SON EXCELLENCE MONSIEUR NAÎNY TOURÉ, AMBASSADEUR DU MALI EN ALGÉRIE,  À DZIRI

SON EXCELLENCE MONSIEUR NAÎNY TOURÉ, AMBASSADEUR DU MALI EN ALGÉRIE, À DZIRI

« L’Algérie, un acteur clé dans la défense des positions maliennes »

Désigné il y a quelques années à la tête de la diplomatie malienne en Algérie, M. Naîny Touré, rappelle, dans
cette interview accordée à Dziri Magazine, à quel point l'Algérie a joué un rôle important dans la résolution
de la crise malienne, en accompagnant le processus de paix dans la région.
Interview réalisée par : Farid Bouhatta.

Dziri Magazine : Quel bilan
dressez-vous des relations
entre l'Algérie et le Mali,
notamment celui de la
participation de l'Algérie dans
le processus de réconciliation
nationale au Mali ?
S.E.M Naîny Touré : Nos
relations sont très anciennes et
traditionnelles, construites autour
d'une amitié, une fraternité
et de grande coopération.
Géographiquement, nous sommes
liés par des frontières terrestres
qui dépassent les 1300 kilomètres
et aussi par des populations
communes qui forment les mêmes
familles, les mêmes communautés
et qui partagent un destin
commun. Nous partageons aussi
plusieurs défis, celui de la dureté
du climat, de la vie saharienne et
celui de la sécurité. Les échanges
entre les deux pays remontent aux
premiers jours de l'indépendance
de l'Algérie en 1962. Par contre,
historiquement, nos relations
remontent à plus de 7 siècles.
L'Algérie a joué un grand rôle
dans le processus de réconciliation
nationale au Mali et dans la phase
de la mise en ouvre de l'accord
d'Alger. Cet accord a été conclu
et il a été trahit ensuite durant
8 mois. Grace à la perspicacité
et à la ténacité des autorités
algérienne, nous avons pu
finalement le signer. L'accord final
a été parafé à Bamako.
Ce n'est pas un hasard que
l'Algérie était choisi comme chef de
fil de la médiation entre les parties
au conflit.
Actuellement, est-ce que cet
accord a porté ses fruits ?
Au début du processus d'Alger, les
discussions ont été très difficiles
entre les trois parties au conflit,
à savoir les deux groupes armés,
La CIMA et la Plateforme, et le
gouvernement malien. Surtout
durant les cinq premiers mois, ils
n’arrivaient même pas à se réunir.
Mais aujourd’hui, ils s'assoient

à la même table à Bamako. Les
deux groupes armés font partie
du comité de mise en oeuvre de
l‘accord et des équipes techniques
spécialisées pour l'application du
programme, surtout en ce qui
concerne le retour des populations
immigrées en terre malienne,
notamment au nord du pays.
Il y a eu aussi la mise en oeuvre
de la nouvelle loi portant sur
l’organisation territoriale du Mali,
pour permettre aux populations
locales de prendre en charge
l’organisation politique et la
gestion de leur territoire.
L'aide matérielle et logistique
algérienne octroyée au Mali
a-t-elle servie à la stabilité des
institutions maliennes ?
L'Algérie apporte toujours son
soutien au Mali. Ces aides
matérielles et logistiques que
nous avons reçus, jusque-là,
ont effectivement participé à la
stabilité des différentes régions du
Mali.
Cependant, la stabilité du pays
dépend également de la relance
économique nationale, car à
l'aide de cette dynamique, nous
pourrons développer des secteurs
stratégiques. L’Algérie, dans
cette logique, reste notre gage
de confiance, d’autant plus que
nous partageons une histoire
commune.
Comment jugez-vous le
partenariat dans la lutte contre
le terrorisme entre les deux
pays ?
L'Algérie est un partenaire clé pour
nous dans le domaine sécuritaire.
À l'instar de nombreux autres
pays, le Mali n'est pas à l'abri des
menaces liées à l’extrémisme
violent. Il existe beaucoup de
conflits qui pourraient contribuer
à l’instabilité régionale et favoriser
l’accroissement de la violence qui
peut être exportée vers d’autres
parties du monde.

Le Mali travaille en étroite
collaboration avec l'Algérie dans
diverses instances bilatérales et
multilatérales afin de s'attaquer au
problème de terrorisme.
Dans ce sens, l'Algérie est connue
pour la qualité de son expertise
dans la lutte anti-terroriste. Nous
maliens, nous pouvons bénéficier
des formations afin de nous initier
dans ce créneau.
Quel état des lieux pouvezvous
dresser des relations
économiques entre les deux
pays ?
Ma mission ici en Algérie s'inscritdans la continuité de celle de
mes prédécesseurs et consiste à
renforcer les liens diplomatiques
déjà étroits qui unissent nos deux
pays, sur les plans politique,
sécuritaire, tout particulièrement
dans la lutte contre le terrorisme
mais aussi sur le volet des
relations commerciales et
d'investissement.
Depuis quelque temps, dans le
cadre des commissions mixtes
entre l'Algérie et le Mali, il y
a eu des rencontres entre les
chefs d'entreprises de nos deux
pays. Plusieurs entrepreneurs
algériens sont venus investir au
Mali. Je ne saurai vous préciser
leur nombre, mais une chose est
certaine, les relations bilatérales,
notamment économiques, ne
sont pas au même niveau que
les relations historiques entre le
Mali et l'Algérie. C’est pour cette
raison que le Président de la
République Abdelaziz Bouteflika
et son homologue le Président
Ibrahim Boubakar Keita ont décidé
de booster ces relations et de les
accélérer. Jusque-là, nous avons
signé 13 accords dans tous les
secteurs d'activités.

Comment a été accueilli le
projet de réalisation des
centrales électriques au
Mali par Sonelgaz ? Et quel
impact aura-t-il sur les
populations locales?
Effectivement, la réception
des deux centrales électriques
de 40 MW, l’une est basée à
Bamako et l'autre à Kati, compte
parmi les projets éminemment
importants pour le pays. Ce sont
deux centrales électriques qui
rentrent en effet dans le cadre
du « Programme Prioritaire du
Président de la République du
Mali ». Le gouvernement malien
a fait le choix, dans le cadre de
sa coopération avec l'Algérie, de
relancer le secteur énergétique,
cela par le besoin exprimé par nos
deux gouvernements. L'Algérie va
beaucoup nous aider à développer
ce secteur.
Ces installations électriques
vont, à la fois, offrir du travail et
améliore l'offre d'électricité dans
la capitale, tout en réduisant le
déficit énergétique de notre pays.

Quels sont les secteurs
économiques prioritaires à
développer en commun ?
Il existe de nombreux secteurs
sur lesquels nous nous focalisons.
En premier lieu, nous favorisons
le secteur de l’agriculture et de
l’agroalimentaire. Aujourd’hui au
niveau africain, nous sommes
le deuxième pays producteur
de coton, après l'Égypte. Aussi,
nous sommes réputés dans la
production des huiles et dérivés.
Nous sommes également présents
dans la production de riz. Nous
avons des richesses inestimables
en matière de l'extraction de
l’uranium et du pétrole. C'est
pourquoi les deux pays doivent
se serrer les coudes et travailler
ensemble afin de booster leurs
relations bilatérales.
Excepté ces domaines d'activités
qui sont prioritaires pour nous,
nous sommes aussi intéressés
par le renforcement de notre
collaboration dans les technologies
de l’information et de la
communication.
Nous pouvons développer
ensemble plusieurs domaines,
surtout avec le lancement
du grand projet de la route
transsaharienne. Ce projet,
qui est en cours de réalisation,
notamment l’axe reliant Reggane
en Algérie et Gao au Mali, peut
participer au développement
économique des deux pays, en
créant des projets connexes,
notamment des zones de
productions agricoles et
l’installation de la fibre optique
tout au long de la dorsale
saharienne.

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