MAMMERI, LA RÉHABILITATION D’UN JUSTE !

MAMMERI, LA RÉHABILITATION D’UN JUSTE !

Exilé, méprisé puisréhabilité, l'écrivain anthropologue et dramaturge Mouloud Mammeri est passé, en l'espace d'une quarantaine d'années, du stade
d'homme de culture indésirable à écrivain porté au firmament. Une reconnaissance posthume est intervenue à l'occasion du centenaire de la naissance de l'écrivain que célèbre l'Algérie tout au long de l'année en cours.

Chasse aux sorcières
Durant les trois premières décennies de l'Indépendance, Mouloud Mammeri avait réussi à se mettre à dos les autorités politiques du pays. Pour cela, l'auteur de la célèbre Colline Oubliée (éditions le Seuil, 1952) avait utilisé une méthode proche de ce que faisait le militant indien Mahatma
Gandhi. Au lieu d'organiser des conférences politiques ou des manifestations de rue, Mammeri avait préféré aller au fond des choses. Il sillonnait le
territoire national à la recherche des racines d'un pays qui avait évolué en évitant de regarder vers le passé proche. Cette « opposition » avait
atteint son point d'orgue en mars 1980. Il y a 37 ans, l'écrivain publie un recueil intitulé Poèmes kabyles anciens. Un titre banal qui ramasse des poèmes dits ou écrits par des poètes kabyles des siècles précédents. Les étudiants de l'université de Tizi-Ouzou l'invitent à donner une conférence sur ce sujet. La communication fut interdite. Un geste qui provoquera, quelques semaines plus tard, les tragiques évènements du Printemps berbère d'avril 1980. L'évènement avait donné une occasion aux autorités de s'attaquer une nouvelle fois à l'écrivain. Mammeri, lui, décide de poursuivre son chemin. Il continuera ses recherches, ses écrits et communications. Lorsqu’il décède, en février 1989, dans un accident de la circulation, les médias officiels n'évoquent l'évènement de son décès que comme un fait divers. « L'écrivain algérien Mouloud Mammeri est mort dans un accident de voiture près de Aïn-Defla », écrit simplement El-Moudjahid. Cet entrefilet est la preuve du mépris dont souffrait l'auteur de L'Opium et lebâton. Un ostracisme qui durera plusieurs années encore. durant des années. Ainsi est né l'ouvrage L’Ahellil de Gourara, dédié à une pratique culturelle ancestrale que perpétuent les habitants de la région du Gourara, dans le sud du pays. El-Bayadh, Djanet, Ghardaïa ou encore Tamanrasset. Beaucoup de régions du pays se souviennent encore du passage et des séjours de ce chercheur impénitent. Des séjours qui duraient des semaines, à récolter des poèmes, des citations ou tout simplement des témoignages.

Un centenaire et enfin des
distinctions
Tout cela fait, désormais,
partie du passé. Tout au long
de l'année 2017, l'Algérie
rend hommage à l'illustre
écrivain. Initiée par le Haut
Commissariat à l'amazighité,
cette manifestation est adoptée
par les plus hautes autorités du
pays. Mammeri, qui fut dans
un passé récent le symbole
d'une seule partie du peuple
algérien et berbère en général,
est redevenu le patrimoine de
tout un peuple. Son oeuvre
est traduite en arabe et en
tamazight. Des conférences se
tiennent dans les quatre coins
du pays pour faire connaître
Mammeri aux Algériens.
Pour donner encore un sens à
cette réhabilitation, les autorités
ont fait mieux que de la
célébration : Mouloud Mammeri
est décoré de la médaille de
l'ordre El-Achir, la plus haute
distinction de la République.
Cela intervient à titre posthume.
Mais ne dit-on pas « il vaut
mieux tard que jamais » ?
Surtout que cette décoration
est suivie d'un autre geste tout
aussi symbolique : un cours
inaugural, consacré à l'enfant
prodige de Taourirt Mokrane
(Ath-Yenni, Tizi-Ouzou) a été
dispensé dans toutes les écoles
de la République. Une initiative
de la ministre de l’Education
nationale, Nouria Benghabrit.

Une vie au service de son
peuple
A côté d’une riche oeuvre
littéraire - 4 romans et
quelques recueils de nouvelles
- Mouloud Mammeri a
consacré l'essentiel de sa vie
à effectuer des recherches sur
les référents historiques de
notre pays. Il était à l'origine
du premier ouvrage didactique
consacré à la langue amazighe.
Tajerrumt (la grammaire),
édité en 1976, est aujourd'hui
le livre de référence pour
tous ceux qui enseignent ou
étudient le tamazight à l'école
ou à l'université.
Pour sauver le patrimoine oral
de la disparition, Mouloud
Mammeri a sillonné le pays
durant des années. Ainsi est né
l'ouvrage L’Ahellil de Gourara,
dédié à une pratique culturelle
ancestrale que perpétuent
les habitants de la région du
Gourara, dans le sud du pays.
El-Bayadh, Djanet, Ghardaïa ou
encore Tamanrasset. Beaucoup
de régions du pays se
souviennent encore du passage
et des séjours de ce chercheur
impénitent. Des séjours qui
duraient des semaines, à
récolter des poèmes, des
citations ou tout simplement
des témoignages.
Beaucoup d'Algériens ne
connaissent pas l'apport de
Mouloud Mammeri à la Guerre
d'indépendance. C'est lui qui
avait écrit le fameux discours
prononcé à l'Onu par feu
M’hammed Yazid, lorsque
la question algérienne était
inscrite à l'ordre du jour de
l'organisation onusienne.
Inutile de rappeler, bien sûr,
les écrits de Mammeri sur la
langue berbère. Innayas Chikh
Muhend (Cheikh Mohand a
dit) est le dernier ouvrage
écrit par l'écrivain avant de
partir. Il s'agit d'un recueil
de poèmes et de citations du
grand homme de religion et
de la sagesse kabyle, Cheikh
Mohand Oulhocine. Le livre fait
écho à un recueil de poèmes de
Si-Muhend Umhand, écrit par
Mammeri en 1969.
Son oeuvre est tellement
immense que cela ne peut être
qu'un bref aperçu de la vie
d’un homme, d'un écrivain qui
restera dans le panthéon des
grands hommes et femmes qui
ont fait ce grand pays.

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