D’autant plus que la politique
d’injection de ressources au profit des entreprises
publiques dans le cadre des subventions implicites
n’est plus soutenable. Dans une action ultime,
le gouvernement serait appelé éventuellement à
engager des cessions d’actifs au profit du privé
national et étranger, voire des plans sociaux pour
les entreprises les moins « chanceuses ». Ce sont,
donc, tous ces points que se posent les membres
du gouvernement. Une chose est certaine, le temps
presse, les réformes s’imposent et les besoins de
financement sont croissants.

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